La révolte lycéenne, un devoir, pas un crime. Les vrais casseurs sont au pouvoir !

Le PIR salue la jeunesse révoltée qui se soulève pour ses droits, face à la répression et la terreur que le pouvoir veut lui inspirer.

Un chien lâché sur des lycéens lillois, des charges policières à cheval en Seine-Saint-Denis : tout le répertoire de la répression coloniale se déploie sous nos yeux. Notre jeunesse, qualifiée d’émeutière, assimilée à des « casseurs », est présentée dans les médias de l’ordre comme une masse sauvage, mouvante et menaçante à discipliner et à éliminer.

À Mantes-la-Jolie, en décembre 2018, 151 lycéens étaient mis à genoux, les mains sur la tête, sous la surveillance de policiers armés, sommés de se « tenir sages ». Dès le début, le pouvoir a qualifié le mouvement lycéen naissant dans les quartiers de l’immigration de « violences urbaines », disqualifiant et criminalisant d’emblée la mobilisation qui s’étend désormais aux lycées des centre-ville.

Ces jeunes connaissent les discriminations et les humiliations. Ils font face au racisme, aux contrôles au faciès et aux violences policières. Ils sont précarisés, déclassés, trop souvent orientés par le système scolaire vers les voies de garage. Jusqu’à leur droit élémentaire au respect et à la dignité est contesté. Et lorsqu’ils protestent, on cherche à les écraser, et à les salir dans la presse.

Cette génération s’est formée à la faveur des mobilisations contre les crimes policiers racistes, notamment autour du comité Adama, et dans les révoltes qui ont suivi la mort de Nahel en 2023. Génération Nahel-Adama, elle porte la mémoire des crimes policiers et l’expérience de la résistance à ces violences.

Elle appartient également à la « génération Gaza ». Dans les lycées, la Palestine n’est plus une cause lointaine : elle s’affiche, se revendique et mobilise. Drapeaux palestiniens, « Free Palestine », rassemblements : Gaza s’est imposé comme un marqueur politique emblématique de cette jeunesse.

Elle puise aussi dans les soulèvements qui traversent les colonies françaises. De la Kanaky à la Guadeloupe, les luttes pour se libérer de la domination coloniale et de la sujétion renforcent chez cette jeunesse le refus de la violence d’État et de l’humiliation. 

Cette réalité s’inscrit aussi dans une histoire plus longue. La loi de 2004, qui a interdit à nos sœurs de venir à l’école avec leur hijab, a inauguré deux décennies de lois et de mesures islamophobes. Pour toute une génération, l’école est ainsi devenue un lieu de contrôle, de suspicion et d’exclusion visant particulièrement l’enfance et la jeunesse musulmane. Dans le prolongement de cette politique, les écoles musulmanes sont soit fermées, soit soumises à une pression administrative et juridique constante, à travers des procédures et des moyens directs et indirects mobilisés pour les cibler, à l’instar du groupe scolaire Al Ghazali fermé administrativement par les services de l’Etat : un exemple brutal de la pression exercée sur les institutions musulmanes jusque dans leur droit même à exister.

Cette nouvelle génération fait face à l’effet cumulé de décennies de lois sécuritaires : une police surarmée, débridée et désinhibée par l’impunité dont elle se sait jouir, majoritairement acquise aux partis politiques les plus racistes de France, que les médias osent encore et toujours victimiser malgré leurs armures. Aujourd’hui, combien faudra-t-il encore de blessés, d’étranglés, de mutilés, d’hospitalisations et d’arrestations pour que cesse cette fuite en avant répressive ? Jour après jour, la même escalade : gazages, matraquages et interpellations par milliers.

En assimilant la mobilisation à la délinquance, en répondant aux revendications par une répression toujours plus brutale, le pouvoir nourrit lui-même la colère qu’il prétend contenir. Il refuse d’entendre une jeunesse qui refuse la précarité, la relégation et la hogra. Au lieu de répondre aux revendications, il répond par la force. Au lieu d’écouter, il criminalise. Au lieu de retenir ses chiens de garde, il les laisse se jeter sur nos jeunes.

Des milliers de jeunes ont été interpellés et arrêtés dans le cadre de la révolte lycéenne en cours. Nous exigeons leur libération immédiate. Les faits qui leur sont reprochés doivent être reconnus dans leur dimension politique et ne peuvent être traités par une justice expéditive, qui ne ferait que prolonger la répression. Ces jeunes révoltés doivent être entendus pour ce qu’ils sont, une jeunesse qui se soulève et porte des revendications politiques : contre la casse de l’école, la dégration continue des conditions d’apprentissage, et la vie indigne à laquelle on voudrait les condamner. À révolte lycéenne, réponse politique : nous exigeons l’abandon des poursuites et la fin de la menace judiciaire qui pèse sur eux et leurs familles.

Nos lycées sont placés sous occupation policière, avec des milliers de forces de l’ordre déployées dans une logique de répression et de punition collective. Cette présence policière massive n’a rien à voir avec la « sécurité publique » : elle vise à intimider, isoler et faire taire notre jeunesse. Nous exigeons leur évacuation sans délai.

Et maintenant, aux violences policières s’ajoutent les fermetures et les lock-out de lycées, ainsi que le recours à l’enseignement à distance pour tenter d’empêcher les rassemblements et d’isoler les élèves. Mais fermer les lycées ne fera pas disparaître la colère. Mettre les élèves à distance ne mettra pas leurs revendications à distance. On ne confine pas une révolte légitime comme si elle était une pandémie.

Face à cette volonté d’isolement, notre réponse doit être collective : renforcer les liens entre établissements, construire la solidarité et amplifier la mobilisation. Honneur à tous les personnels d’éducation et tous les parents qui refusent cette tentative de confinement et se joignent à la résistance de notre jeunesse, et bravent les lâches interdictions de manifester émises par des autorités qui ne tentent que de gagner du temps.

La mobilisation continue. Face à la répression, montrons à notre jeunesse qu’elle peut compter sur notre force collective, toujours plus nombreuse et plus forte, jusqu’à devenir une force que le pouvoir ne pourra plus étouffer.

PIR

👉 RENDEZ-VOUS Mardi 6 octobre : journée de mobilisation pour l’éducation.

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