« Je ne leur ferai pas de cadeau, ça c’est sûr. Je ne laisserai rien passer ; je serai sans pitié » Entretien avec Amal Bentounsi.

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Amal Bentounsi mène un double combat depuis l’assassinat de son frère en avril 2012 par un policier qui lui a tiré une balle dans le dos. Le premier combat est celui de l’obtention de la justice alors que ce policier est poursuivi pour homicide volontaire – chef d’inculpation assez rare pour un policier – tout en bénéficiant d’un maintien dans ses fonctions. Le second combat qu’elle mène, en répertoriant les crimes policiers sur le site Urgence, notre police assassine ainsi qu’en se rapprochant de familles d’autres victimes de crimes policiers, porte sur l’impunité de fait accordée aux crimes policiers. Dans cet entretien, elle revient sur cette expérience douloureuse qui l’a transformée en combattante.

1/ Mon frère a été assassiné par un policier…

Mon frère, Amine a été assassiné d’une balle dans le dos par un policier le 21 avril 2012 à Noisy-le-Sec. Il avait 29 ans. Nous, la famille, nous en avons été avertis que 24 heures plus tard. Avant l’annonce, nous avions vu comme tout le monde à la télé qu’un jeune avait été tué à la suite d’une fusillade. Or, il ne s’agissait en aucun cas d’une fusillade, puisque la seule personne possédant une arme était ce policier ; quant à mon frère, il était de dos car il prenait la fuite. Il se soustrayait à un contrôle d’identité. La raison est simple : il lui restait quelques mois à faire à la Maison d’arrêt de Châteaudun. Mon frère cherchait donc à fuir. En toute logique, s’il était en train de fuir, c’est qu’il ne cherchait pas la confrontation. Pourquoi un policier a-t-il joué le cow-boy alors que son chef lui a ordonné expressément de ne pas bouger. Alors qu’il affirme avoir été apeuré et sous le choc, ce policier a pris l’initiative d’aller à la poursuite d’un homme. Est-ce que le fait de ne pas vouloir retourner en prison mérite la mort? Dans le cas d’une personne de « seconde zone » – l’expression est violente, j’en conviens – on pense qu’il a cherché sa mort. On va alors lui sortir tout son « pedigree ». En d’autres termes, les morts sont rendus coupables à titre posthume avec cette formule : « Il était bien connu des services de police ». Pourquoi cette précision si ce n’est que pour le citoyen lambda se dise devant sa télé que la personne l’a mérité.

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2/ Le « processus d’extermination mentale » avait été mis en route par la Justice …

Amine était arrivé à un moment de sa vie où il ne supportait plus l’incarcération. Il avait été tout simplement broyé par le système carcéral. Depuis sa tendre enfance et jusqu’à la fin de sa vie. Il a été en cavale pendant deux ans, alors qu’il ne lui restait plus beaucoup à faire, même pas huit mois ferme, car on lui avait négocié une conditionnelle. Mais il en avait tellement marre, qu’il ne voulait pas faire le peu qu’il lui restait.

On peut le comprendre en rappelant qu’il a été le plus jeune prisonnier de France, à l’âge de 13 ans. Ce n’est pas un record dont on peut être fier. Mais on ne peut pas nier non plus qu’il y a eu un dérapage de la Justice en mettant un enfant de 13 ans en mandat de dépôt. A ce moment-là s’est mis en route ce que je nomme le « processus d’extermination mentale ». J’ai suivi mon frère pendant toutes ces années, aussi bien en l’accompagnant face à la Justice qu’en l’aidant à s’insérer dans la société. J’avais demandé alors au juge d’essayer de comprendre qu’Amine était encore un enfant. J’ai retrouvé quelques écrits que j’avais pu envoyer à des juges pour signifier qu’il était inadmissible de mettre en détention provisoire un enfant de 13 ans à Fleury-Mérogis. Même s’il était dans le quartier des mineurs, il y avait néanmoins des jeunes qui étaient âgés de 17 ans et 18 ans. C’était le règne de la loi du plus fort. J’ai récupéré ses écrits de la Maison d’arrêt de Châteaudun, où Amine raconte sa vie en prison « Moi, le plus jeune prisonnier de France, j’ai été jeté aux loups, parmi des violeurs, parmi des braqueurs ». Pour Amine la prison est quelque chose qui l’a un peu forgé et qui lui a tout appris. Comment demander à un jeune de 13 ans de sortir de là avec toute sa tête? On ne peut pas car c’est déstabilisant. 13 ans est l’âge de mon fils actuellement. J’en veux à la Justice. Amine a été le plus jeune prisonnier à qui on n’a jamais fait de cadeau; mon petit frère a été assassiné deux fois : une fois à 13 ans ; la seconde fois, physiquement, par un policier. Je parlais du courrier que j’avais écrit aux juges., je me souviens avoir même demandé au juge, après que mon frère a été tabassé dans un commissariat à 18 ans, s’il attendait que mon frère soit tué pour agir. 14 ans après, Amine a bien été tué.

La Justice n’a pas fait de cadeaux à mon petit frère. Pas plus que les journalistes. On a toujours sali notre nom dans les journaux locaux, Le Parisien, La Marne. Son nom apparaissait à chaque fois qu’Amine faisait quelque chose, même en tant que mineur. C’est fort regrettable, puisque cela lui a causé des soucis et a causé des soucis à toute sa famille. C’était très difficile de faire des choses en portant ce nom. Mais aujourd’hui, je porte mon nom avec fierté et je serai toujours une Bentounsi quoi qu’il arrive.

Les cadeaux ne venaient pas non plus de la police. Les policiers lui en voulaient depuis des années, parce qu’ils avaient décidé qu’Amine était le « loup blanc » du quartier comme ils l’appelaient. C’était lui qui était mis en cause à chaque fois qu’il se passait quelque chose dans le quartier de Meaux où l’on vivait à l’époque, La Pierre Collinet. A tel point qu’on lui mettait des affaires sur le dos pendant qu’il était incarcéré. Et là, on leur disait qu’il y avait un problème puisqu’il était en détention. La réponse était toujours : « Mais si, c’est lui, la dame l’a reconnu… »

3/ A la suite de la mort de mon frère …

Je ne peux pas m’empêcher de penser au policier qui a tué mon frère et qui, lui, mène tranquillement sa vie à Grenoble en attendant son procès. Il faut dire que les syndicats de policiers lui ont obtenu une mesure exceptionnelle de maintien en fonctions tout en lui permettant d’être muté. Et ils ont réussi à l’obtenir en dépit du chef d’inculpation d’homicide volontaire. A ce propos, je considère le juge courageux d’avoir décidé de ce chef d’inculpation. C’est l’une des premières fois en France où un policier est poursuivi pour homicide volontaire. Ce juge est d’autant plus courageux, qu’il a ignoré le contexte des deux tours de l’élection présidentielle de 2012 et son ambiance particulière. Sarkozy s’est emparé de l’affaire de manière très intéressée et il a pris parti pour les policiers. Quand on nous parle de justice impartiale, de justice pour tous, j’ai l’impression que ce n’est pas le cas surtout lorsqu’un président de la République donne son avis sur telle ou telle affaire. Ou quand Manuel Valls, une semaine après son entrée en fonction comme ministre de l’Intérieur, vient soutenir les policiers du commissariat de Noisy-le-Sec, les collègues du policier qui a assassiné mon frère. Ce n’est rien d’autre qu’un bras d’honneur fait à la famille. Alors que nous aurions pu, nous qui venions de perdre un être cher, attendre à la place un geste de respect des autorités.

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A la suite de la mort de mon frère, il y a eu une double enquête, non seulement contre le policier mais également contre Amine ! Des policiers avaient porté plainte contre lui pour tentative d’assassinat par jet de grenade. Un mensonge. Il y a donc eu une enquête de la police des polices et une enquête menée par le commissariat d’où dépendait le policier. Les policiers ont eu accès à toutes les informations de la police des polices. On s’en est rendu compte car des témoins ont subi des pressions. On a donc découvert l’existence d’une procédure contre un mort. De qui est-on en train de faire le jugement ? Du policier ? Ou de celui qui est mort ? Fait-on vraiment des enquêtes sur les policiers, sur leur personnalité, sur leurs antécédents, sachant que l’on retrouve souvent les mêmes policiers dans de nombreuses affaires ? Non, manifestement, on préfère enquêter sur mon frère assassiné alors que la procédure doit en toute logique prendre fin dès la mort de la personne. Est-ce une procédure légale ? La réponse est que les policiers se permettent de procéder de la sorte car ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent.

Quant au procès contre le policier qui a assassiné mon frère, on attendait en avril la date du procès du policier qui devait être fixée dans les mois suivant la fin de l’instruction. L’instruction était close depuis septembre 2013, le juge ayant décidé qu’elle était arrivée à terme avec l’audition de tous les témoins, du policier et de ses collègues. Or, nous avons appris que l’avocat du policier a demandé une contre-expertise de la balistique car ils désapprouvent la première expertise Avec l’appel, le dossier a été donc ré-ouvert. Ils essaient manifestement de gagner du temps. La date du procès était attendue en avril, soit au moment des élections municipales et au moment de mon propre procès pour diffamation, mais j’en reparlerai. Ce n’était peut-être pas le bon moment. Nous nous retrouvons de nouveau à attendre la clôture du dossier avec la contre-expertise de la balistique. C’est ensuite au procureur de prendre une décision : le maintien de l’homicide volontaire ou le non-lieu.

4/ Qui tient les rênes à part les syndicats policiers ?

A la suite de l’inculpation du policier qui a assassiné mon frère, les policiers n’ont pas hésité à organiser des manifestations sans autorisation préalable. Ils l’ont fait contre une décision de justice. Ce qui confirme qu’ils peuvent tout se permettre. Il s’agit clairement d’une manifestation de puissance.

Quand on me parle de justice, je suis persuadée qu’il y a des juges qui veulent faire leur travail correctement ; mais en France, il y a un lobby, des syndicats très puissants qui mettent la pression. Un policier qui a tué de dos, avec des témoins, des preuves plus qu’accablants, continue encore de toucher son salaire en attendant son procès.

Ces histoires de policiers qui se pensent au-dessus des lois sont récurrentes. Et les décisions rendues par les juges sont des bras d’honneur aux familles : on ne vous considère pas. Votre frère ou votre sœur sont morts parce qu’ils sont déclarés coupables, mais coupables de quoi ? Chaparder ou fumer du shit, est-ce plus grave que de perdre la vie ?

M. Valls demande que la justice soit plus ferme que ferme avec les voyous lorsque des policiers se font tuer en course poursuite. Et pourquoi ne demande-t-il pas qu’elle soit triplement plus ferme lorsque des policiers sont mis en cause. Ils sont censés nous protéger. Mais qui nous en protège ? Que la police puisse tout se permettre, c’est exactement le message qu’envoient la justice et les politiciens avec leurs prises de position. On pourrait en faire un slogan : « Demain, vous êtes raciste, islamophobe, vous avez toutes ces qualités pour être policier, engagez-vous dans la police française ». C’est ce qui est en train d’arriver.

Le gouvernement est-il vraiment celui qui tient les rênes? Dans certaines décisions de justice, peut-on réellement qualifier la Justice de libre ? J’en doute. En tant que citoyenne, si je commettais un meurtre, je pense qu’on ne me ferait pas de cadeau. Pourquoi ces policiers bénéficient-ils donc de mesures exceptionnelles en continuant à toucher leur salaire. Quand tu es policier, c’est la bonne planque.

Moi-même je vivais dans le monde des bisounours pensant que la police nous protégeait. Je ne croyais pas mon frère lorsqu’il me racontait, à 13 ans, que des policiers l’avaient fracassé au commissariat. Maintenant, je le crois. Il suffit de voir la vidéo de l’été 2013 où une femme se fait asperger avec la bombe lacrymogène et reçoit des coups de tonfa, au mépris de l’article de loi stipulant que la légitime défense doit être proportionnelle à l’attaque. M. Valls n’a pas vu cette vidéo ou il est aveugle ? Au jour d’aujourd’hui, on peut nous tuer, nous humilier, nous mépriser en toute impunité, l’État reste aveugle, la justice reste aveugle ; on veut délibérément pas nous voir. Que cherchent-ils exactement à faire ? Les décisions de justice sont en train de créer dans la tête des policiers et ceux à venir un sentiment d’impunité. J’ai assisté à plusieurs procès où on les voit en nombre, ne laissant quasiment plus de places pour les familles. Tant qu’il n’y aura pas de juges qui rendront des verdicts justes ; tant que les ministres de l’Intérieur ne seront pas fermes, des policiers continueront de commettre des meurtres, des bavures verbales ou physiques …

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Je m’interrogeais sur le fait de savoir si c’est le gouvernement qui tient les rênes ? La question plus précise est celle-ci : le ministre de l’Intérieur serait-il une marionnette des policiers ? Une marionnette qui ne décide de rien ; les grandes décisions sont prises par les syndicats policiers. Si ce n’était pas le cas, les policiers auraient été jugés et envoyés en prison, comme n’importe quel citoyen lambda. Qu’on nous le dise honnêtement : on n’est pas capable de faire front contre les policiers car ils sont indispensables et qu’on ne peut pas faire sans eux. On ne touche pas aux syndicats policiers. Le gouvernement courbe l’échine et leur cède pas mal de choses. La puissance de ces syndicats ne me dérange pas en soi, c’est plutôt le fait qu’on leur fasse des courbettes et qu’on cède à des policiers armés en charge de la sécurité. Ajoutons à cela le fait que la plupart des flics votent front national. Quand on connaît les idées du FN, ça fait peur de savoir qu’on est protégé par des gens qui votent pour ce parti. Je m’interroge encore : la justice, le gouvernement peuvent-ils faire quelque chose contre les syndicats policiers ? Les meurtres commis contre des noirs et des arabes ont commencé il y a belle lurette et vont continuer tant qu’on ne dira rien. Un Jean-Marie Durant est arrêté pour un contrôle, parce qu’il est ivre, il sait qu’il ne risque pas mourir ; par contre, celui qui va s’appeler Ali Ziri pourra perdre la vie et c’est ce qui est arrivé.

5/ Une « communauté » de noirs, d’arabes et de musulmans doit s’organiser pour faire face à une « extermination à petit feu »

Mon sentiment quand je regarde les médias ou lorsque j’écoute les prises de position des politiciens, est que la valeur de la vie humaine n’a plus d’importance. Du moins, elle n’a plus d’importance quand il s’agit, des maghrébins ou des noirs, ou encore des Rroms si l’on écoute la manière avec laquelle M. Valls a pu parler de ces derniers. Je me dis qu’il y a un problème : pourquoi n’est-on pas considérés ? Je pense avoir la réponse : il faut qu’on soit tous solidaires. Et quand on me dit qu’il ne faut surtout pas parler de communautarisme, je dis qu’il faut en parler. Il y a du communautarisme partout, mais le seul qui dérange est celui des musulmans. Ils en ont peur. Les médias se font un malin plaisir à nous descendre systématiquement. Le communautarisme existe chez tout le monde (Chinois, juifs, Arméniens…) dans le sens où les gens s’entre aident. En revanche, personne ne réagit quand l’intérêt d’un arabe ou d’un noir est en cause.

Les policiers peuvent se permettre des choses mais avec une certaine communauté, une certaine population. Et il y en d’autres qu’ils ne peuvent pas toucher. Ils savent que dans notre communauté, on a tellement été habitués à être discrets, à penser qu’on n’était pas chez nous. Ils savent qu’on n’est pas assez solidaires entre nous, même si on est nombreux. On n’est pas assez organisés. C’est pour cette raison que les mobilisations ne sont pas assez importantes. Une prise de conscience commence à voir le jour mais elle reste minime. On se dit que ces affaires de violences et de meurtres policiers concernent des voyous ou bien on ne veut pas s’associer à des voyous, et c’est une erreur. Je reçois sur le site Urgence notre police assassine, que j’ai fondé et dont je m’occupe, des messages de jeunes hommes contrôlés et tabassés parce qu’ils ont juste dit qu’ils avaient des droits. Ces gens-là ne trouvent pas d’écoute, ne savent pas où aller se plaindre. C’est vrai que les policiers ont les pleins pouvoirs puisqu’ils savent pertinemment que les habitants des quartiers populaires auront affaire à eux à un moment ou un autre et que leurs noms pourront être fichés. Un de mes frères qui vient d’avoir 40 ans et qui n’a jamais quitté le territoire français a voulu renouveler sa carte de séjour ; ils l’ont fait galérer pendant un an, et cela comme mesure de rétorsion au combat que je suis en train de mener. Les policiers savent que certaines personnes vont peut-être porter plainte, mais que d’autres, en fait, la majorité, ne le feront pas. Maintenant, il y a une nouvelle génération, la troisième génération qui a ses papiers français : on s’exprime, on n’est plus dans cette mentalité de la peur qu’avaient peut-être nos parents. Et si on veut que nos enfants n’aient pas ces difficultés avec la police, alors à nous de faire bouger les choses. On a cette capacité potentielle de mener le combat, car il y a des jeunes qui ont des métiers, qui font des études et qui, surtout, n’ont plus autant peur de la police.

Si cette peur se réduit peut-être, il n’empêche que nous, dans notre communauté, on a du mal à s’organiser. Et on a également du mal à voir la réalité des choses, ou on n’a pas envie de la voir. J’ai souvent entendu de la part des Arabes, des musulmans : « c’est mektoub », il y a un sentiment de fatalité et de résignation ou bien un discours du type « Il aurait dû bien se tenir ». S’il y avait un parti pris acharné et déterminé à ce qu’il n’y ait plus de violences policières, cela pourrait peser dans la balance. Et pourquoi pas de la part des musulmans en tant que tels, puisqu’ils se font attaquer depuis des années par tous les gouvernements. Pourquoi n’y-a-t-il pas de meurtres par exemple de Chinois, de juifs, alors qu’il y a bien des délinquants parmi eux aussi. Pourquoi, les policiers vont-ils jusqu’au bout, à savoir jusqu’au meurtre, lorsqu’il s’agit d’un arabe ou d’un noir ? En France, la communauté kurde est toute petite, mais lorsqu’il leur arrive quelque chose, ils sont tous dans la rue et ils sont tous solidaires. Il y a ce rapport de pression que notre communauté doit mettre en place au sujet des violences policières. J’avoue que j’ai du mal à comprendre et ça m’attriste profondément. Si personne ne nous défend au sein de notre propre communauté, qui le fera ?

Il y aurait pourtant de quoi se battre; j’ assimile, pour ma part, tous ces assassinats policiers à une « extermination à petit feu ». Ce qui veut dire qu’on tue, certes en petites quantités, mais quand on fait le décompte, c’est un mort tous les 15 jours. Çà qui fait beaucoup de morts pour une seule année. Et quand on compare ce nombre à celui des policiers morts en service, il est incroyablement élevé. Il est très rare que des policiers soient tués dans une cité par des jeunes, et pourtant, on veut toujours nous faire croire le contraire.

Oui, il y aurait de quoi se battre quand on voit qu’un jeune de banlieue ou un barbu est déclaré quasiment d’office coupable. Les jeunes de banlieue portent lourd car ils ont maintenant toutes les étiquettes : ils sont racaille, voleurs, violeurs, tueurs. Et d’après la dernière mode, ils sont aussi salafistes et poseurs de bombes. Quant aux jeunes femmes voilées, elles sont considérées comme une menace. Je décortique beaucoup mieux  les médias maintenant, et je remarque que lorsqu’il est question d’une agression, les médias ne prononcent jamais le nom de l’agresseur si son nom est à consonance française ; en revanche, lorsque l’agresseur a un nom arabe, son nom apparaît de manière répétée et répétitive. Même dans les films policiers américains, le méchant est toujours musulman ; il s’appelle Mustafa ou Ali. C’est presque du lavage de cerveau. C’est peut-être mondial. Je dois fabuler et me faire des films, mais je me demande s’il n’y a pas une volonté de nuire à une population. C’est systématique; on est une cible qu’il faut casser, à qui il faut couper l’herbe sous les pieds, pour qu’elle ne prenne pas de la puissance.

6/ Les familles face au déni de justice et à la nécessité de se battre

La France devient de plus en plus raciste, de plus en plus islamophobe. Et quand on regarde les statistiques de la Cour européenne des droits de l’homme, la police française est placée juste derrière la police turque en ce qui concerne les violences. C’est gravissime pour le pays des droits de l’homme, des mots « liberté », « égalité » … Je pense aussi au rapport de la Ligue européenne des droits de l’homme en 2009, Au-dessus des lois,  qui reprend toutes les affaires, entre autres, de Mahamadou Marega, de Lamine Dieng … La procédure concernant la mort de Lamine Dieng dure depuis plus de sept ans et il n’y a toujours rien, aucune mise en examen. La famille qui demande justice avec respect et dignité, n’est tout simplement pas entendue. Ces affaires n’ont pas de jugement ; on ne sait même pas où en est leur enquête. Est-ce que les juges prennent en compte la douleur des familles qui suivent les enquêtes et qui se retrouvent face à des situations ou des images traumatisantes. Lorsque mon frère avait été lui-même jugé, les victimes avaient été mises sur un piédestal. Elles avaient été victimes de braquage et rien que le fait d’avoir vu des armes les avait traumatisées. Et ça a compté dans toutes les affaires de mon frère. Je suis moi-même victime avec toute ma famille, de manière collatérale peut être, mais nous sommes victimes. Les juges doivent nous considérer comme telles. Mais nous restons des victimes particulières; celles qui dérangent. On vous demande de fermer votre gueule car « après tout c’était un voyou, il n’avait donc pas le droit de vivre… »

Les familles attendent dignement que justice soit faite. En ce qui concerne notre cas, nous avons eu de la chance puisqu’il y avait des témoins, la médiatisation de l’affaire et ma pugnacité car j’ai refusé de me laisser faire et j’ai maintenu la pression. Mais si la famille n’avait pas été là, la version du policier, selon laquelle mon frère avait une arme l’aurait emporté. Et je vais tout faire pour que justice soit faite et que le policier qui a tué mon frère d’une balle dans le dos finisse sa vie en prison. Si on lâche, cela voudrait dire qu’ils ont gagné. Je pense au jeune homme qui a été tué à Marseille en février 2013 ; j’ai contacté sa maman qui avait vécu le même drame avec son frère vingt ans plus tôt. Cela veut dire que ça passe de génération en génération. Cet été, après la mort de mon frère, il y a eu 5, 6 morts ; on s’est rendu à chacune des manifestations pour soutenir les familles, pour leur expliquer comment ça se passe, ce qu’il faut faire. L’État ne nous entend pas. Ces familles attendent depuis 2, 3, 5 ans que justice soit faite. Pour certains cas, ils brouillent des comptes-rendus de médecins légistes en dissimulant des preuves. Les familles doivent procéder elles-mêmes au travail d’investigation qui devrait être fait par la police et le médecin légiste. Si les familles ne sont pas assez fortes pour le faire, on noie le poisson dans l’eau et ça passe comme une lettre à la poste. Ils ont essayé de faire croire à sa famille que Wissam El-Yamni, assassiné le 1e janvier 2012, était mort d’un arrêt cardiaque suite à la prise de substances illicites, alors que les photos faisaient apparaître des coups, des traces de strangulation. Le médecin légiste a déclaré que Wissam était mort non pas à cause des coups mais en raison de l’absorption de substances. J’ai conseillé à Farid, son frère, de reprendre point par point le dossier pour chercher ce qui n’allait pas. Il a découvert que l’expert cardiologue qui a été choisi pour l’expertise cardiologique, n’est pas reconnu en tant que tel sans parler d’autres erreurs. Ce médecin doit sans doute travailler avec la police pour falsifier ainsi les résultats des autopsies. C’est grâce à sa propre pugnacité et au fait que nous nous soutenons, que Farid a détecté toutes les erreurs du compte-rendu du médecin légiste. L’objectif de notre collectif est que nous soyons soudés et que, par nos expériences, nous arrivions à faire avancer les choses en restant tous ensemble. Si nous restons seuls, nous serons foutus. Farid et moi, nous nous soutenons mutuellement pour faire face aux moments d’abattement. Farid est comme un de mes frères ; il fait partie de la famille. On s’appelle presque tous jours depuis deux ans. Farid est un soutien parce qu’il a vécu la même situation. Personne ne peut percevoir ce que l’on ressent au plus profond de nous.

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7/ « Urgence notre police assassine » : mon combat et celui du collectif 

On peut dire qu’on s’est créée une famille de lutte. Le collectif sert aussi à rapprocher les familles, à faire partager nos expériences en donnant des conseils aux familles présentes et celles à venir, car il n’y a aucune raison que cela cesse. On donne des conseils aux personnes ayant reçu des coups et blessures de la part de policiers ; on les encourage à porter plainte. Les policiers sont persuadés que les gens ne porteront pas plainte car ils auraient peur. C’est la seule manière d’arrêter tout cela est et de surmonter cette peur en portant plainte.

Le collectif est constitué de familles de victimes. Deux d’entre elles sont impliquées de façon permanente; la famille de Wissam El-Yamni et la mienne qui sont peut-être plus liées, mais le collectif appartient bien évidement à toutes les familles qui veulent y adhérer. Il y a aussi la famille de Nabil Mabtoul à Millau, celle de Lahoucine Aït Omghar à Montigny-en-Gohelle. Toutes ces familles suivent ce qu’on fait ; elles sont présentes aux manifestations. Même si elles ne sont pas aussi présentes que nos deux familles, elles en font partie. Le collectif repose sur un principe de solidarité, de conseils et d’écoute. Personne n’est venu nous voir, nous les familles, pour nous demander si nous avions subi un traumatisme. Personne ne s’est demandé si voir des photos d’autopsie de nos frères découpés en morceaux ne nous auraient pas choqués et traumatisés ; si nous n’avions pas besoin d’un soutien moral ou psychologique. Le collectif est justement une forme de thérapie, parce qu’on s’accroche à cette union qui fait la force ; on aura certainement moins de chances d’avancer que si on était isolé chacun dans son coin, à se morfondre.

J’ai trouvée ma propre thérapie en menant ce combat, en étant solidaire avec d’autres familles et en apportant mon aide. Et cela m’aide aussi. Autrement, on serait poussé au désespoir. Il serait regrettable qu’une famille soit amenée un jour à faire justice elle-même par désespoir.

Qu’est-ce qui me fait tenir si ce n’est mon combat. Il commence lorsque j’essaie seule ou avec l’aide de quelques personnes de décortiquer la presse, pour trouver le nom et la rue des familles de victimes. Ce n’est pas mon métier mais c’est une préoccupation. Je suis interpellée et dès qu’il y a quelque chose, j’essaie d’appeler l’AFP pour leur donner mon avis. Malheureusement, dans ces affaires, on a souvent la parole des syndicats policiers, au détriment des soutiens, des associations qu’on n’entend jamais, ce qui est déplorable. Les journalistes sont tenus de donner la parole aux deux parties. Si les familles ne sont pas disponibles, qu’ils donnent alors la parole aux associations et aux collectifs pour qu’ils s’expriment sur ce sujet et contrebalancent la parole des syndicats policiers. C’est essentiel car c’est cette parole qui reste fixée dans la tête des gens. Il y a aussi la responsabilité des journalistes, des rédactions qui jouent le jeu de ces policiers et ne font pas leur travail correctement. On incite ainsi à la violence, à la haine raciale, dans les journaux télévisés et les reportages. Pourquoi ne pas faire un reportage sur ce qu’on nomme « bavure » policière.

Monter le site internet, Urgence notre police assassine est pour moi une manière de rendre visible l’ensemble des mobilisations. Il faut utiliser les réseaux sociaux, internet, pour contredire ce qui peut être dit dans les médias et interpeller les élus et les politiciens pour qu’ils prennent position car la situation est gravissime. Demain, je peux être contrôlée et ce contrôle peut mal se passer me concernant car mon nom peut être un facteur d’autorisation à me frapper. Les policiers qui se sentent au dessus des lois ont besoin d’entendre qu’un policier a été condamné à10 ans ferme parce qu’il s’est permis de tirer sur quelqu’un alors qu’il n’était pas en légitime défense ; celui qui se trouvera dans la même situation six mois plus tard réfléchira à deux fois avant de tirer.

Il faut continuer à mettre la pression sur les politiciens grâce à nos mobilisations, aux rencontres entre les associations, les collectifs et les familles. J’appelle à ce qu’il y ait dans chaque quartier, dans chaque ville une association qui suive ce genre de problème. Qu’il s’agisse d’associations comme Stop au contrôle au faciès, Vies volées, AC le feu ; même si nous n’avons pas la même entité, nous pourrons y arriver tous ensemble en ne se tirant pas dans les pattes.

Pour revenir au site Urgence notre police assassine, je suis poursuivie pour diffamation par le Ministère de l’Intérieur. La première audience a eu lieu le 11 juin 2013 ; la seconde va avoir lieu le 7 avril. Je trouve insoutenable, qu’après nous avoir ignorés et méprisés, on porte plainte contre nous, contre moi lorsqu’on crie « Urgence, notre police assassine ». C’est une forme de cri, un cri de désespoir. C’est le monde à l’envers ; Ils m’ont tué mon frère, j’ai subi ce traumatisme, et pour enfoncer un peu plus le couteau dans la plaie, on porte plainte contre moi. Cette plainte pour diffamation est aussi une manière pour m’empêcher de m’exprimer. Pourtant, tout ce que j’ai enduré et tout ce que je vois autour de moi me poussent à dire tout cela. Je suis précisément attaquée pour des propos que j’ai tenus dans un clip : « Vous voulez commettre un crime en toute impunité ; vous êtes raciste ; vous êtes islamophobe ; vous êtes violent, arrogant, méprisant ; vous voulez vous arrondir vos fins de mois en collant des outrages à agent ; et bien, engagez-vous dans la police française. Ne vous inquiétez pas, même si vous commettez un meurtre, nos syndicats policiers sont là et sont puissants et ils feront tout pour vous défendre ». C’est la réalité que je vois tous les jours. Je ne sors pas cela d’un chapeau. Je le dis parce que je l’ai subi moi-même, parce que mon frère, à l’époque, l’a subi. Aujourd’hui de nombreux jeunes et de nombreuses familles le subissent. Si tu parles demain, on te met la pression. J’ai fait ce site pour dénoncer et répertorier tous les cas de morts, leur donner une visibilité, les regrouper. Aujourd’hui, on porte plainte contre moi ! La première fois, on a voulu porter plainte contre le site et son nom : « Urgence, la police assassine ». J’ai tout de même le droit à la liberté d’expression, le droit de tirer la sonnette et de dire qu’il y a urgence car la police assassine. Quand ils ont compris que le site n’était pas hébergé en France – puisque j’ai eu la présence d’esprit de l’héberger à l’étranger par anticipation –, on ne m’a plus attaquée pour le nom mais pour le clip que j’ai monté et pour les propos tenus sur la police. On m’attaque parce que j’attaque une « institution ». J’estime que j’ai le droit de le dire car c’est la stricte réalité dont je suis victime. Lorsqu’on dit « Urgence notre police assassine », on nous reproche de mettre toute la police dans le même sac. Pourtant, les procès, montrent le contraire de l’image d’une police qui respecte les citoyens. Et le fait que la Justice ne les condamne pas comme des justiciables et des citoyens normaux, cela ne rend pas service à la police, parce qu’on ne garde qu’une mauvaise image justement. Comment peut-on alors se plaindre que quelqu’un dise «urgence notre police assassine ». J’invite d’ailleurs à signer la pétition lancée par Farid qui demande l’abandon des poursuites à mon encontre.

On a lancé depuis mars une nouvelle campagne contre les violences policières. Elle vise à sensibiliser les gens qui n’ont pas eu à faire avec la police. Les gens peuvent être parfois incrédules, comme moi j’ai pu l’être lorsque mon frère me racontait qu’il se faisait tabasser par des policiers, alors que j’étais proche de lui. Il s’agit de pallier le manque d’information. Le problème reste le manque d’information ; ou bien les médias n’en parlent pas ou ils ne mettent en avant qu’une partie, à savoir les syndicats policiers à qui on donne la parole tout en privant l’autre côté de la possibilité de s’exprimer. Ce n’est rien d’autre qu’une censure. Après la mort de mon frère, un journaliste de la radio avait voulu me recevoir, mais seule car il n’a pas souhaité que des syndicats soient en face de moi. Les syndicats ont interpellé ce journaliste pour lui signifier que ce n’était pas équitable. Ils ont ainsi exigé que leur point de vue soit entendu. C’était une exception puisqu’en règle générale, les médias ne jouent pas le jeu en ne donnant habituellement la parole qu’aux syndicats.

La campagne se veut de sensibilisation car elle lance un débat public qui pose une affirmation, « Urgence notre police assassine » mais aussi une question « mais que fait l’État ? ». Il est vrai qu’on peut être choqué par l’expression « Urgence notre police assassine ». C’est une forme de cri ; une forme de provocation, parce qu’il faut parfois provoquer pour interpeller. C’est le seul moyen qu’on a pour tirer une sonnette d’alerte. Ça fait trente ans que des gens sont tués, mais on ne peut plus le supporter l’inacceptable. C’est étonnant de voir le nombre de retours par mail de personnes qui se sentent saisies par cette question, sans qu’elles n’aient eu à faire avec la police.

La campagne contre les violences policières se déroule pendant les élections, l’occasion de mettre le paquet, puisque les élus sont plus à l’écoute. Le 15 mars, il y a eu le rassemblement à la Fontaine des Innocents (Paris-Châtelet). Le 2 avril, soit quelques jours avant mon procès pour diffamation, nous organisons une conférence de presse, suivie de la projection en avant première du clip pour lequel je suis attaquée. Nous avons préparé quelque chose d’intéressant qui fera certainement un tabac. Après cette projection, je devrais avoir ma photo placardée dans tous les commissariats avec des fléchettes. Mais il faut savoir se sacrifier. Le pire m’est arrivé, je n’ai plus rien à perdre. Quand le clip sera mis en ligne via une adresse IP introuvable, il devrait appeler beaucoup de personnes à s’interroger grâce à des images frappantes, un texte et une musique percutants. Le 5 avril aura lieu la commémoration des victimes des crimes policiers, une manifestation partira des abords du Ministère de la Justice pour arriver aux abords du Ministère de l’Intérieur. Comme elle a lieu deux jours avant le procès, les familles qui viennent de différentes régions de France, pourront aussi être présentes au procès. Elles seront un soutien supplémentaire.

J’ai d’ailleurs bien envie, lors de mon procès pour diffamation le 7 avril, de faire une tribune pour ces familles qui n’ont jamais eu la parole, qui n’ont jamais été entendues. Je veux comprendre ce qu’est la Justice dans mon pays, alors qu’on me parle de justice impartiale et de justice indépendante. J’ai envie de faire de ce procès une tribune pour que toutes ces familles prennent enfin la parole, qu’elles viennent raconter leur propre histoire. Je reprendrai point par point, détail par détail, propos par propos, et je soulèverai les cas où les familles n’ont pas été entendues, où la Justice n’a pas correctement fait son travail. La question de la Justice doit enfin rentrer dans le débat public. J’exige des engagements de cette justice qui est sensée nous juger indépendamment. Je veux tout simplement des réponses.

Il y a bien entendu en ce mois d’avril la date anniversaire du meurtre de mon frère Amine, le 21 avril. Lors de la commémoration de l’an dernier en 2013, aucun policier n’était présent pour la sécurisation du parcours. Ils ont voulu d’abord interdire la manifestation. Trois jours avant, il y a eu la reconstitution, le 19 avril ? Nous avions collé juste avant des affiches représentant le policier tirant dans le dos partout dans Noisy-le-Sec ; il y en avait partout. Un article publié dans la presse rapportait que les syndicats policiers étaient outrés qu’on puisse autoriser la manifestation le 21 avril. Ils étaient dérangés par les affiches placardées partout, y compris sur le poteau près duquel mon frère avait été assassiné. Comme les policiers n’ont pas obtenu l’interdiction de la manifestation, ils nous ont laissé livrés à nous-mêmes. Nous avons donc bloqué la circulation, ce qui aurait pu créer des tensions avec les automobilistes. C’était manifestement un piège pour nous rendre responsables d’éventuels problèmes. Heureusement, tout s’est bien déroulé.

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8/ En guise de conclusion provisoire …

A quoi je fais face, contre quoi je me bats ? Je fais face à la résignation de la population concernée, maghrébine et noire. J’ai l’impression qu’ils fuient la réalité. C’est ce à quoi je fais face et qui pourrait me faire vouloir tout arrêter. Et puis, je me dis que non, que je n’en ai pas le droit. Je fais également face à des pressions, à de l’intimidation et à des menaces. Le procès lui-même est une forme de menace.

Contre qui je me bats ? Je me bats contre l’invisible qui est en fait le système qui a instauré cette police. C’est un cercle qui va de la police, à la Justice jusqu’aux politiques. Ils sont tous liés. Ce système donne l’impression qu’on ne peut pas le toucher. Et les assassinats sont considérés comme des pertes inévitables de ce système, qui lui-même décide de ne pas en tenir compte.

Pour qui je me bats pour qui ? Je me bats pour la mémoire de mon frère. C’est un combat contre moi-même pour garder le cap et ne pas tomber dans le désespoir. C’est un combat pour mes enfants qui pourraient être confrontés à cela. C’est un combat pour tous ces jeunes qui subissent, toutes ces familles qui subissent et ne disent rien, considérant qu’on ne peut rien faire contre la police. Je dirai que c’est un combat global.

Qu’est-ce que cette lutte m’a appris ? Elle m’a appris que se battre n’est pas facile. Même si j’ai la force et la détermination de pouvoir y arriver ou, en tout cas, de contribuer à ce qu’il y ait un changement. Si on arrive à sauver des vies en faisant qu’un policier, au moment de tirer, réfléchisse à ce qu’il pourrait encourir, qu’il sache qu’il est épié, surveillé, ce serait déjà une victoire.

J’ai appris qu’il existait une réelle solidarité. Je suis en admiration devant ces gens qui luttent depuis des années, devant ces militants de tous bords, de toutes nationalités, qui luttent, sans avoir été eux-mêmes touchés par ce genre de drame. Je les admire et je les remercie de consacrer tant de temps à quelque chose qui ne les concerne pas directement. Je trouve cela très beau.

Entretien effectué en octobre 2013 et en mars 2014

Propos recueillis par Samia Moucharik, membre du PIR

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