Interview

3 questions à Raphaël Confiant

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1/ Que pensez-vous de l’hommage national rendu à Aimé Césaire au Panthéon ?

Aimé Césaire s’est, me semble-t-il, battu pour permettre l’émergence d’une personalité martiniquaise et je ne comprends donc pas cette plaque apposée au Panthéon français.

Dire que l’oeuvre de Césaire est universelle pour justifier pareille chose est une plaisanterie : à ce compte-là, il faudrait aussi mettre une plaque au nom de Simon Bolivar, Ho-Chi-Minh, Frantz Fanon, Malcom X etc…Je pense qu’il s’agit d’une misérable récupération de l’idée de Négritude et j’ai honte pour les Martiniquais qui ont accepté de participer à cette mascarade. Ceci dit, le Panthéon est une grande institution et je respecte profondément les grands hommes français qui s’y trouvent. Le seul problème, c’est que Césaire n’était pas et surtout ne se voulait pas français.

2/ Identité Culturelle martiniquaise, française, africaine…Quelle est votre perception de l’identité culturelle « créole » ?

L’identité martiniquaise est créole, point à la ligne. Elle n’est ni amérindienne ni française ni africaine ni indienne ni chinoise ni levantine, même si elle comporte différents éléments de toutes ces cultures. Elle possède sa propre langue, le créole, ainsi que tous les attributs d’une culture normale : musique créole, cuisine créole, architecture créole etc…Si elle n’a jamais pu vraiment s’exprimer en quatre siècles, c’est à cause du processus d’assimilation mis en place par les différents pouvoirs français.

3/ Quelle est votre vision du local (Martinique/Antilles) dans le global (monde)?

La Martinique, et plus largement les Antilles, ne sont pas « locales », mais « globales ». C’est dans notre archipel qu’à compter du 16è siècle est née la toute première Mondialisation. Celle que nous vivons aujourd’hui n’est que la deuxième. C’est en effet aux Antilles qu’Amérindiens, Européens, Africains, Moyen-Orientaux et Asiatiques ont été sommés de cohabiter et ont donc forgé, dans la douleur, une nouvelle culture, la culture créole. Nous sommes donc les premiers peuples globalisés et la deuxième globalisation, celle d’aujourd’hui, n’a rien qui puisse nous faire peur.

Source : Direct Monde

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