Lettre à Darius, à mes frères de chaîne et aux bâtisseurs de misère

rom

Je ne te connais pas petit frère. Je ne te connais pas mon fils. Je ne me souviens plus de ton nom, mon neveu…muro nepoto. Je ne sais pas à quoi ressemble la couleur de tes yeux. Sont ils noirs comme l’ébène, gris comme un ciel couvert, bleu comme l’immensité de nos espoirs, constellés d’étoiles, dur comme l’acier ? Peu importe. Je suis tienne et je te porte en moi comme une mère, comme une sœur de chez nous qui veille sur son frère. Je sais comment tu aimes ton café car je suis ta tante, celle chez qui tu te réfugies quant tu n’as plus où aller, quant tu fuis. Je veille sur toi. Tu es le fils de mon frère. Je connais tes errances. Elles me font mal mais je sais d’où elles naissent. Je ne les excuses pas mais je les sens au plus profond de mon être. Elles me déchirent, m’ébranlent, elles me quittent le sommeil. J’ai beau fermer les yeux.

Mon fils, mon frère, mon neveu, j’ai cherché dans les livres, j’ai creusé au fond de nous, j’ai été patiente, j’ai voulu comprendre. J’ai joué avec le feu de l’autre pour tomber dans la léthargie dans laquelle tu te trouves maintenant. Je suis là, nous sommes là, amenza.

Toi, toi qui a frappé, je te connais aussi. J’ai grandi à tes cotés. Le béton de ton univers n’a pas été aussi puissant que les feux que nous allumions aux pieds de tes tours, où nous parlions, chantions, dansions quelques fois et où toi aussi tu te réchauffais. Je te connais et j’ai mal. Ta peur me tue, ta souffrance me tue. Ce sont ces murs, tous ces murs autour de nous, dans nous. Tout ce béton qu’ils ont mis entre nous et nous même.

Ta puissance et la mienne sont nos seuls espoirs. La puissance de ton extériorité niée, la puissance de ton être, la force subjuguée du mien. Tu es mon frère de couleurs, mon frère de race, mon frère de classe, mon frère de chaines. Et j’ai mal, tellement mal de si bien te connaitre. J’ai mal de te comprendre. Je suis aussi toi.

Mes frères, je vous prends tous les deux par la main. Je vous hais et je vous aime. J’ai peur. J’ai peur de ce qu’ils ont fait de nous…ceux qui parlent, nous définissent, ceux qui bâtissent ces murs, ceux qui structurent nos êtres, ceux qui font de la richesse de notre altérités des motifs de rejet, des dissonances. Quelle est mortifère cette symphonie universelle qu’ils nous imposent et à laquelle il nous faut nous refuser pour survivre ! Quelle est puissante aussi !

C’est à vous que je m’adresse maintenant, vous les bâtisseurs de misère, vous les oppresseurs, les politiciens, les faiseurs d’images, vous qui avez frappé mon frère, mon fils, mon neveu de vos mots, de vos couleurs, de vos lois, de vos savoirs morts, de vos murs, et même de vos sollicitudes aqueuses. Non !!!!Vous n’y arriverez pas. Vous ne me ferez pas dévier le regard de la réalité. C’est vers vous que sont braqués mes yeux. C’est vous que je scrute, déstructure et combat. Et je le ferai main dans la main avec mes frères de lutte.

Sarah Carmona

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