Islamophobie de gauche

Islamophobie : on a la droite qu’on mérite

De la gauche social-libérale à la gauche radicale, c’est aujourd’hui la sidération qui s’impose face à la multiplication des droites extrêmes – de la Droite populaire aux groupes identitaires, de CIVITAS au Printemps français, en passant par Égalité & Réconciliation.

Il n’y a pourtant pas de quoi s’étonner. Le travail de banalisation de l’islamophobie, mené par l’ensemble des gauches depuis dix ans au nom de la laïcité et du féminisme, a porté ses fruits. Et les événements récents ne sont pas pour nous rassurer. La décision de la Cour de cassation confirmant la réintégration d’une employée voilée à la crèche Babyloup, a été accueillie par le Parti de gauche comme une « régression » de la laïcité ; le Parti socialiste a réagi en proposant de légiférer pour exclure encore davantage le port du hijab du secteur privé.

Que restera-t-il aux femmes voilées quand elles seront définitivement interdites de tout emploi, du public au privé, des assistantes maternelles aux crèches associatives ?

Il est bien curieux qu’une part aussi considérable de la gauche radicale, qui se veut dévouée au monde du travail et aux classes populaires – sans parler des droits des femmes -, fasse si peu de cas du chômage imposé aux femmes musulmanes. Si sa défense de la « question sociale » est à géométrie variable, que la gauche ne s’étonne pas que les forces les plus réactionnaires, les plus conservatrices, récoltent tout ce qu’elle a semé. Qu’elle ne s’offusque pas de la mobilisation et des scores de l’extrême droite – qui n’a eu pour gagner en écho qu’à tirer toutes les conséquences de l’islamophobie diffusée par l’ensemble du champ politique.

Risquons-nous à une hypothèse : tout renoncement a un prix. Quand la « question sociale » occulte la domination raciale, c’est le mouvement ouvrier dans son ensemble qui perd du terrain. N’est-ce pas la raison pour laquelle les syndicats, les partis de gauche, ont le plus grand mal à organiser chômeurs, précaires et intérimaires – qui sont pour une grande partie des indigènes ? Quand on abandonne les indigènes face aux violences policières, à l’islamophobie, quand on les empêche de prier en manif, quand on manœuvre pour neutraliser leurs révoltes et leurs résistances, qu’on ne les attende pas aux prochaines mobilisations sur les retraites ou contre l’accord compétitivité. Qu’on ne s’étonne pas non plus de perdre du terrain face à la CFDT et les syndicats qui acceptent la précarité en échange de quelques miettes : tant que perdure la fracture raciale, ces quelques miettes continueront à satisfaire une partie des travailleurs blancs.

Quand Mélenchon apporte son soutien aux Goodyear et qu’il traite ensuite les « émeutiers » d’Amiens-Nord de « bouffons », de « larbins du capitalisme », il oublie que ce sont les mêmes ; que les intérimaires d’aujourd’hui sont les enfants des ouvriers d’hier ; que la jeunesse noire et arabe est la dernière embauchée et la première licenciée.

Ceux qui divisent les classes populaires ne sont peut-être pas ceux qu’on croit.

Le PIR

Le 30 Avril 2013

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