Barbarie

Femmes, pourquoi tant de haine ?

arton1073

« Femmes, pourquoi tant de haine ? », c’est le titre du Thema Arte d’hier soir. Entre documentaires et débat, l’émission est sensée se pencher sur « le retour des violences machistes ». Il faut cependant entendre « Le retour des violences machistes chez les noirs et les arabes pauvres ». Rassurez vous, on ne parlera pas des violences masculines chez « les autres », c’est à dire les blancs plus aisés. Eux, visiblement, seraient plutôt dans le genre « retour du Jedi » gentil qui va lutter contre le côté obscur de la force. Du lourd donc, sur fond d’axe du mal contre le bien.

Pour commencer, la présentation de l’émission donne le ton, façon film d’horreur.

Un peu comme l’affiche de « Ils », réalisé par X. Palud et D. Moreau :

Pour le thema d’Arte, le casting est composé, au choix :

de maghrébins (pour le spectateur socialiste qui regrette son angélisme passé) ;
d’immigrés de la énième génération (pour le spectateur inconditionnel de la souche) ;
d’arabes (pour le spectateur qui cause vrai et qui t’emmerde) ;
de musulmans (pour le spectateur qui ne fait plus une phrase sans prononcer le mot laïcité -et ordre républicain en général, juste après) ;
d’auvergnats (pour les soutiens à notre ministre condamné pour injure raciale).

Pour le thema d’Arte, donc, nous avons les mêmes ressorts que pour une affiche de film d’horreur :

Un fond sombre, un visage un peu effacé, un peu inquiétant, et le lieu où va se dérouler l’intrigue en arrière plan (les barres d’immeubles, la banlieue, donc les arabes/musulmans).

Un peu comme dans The Exorcist :

Quand on regarde l’affiche, on comprend assez rapidement que la silhouette avec le chapeau va jouer un rôle dans l’histoire (le prêtre pour « L’exorciste », Lafâme pour le Thema Arte), mais que le problème le plus inquiétant se situe, lui, quelque part en arrière plan, dans la maison/les immeubles (la fille possédée par le diable pour « L’Exorciste », les jeunes de banlieue (arabes, musulmans, etc., cf liste ci-dessus, pour le Thema d’Arte).

Nous voilà donc prévenu, ce soir, ça va trembler dans les chaumières, façon « L’Exorciste » :

La soirée est présentée par Daniel Leconte, l’inénarrable Daniel Leconte… Le souci, c’est qu’on ne sait pas par quoi commencer.

Par le moment ou Leconte jubile, certain d’avoir réalisé un fort audimat, « parce que… y’avait d’ l’enjeu » ? (Surfe mon gars, la vague est haute).
Par l’étonnement du présentateur qui s’insurge (« incroyable ! ») parce que les « autorités allemandes n’interviennent pas », en cas de violences contre les femmes (ici, dans le cas de mariages forcés)…. ou comment découvrir l’eau tiède ? L’État n’interviendrait pas ou peu quand les femmes subissent des violences ? Naaaaan, sans déconner ?
Par les petits rires condescendants de Leconte devant ces deux « femmes de caractère »/ »femmes tellement libres » qu’elles ne lui laissent pas en placer une durant le débat ? (quelle mansuétude ces mâles blancs !)
Par ces deux femmes (Malika Sorel et Serap Cileli) qui parlent de la crise de la masculinité de « nos hommes » (les blancs), « qu’on aime », et qui peuvent « être doux et masculins »… qui soutiennent que « si tout cela est arrivé, c’est parce que notre société elle-même est en crise d’identité (« natürlich ! » dit l’invitée allemande), et surtout, les hommes occidentaux sont dans une crise de la masculinité » ! La rengaine commence à être connue, la bouillie devient lassante.
Par ces deux femmes persuadées que les violences faites aux femmes viennent contaminer « notre société » -nous les blancs-, via les banlieues ?
Par ces deux femmes persuadées que les médias et les politiques veulent à tout prix cacher ces violences pour éviter tout risque de stigmatisation de ces populations (les arabes/musulmans) ?

C’est peut-être cette dernière affirmation qui est la plus dingue.

Cela suppose de croire que :

l’État lutterait contre la stigmatisation et le racisme :
(rires dans la salle), le condamné pour injure raciale se lève et hurle : « mais si ! on les protège, la preuve, on vient de créer un label origine auvergnate contrôlée ! voyons ! »

l’État s’intéresserait aux violences faites aux femmes depuis des décennies, mais qu’il rechignerait à s’y pencher à propos des banlieues.
Faut arrêter de déconner, c’est exactement l’inverse. Pendant des décennies, l’État n’en a rien eu à faire des violences contre les femmes. Les chercheuses et les militantes qui luttent et travaillent sur ces questions le savent très bien. Négations en cascade et tollés indignés à la sortie des premières enquêtes sur les violences faites aux femmes, absence de moyens tant institutionnels que financiers pour lutter contre ces violences, minimisation/invisibilisation dans les médias, difficultés énormes à faire voter des lois maigrelettes etc… Depuis que ces questions permettent de zoomer sur les banlieues, cependant, il faut reconnaître que l’État fait mine de s’y pencher.

Ces stratégies d’occultation ou de mise en lumière ponctuelle des violences masculines sont développées dans l’ouvrage de Patrizia Romito, « Un silence de mortes », dans lequel l’auteure souligne, en introduction :

« en définitive, on accepte de briser le silence à la seule condition que chaque épisode de violence soit présenté comme un cas isolé, et pourvu que les auteurs apparaissent au cœur d’une situation d’exception – entre autres parce que sous l’emprise d’émotions incontrôlables, ou au contraire souffrant d’une absence pathologique desdites émotions, ou parce que d’une autre culture – entendons issus de l’immigration ou musulmans. Alors on veut bien, à la rigueur parler de violence, mais jamais de violence masculine. »
Lire la citation sur le site Entre les lignes entre les mots

Cet état d’exception, ici, serait très clairement le produit d’une contamination de la société blanche-française par des immigrés basanés et barbares… (C’est bien connu, nous les blancs, adorons nos femelles au point de n’en tuer, n’en frapper, n’en violer, n’en injurier, n’en humilier que par passion, par amour « fou », et pas beaucoup, hein. Raisonnablement. Le style français pur souche, oui Madame. La classe quoi.)

Il faudrait donc croire qu’avant l’arrivée de ce qui est désigné comme de véritables hordes de barbares, la société française était douce avec ses femelles -rire nerveux- et qu’elle pourrait devenir violente si on ne contrôlait pas ces barbares.

Si on résume :
Ces violences ne sont donc pas MASCULINES, elles sont MUSULMANES.
IL FAUT réagir contre cette ISLAMISATION de la France.

L’émission est donc assez terrible à regarder, en ce qu’elle pue littéralement la fausse découverte, le faux courage de dire la vérité, suivant la rhétorique sarkozyste du « n’ayons pas peur des mots », qui ne recouvre qu’une volonté de tordre la pensée, d’utiliser les souffrances, de manipuler.
Ces femmes sont littéralement prises pour des objets servant une politique raciste.

Bref, c’est juste énorme. Que des mecs qui ont passé des décennies à traiter les féministes d’hystériques mal baisées se pointent, la gueule enfarinée, fiers comme des papes, pour se réclamer d’un féminisme dont ils ne connaissent absolument rien, et en tirer toute la gloire d’être, eux, des hommes biens, c’est tout simplement à vomir.

Et pendant que ce Thema Arte est diffusé, sur une chaîne concurrente, un « autre barbare » est disséqué.

Lui, il s’appelle Jacques Fruminet, et l’émission titre « Jacques Fruminet, tueur de femmes ». Sur la photo vous apercevez, outre son air bonhomme, qu’il n’est pas basané pour un sou : ce sont ses origines sociales de grand prolo qu’on va mettre en avant, grâce à une véritable litanie sur sa famille déstructurée, rongée par l’alcoolisme, etc. Bref, la lie de l’humanité.

Décidément, les arabes et les pauvres sont vraiment d’infréquentables personnages violents, dont les histoires nous permettent tout de même de nous offrir un petit frisson télévisuel de deuxième partie de soirée, après avoir regardé un énième épisode d’une quelconque série policière dans laquelle une femme se faisait éventrer/violer/égorger/étrangler.

Mademoiselle

SOURCE : les entrailles de mademoiselle

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