Outil pour taper

A quoi sert le débat de l’identité nationale ?

arton798

Je vais vous faire partager un passage de ma vie privée : ce matin, j’ai sorti un bout de viande du congélateur. Je sais que dit comme ça, ça paraît nul, mais c’est une décision qui porte des causes et des conséquences, comme toute décision d’ailleurs. On peut se demander « pour quelles raisons j’ai sorti ce steak ? » et « quelles seront les conséquences de ce geste ? »

Si je vous parle de ça, c’est pour vous amenez, grand manipulateur que je suis, à vous faire abordez la thématique de l’identité nationale sous cet abord : quelles sont les finalités du « débat », dans quel but le gouvernement lance-t-il ce débat ? Et quelles en seront les possibles conséquences ?

Définir, c’est exclure

La question posée veut donner une définition de l’identité nationale française. Bref on veut définir ce que signifie « être français ».

Or donner une définition, ça exclus, plus que ça n’inclus. Par exemple, lorsque l’on donne la définition de la couleur rouge. Une fois qu’on défini ce qu’est la couleur rouge, on peut dire « ceci est rouge » mais aussi « cela n’est pas rouge ». Une fois, l’identité nationale française définie, on pourra alors dire ce que signifie être français, mais surtout qui n’est pas français.

Deux questions viennent alors :

1. Qui n’entrera pas dans la définition ?

2. Que fera t on de ceux qui n’entrent pas dans les critères de la définition ?

Exclure les basanés

Donc définir c’est exclure. Alors qui sera exclu ? Qui est visé ? La réponse est les noirs, les arabes et les musulmans. Besoin d’éléments de preuve ? En voici quelques uns :

* Lors de la campagne présidentielle française de 2007, Nicolas Sarkozy déclare devant plusieurs millions de téléspectateurs : « qu’en France, on n’égorge pas de mouton ». Pour Nicolas Sarkozy, dont on connait tous l’érudition, ceux qui égorgent des moutons sont les musulmans. Donc, pour le président de la république, éen France on n’est pas musulman ».

* Il y a aussi le martellement du mythe de l’origine « judéo-chrétienne » de la France et/ou de l’Europe, pour mieux faire comprendre, ou conforter l’idée, que les musulmans ne sont pas légitimes ici.

* Après la révolte des quartiers de 2005, une académicienne et des députés accusent la polygamie comme origine de la délinquance. La polygamie étant un attribut des noirs, des arabes et des musulmans, dans l’imaginaire raciste (dont les clichés sont sans cesse évoqués de manière indirect et direct).

* En 2009, le ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, ex-ministre de l’identité nationale et de l’immigration, explique que lorsqu’il n’y a qu’un arabe, c’est tolérable, mais quand il y en a plusieurs, c’est problématique.

* E :mmanuel Valls, maire PS de la ville d’Evry, a dit que dans sa ville, il n’y a pas assez de blancs (comprendre trop de non-blancs) et que cela nuit à l’image de la ville. Par ailleurs, la politique de la ville d’Evry est également marquée par le fait que vendre des livres de théologie musulmane lors d’une brocante a été interdit, certes pas officiellement mais dans la pratique effectivement. On remarquera qu’après avoir dit qu’il y a trop de basanés dans sa ville, Emmanuel Valls, nullement inquiété au sein de son parti et pas plus déranger par les autres institutions politiques est médiatiques, se sent en mesure de s’affirmer présidentiable.

Ces faits, bien que non exhaustif, montrent les cibles de la politique nationalo-raciste française. Plus fondamentalement, il est bon de remarquer que l’unité politique en France se fait lors de la loi contre le hijab ou lors d’une commission, donc les conclusions sont clamer dans les journaux par les membres de la commission, pour interdire le niqab.

Au travers de la question « qui est français ? », c’est bel est bien « qui a le droit, ou la légitimité, d’être en France ? » qu’il faut entendre. Ceci est visible avec :

· Une définition par la négative de ce qu’est être français ; « En France on ne fait ci ! En France on n’est pas comme ça ! »

· Les critères imposés par les dernières lois pour être naturalisé, tel que « connaître les valeurs de la république » et y être en accord. Demande-t-on à un alsacien blanc, s’il connait les valeurs de la République et s’il les respecte ? Non. Faut-il supposer qu’autant que blanc, il est naturellement en phase avec elles ?

Que faire de ce débat ?

Que faire du résultat de cette consultation sur l’identité nationale, dont on sait déjà quelle est biaisée (des journalistes ont montré que des contributions qui ne partent pas dans le sens voulu sont censurées) ?

Cette question est importante car si le gouvernement souhaite définir ce qu’est être français et protéger l’identité nationale, c’est dans une perspective politique. Ce n’est pas pour rien que l’on fait un débat national, on souhaite en faire quelques choses avec par la suite. Et même si je me trompe dans mon analyse, cette définition sera utilisée, à la manière un outil, pour modeler la société et/ou faires des lois.

Dépoussiérons notre boule de cristal et tâchons de voir très rapidement quelques unes des possibilités qu’offre un tel débat.

D’abord pour les immigrés :

1. Limiter les naturalisations : sous prétexte de non conformité à l’identité défini, on peut se permettre de refuser la naturalisation à des étrangers.

2. Refus de renouvellement de carte de séjour.

3. Refus d’obtention de visa.

Ces règlements ne seront probablement qu’appliqués aux étrangers non-blancs. Et ce ne sera pas la première fois qu’une politique de limitation du droit de séjour sera appliquée à une seule partie du monde. La loi sur les tests ADN, qui a été reportée, n’était censée s’appliquer qu’aux africains et plus particulièrement aux noirs car « ils se ressemblent tous ».

Pour les basanés, qu’ils aient la nationalité française ou pas, parions que ce débat aura les effets suivants :

1. Cela risque d’induire une acceptation de son statut de dominé (« Si nous subissons des violences physiques, symbolique et/ou politique, c’est parce que je ne suis pas, pas vraiment, chez moi ici ; et je ne suis pas chez moi, car je n’entre pas dans le moule de l’identité nationale »). Tout le monde politique ne peut pas se tromper.

2. Il y aura également une délégitimation des luttes des basanés. S’il est légitime de vous tapez dessus, c’est que vous êtes illégitime de combattre les violences que nous vous faisons subir. C’est le fameux « si t’es pas content, regarde comment c’est chez toi » ou encore « si t’es pas heureux ici, t’as qu’à rentrer chez toi » qu’a entendu chaque basané lorsqu’il commence à dénoncer l’oppression dont il est victime. Ceci a été résumé, entre autres, par Nicolas Sarkozy lorsqu’il a dit « La France, on l’aime ou on la quitte » durant la campagne présidentielle de 2007.

Mais avant toute chose, il permettra une justification des violences, au sens large, voir même une incitation au passage à l’acte. « Puisqu’ils n’ont pas être ici, et que leur présence est une menace contre notre identité, il est normale de leurs nuire ». Après avoir répéter pendant plus d’un an que le voile n’a pas ça place en France, les agressions de femmes portant le hijab se multiplient, les profanations de mosquées et de tombes de musulmans également.

Conclusion

La question qui est posée dans ce débat n’est pas « qu’est ce qu’être français ? » mais bien « qu’est ce que vous foutez là les bronzés ? » et les conclusions sont clamées depuis plusieurs années.

Mais profitons de cette injonction pour poser les vraies questions, celles qui faut avoir en tête. Au lieu de chercher une réponse à la question « comment justifier le fait que vous soyez là ? », il est à mon avis préférable de poser la question « Pourquoi m’imposez-vous de me justifier d’être là ? »

Atman Zerkaoui, membre du Mouvement des Indigènes de la République

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