Introduction à « Lettre de prison. Chaque instant a le goût de l’exil ». Novembre 1980
La republication d’une des lettres de prison de Sion Assidon, quarante-cinq ans après son écriture, et deux mois après la mort de son auteur, ne vaut pas geste d’hommage rendu à une voix aujourd’hui éteinte. Sa lecture/écoute suffit pour contrarier l’impression d’une voix qui viendrait d’outre-tombe, tant elle regorge d’une énergie vitale produite par le lieu contre, et tout contre lequel, elle pose assurément chacun de ses mots.
Parmi sans doute les centaines de lettres qu’il a rédigées durant les douze longues années[1] de son incarcération débutée en 1972, celle-ci, datée de novembre 1980, nous parvient aujourd’hui grâce à une archive rendue précieuse car si rare le concernant dans cette période de sa vie. Elle figure en effet dans une brochure[2] éditée, en octobre 1981, par son comité de libération cofondé et animé par sa sœur, Elsa Assidon, universitaire et militante anti-impérialiste[3]. Est-ce elle qui a sélectionné cette lettre, déjà mise à l’honneur lors d’une précédente publication par le journal Sans Frontières[4] en juin 1981. Est-ce la rédaction du journal qui a choisi le titre qui l’accompagne et qui informe d’emblée sur sa dimension poétique : « Chaque instant a le goût de l’exil » ? Ces trous relatifs au contexte d’écriture et de publication seront assurément rebouchés par l’effort d’historiens et d’historiennes[5], qui permettra de connaître également l’identité du ou de la destinataire de cette lettre.
En dépit d’une contextualisation incomplète, cette lettre tient de témoignage d’un moment de l’Histoire politique marocaine : la détention de plusieurs centaines d’opposants d’extrême-gauche au régime postcolonial, confiscateur de la lutte de libération nationale au profit d’intérêts impérialistes et capitalistes. Elle le fait en rejoignant une bibliothèque[6] déjà assez bien fournie en récits et poèmes, écrits par un certain nombre d’entre eux et elles, de manière concomitante ou postérieure à leur emprisonnement[7] s’étendant entre les années 1970 et le tout début des années 1990. Pour l’heure, et à ma connaissance, « Chaque instant a le goût de l’exil » serait le seul texte disponible écrit pendant, et à propos de, la prison par ce membre-fondateur de l’une des trois organisations criminalisées lors d’un procès historique en 1973[8], Servir le Peuple[9] (Linakhdouma al Chab). En novembre 1980, Sion Assidon a 32 ans et neuf ans de détention derrière lui, dont la grande partie aura été éprouvante : tortures, camarades décédés ou tombés dans la folie, maladies, isolement, grèves de la faim[10], extrême promiscuité dans des cachots minuscules, privations, brimades. Un an auparavant, il tente de fuir[11] avec de deux de ses codétenus, tentative-résistance qu’il paie de tortures suffisamment sévères pour lui infliger des séquelles à vie ainsi que de l’alourdissement de sa peine de trois années supplémentaires d’enfermement. Mais à partir du courant de l’année 1980, le régime de détention s’améliore nettement, sous l’effet conjugué de luttes conduites à l’intérieur et à l’extérieur de la prison[12]. Le concernant plus précisément, la pression provient de son comité de libération installé à Paris, d’un comité de mathématiciens[13] qui le défend à partir d’octobre 1979 ainsi que d’Amnesty International qui l’adopte très vite comme prisonnier politique, et qui, en avril 1980, invite ses militants à lui écrire et également aux autorités, en le désignant « prisonnier du mois ». En juillet de la même année, un groupe de 89 prisonniers retrouve la liberté, à la suite d’une grâce royale, parmi lesquels Abdellatif Laâbi qu’il cite dans sa lettre. Lorsqu’il l’écrit, Sion Assidon ignore qu’il lui reste encore trois ans et demi[14], puisqu’un nouveau groupe se verra libéré le 24 août 1984[15]. Mais quitter la prison ne signifie nulle désertion de la lutte qui continue à s’y mener. Un de ses premiers gestes quelques jours après sa libération est de se rendre auprès de familles endeuillées à Marrakech par la mort de leurs fils au terme d’une grève de la faim[16] fatale menée en prison[17].
Loin d’être un poncif éculé, l’écriture[18] en tant qu’acte de résistance est pratiquée par lui, se déployant sous différents répertoires. Dans le cadre de ses études en économie, il rédige en 1981 trois articles dans la revue El Asas[19], comme contribution à un débat sur les fondements précapitalistes et donc précoloniales des structures sociales du pays[20]. En juin 1982, il co-écrit avec Abraham Serfaty une lettre signée en tant que combattants se mettant sous les ordres d’Abu Ammar – nom de lutte de Yasser Arafat – alors que la Résistance palestinienne affronte à Beyrouth les assauts de l’armée israélienne. Et sans doute comme la plupart des autres frères et sœurs[21] d’infortune, Sion Assidon entretient une vaste correspondance : avec sa famille et ses proches ; avec des soutiens, notamment militants des droits humains à l’étranger. Il est à penser que ces lettres varient de registre et de ton, au gré du degré d’intimité avec le ou la destinataire et du moment qui les inspire.
Ainsi, « Chaque instant a le goût d’exil » appartient à un ensemble composé par chacune de ces lettres de prison. Pour les historiens et les historiennes, il s’agit ici d’une piste à explorer, supposant au préalable leur recherche, qu’elles soient conservées dans des archives personnelles ou institutionnelles. Sans doute que cette quête[22] en soi donnerait lieu à des rencontres et des récits passionnants. La présente republication fournit l’occasion d’un appel publique à la récolte de ces lettres jetées aux quatre vents par Sion Assidon. Réunies, elles restitueraient de manière diachronique les sensations, les sentiments, les idées suscitées par l’expérience subjective de la prison, dans ses dimensions intime, prosaïque, corporelle, intellectuelle, émotionnelle, psychique. La présente lettre fournit déjà de précieux éléments relatifs aux micro-résistances pratiquées par les détenus, par la soustraction de quelques fractions de minutes à l’ordre pénitentiaire[23] et dont Sion Assidon rend compte, non seulement en les décrivant mais en les analysant.
Potentiellement, cette récolte aurait un autre débouché, que suggère la lecture de « Chaque instant a le goût d’exil ». Il existerait, pour l’heure sous la forme de fragments et d’une vie latente, un texte littéraire, par certains égards, poétique. Le glanage des lettres pourrait alors, en même temps que mettre fin à leur dispersion, faire surgir une œuvre singulière. Dans l’attente et l’espoir d’une telle recomposition, chaque lecteur et lectrice est en droit ici de lire cette lettre comme adressée à sa personne, à la manière d’un poème épistolaire. Telle qu’elle s’y déploie, la poésie de Sion Assidon semble en conversation, entretenant précisément une triple conversation. La première l’est avec la poésie qu’il lit – de manière existentielle, à l’instar de ses compagnons –, qui infuse dans ses mots et qui conduit à des emprunts explicites, comme celui du motif de « niches de dressage »[24] à Abdellatif Laâbi. Par l’emprunt du motif de l’exil pour saisir l’expérience de l’enfermement comme une privation de ses proches et de son pays, il s’appuie cette fois-ci sur la poésie palestinienne en proclamant « Nous sommes tous des réfugiés palestiniens »[25] – comparaison qui doit sans doute dépasser sa fonction première. La deuxième et émouvante conversation se noue avec la peinture, celle de son ami et codétenu Abdellatif Derkaoui[26], et qui confine à un fidèle et insistant compagnonnage. Dans la lettre publiée, Sion Assidon déclare l’écriture défaite, du moins, défaillante, face à sa peinture, lorsqu’elle entreprend de faire sentir et voir ce qui relève de l’expérience de la prison[27]. La troisième et dernière conversation repérée, nettement plus déterminante, tient de promesse ou d’annonce d’un souffle poétique qui traverserait l’ensemble des lettres : celle avec le lieu de la prison. S’il affecte l’écriture, ce n’est pas par l’accablement produit sur les corps et les consciences, mais par la recherche de moyens de saisir ce que Sion Assidon nomme la « composante pénitentiaire », indissociable de « chaque geste, chaque regard, chaque odeur, chaque son ». Concernant le tout dernier élément, il est possible de lui donner tort quant à l’écriture nécessairement démunie face à l’image, tant il prête une attention aux bruits et aux sons, en leur attribuant la force de marquer de leur empreinte le corps, qui devient alors le siège de la mémoire. Surtout, sa poésie se fait géométrique afin de dialoguer avec une précision sensible avec la prison, plus exactement avec un de ses segments, la cour[28], qui elle-même ne peut se concevoir indépendamment de son dialogue avec le ciel. Celui-là est tel que le ciel prend des colorations variées selon la cour – et donc la prison. Surtout, de cette rencontre-dialogue s’invente un nouveau lieu que le poète baptise « cellule de ciel ». C’est là que la géométrie se fait poétique et la poésie géométrique[29]. Ce nouveau lieu capté par les mots dicte, selon ses formes, les mouvements du regard, autant de conversations nouées cette fois-ci entre le regard et la « cellule de ciel »[30].
« Chaque instant a le goût de l’exil » est-elle condamnée à rester un avant-goût sans suite ? La lecture de cette lettre-poème donne déjà le goût des instants retenus par la plume de Sion Assidon, ainsi que de l’instant de sa lecture-écoute.
Samia Moucharik
[1] Douze ans et demi « et un jour » comme il tient à le préciser à un journaliste : https://www.jeuneafrique.com/204558/societe/les-hautes-tudes-de-kenitra/
[2] Pour la libération de Sion Assidon. Mathématicien marocain depuis 1972 à la prison de Kenitra (Maroc). Disponible à l’achat sur internet : https://excerpts.numilog.com/books/9782307646990.pdf
[3] Economiste, elle a publié un certain nombre d’articles et d’ouvrages sur le développement inégal ; l’un de ses ouvrages, Sahara occidental, un enjeu pour le Nord-Ouest africain resterait à ce jour interdit au Maroc. Agée de trois ans de plus que Sion Assidon, elle est décédée en 2018. Pour un portrait d’elle : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article47406
[4] Journal créé en 1979 par d’anciens militants du Mouvement des Travailleurs Arabes, parmi lesquels des opposants marxistes au régime marocain qui, depuis leur exil français, prendront leur part à la lutte pour la libération des prisonniers politiques de leur pays. Cette évocation nous rappelle qu’une partie de l’Histoire des détenus de prisons marocaines et du centre de la mort de Tazmamart est largement connectée à celle de l’immigration postcoloniale maghrébine en France, à ses témoins et à ses archives. Cette mention permet de comprendre autrement pourquoi une organisation comme le PIR tient autant à poursuivre cet attachement aux luttes menées depuis les pays d’origine, ici en se revendiquant de l’héritage de Sion Assidon. Outre un communiqué lui rendant les honneurs, le site a accueilli un entretien qu’il m’avait accordé en août 2024 et auquel j’ai ajouté une introduction.
[5] Dont nous espérons que les premiers et premières seront marocain(e)s, afin d’éviter une préemption de la connaissance par la recherche occidentale mieux pourvue en moyens, voire un détournement du savoir aligné sur ses propres problématiques.
[6] Il est possible de trouver sur ses étagères Driss Bouissef Rekab, A l’ombre de Lalla Chafia (1989), Jaouad Mdidech, La chambre noire ou Derb Moulay Charif (2000), pour ne citer que ces deux récits auxquels il faut ajouter d’autres récits ou recueils de poèmes qui seront cités en notes de bas de page tout au long du développement.
[7] Sans qu’il n’y ait redondance, cet emprisonnement à la prison de Kenitra doit être qualifié de collectif, tant une vie en et de groupe s’est instaurée comme rempart à l’oppression du régime carcéral.
[8] Ce procès baptisé « Procès de Casablanca » voit des dizaines de militants de 23 Mars, d’Ilal Al Amam et Servir le Peuple inculpés pour « Atteinte à la sûreté de l’Etat » et condamnés à la perpétuité ou à des peines de réclusion entre 5 à 15 ans, cette dernière peine étant celle qui est infligée à Sion Assidon. https://www.maroc-realites.com/document/407
[9] Nom en français retenu, alors que l’historien Maâti Monjib souligne que la traduction plus fidèle serait Servant le peuple.
[10] Dont celle à l’issue de laquelle meurt Saïda Menebhi (Paix à son âme). Un certain nombre de ses textes dont des poèmes, parus une première fois en 1978, ont été republiés en 2023 par les éditions Premiers Matins de Novembre : Les Bras chargés de fusils, la tête de poèmes.
[11] Il faut l’écouter en parler avec amusement concernant certains de ses aspects, à côté de la mort de l’un des deux autres et des tortures subies juste après son arrestation : https://m.youtube.com/watch?v=4pRIoVxD-D8
[12] Menées pour ces dernières d’abord par les familles, auxquelles rend hommage un des anciens détenus, Mostafa Meftah, dans quelques chroniques portant sur les années de détention et publiées récemment dans le magazine d’Histoire, Zamane.
[13] Sion Assidon bénéficie de ce soutien en tant que mathématicien. L’un des animateurs, Laurent Schwartz a profité de sa renommée pour publier une tribune en sa faveur dans Le Monde en juin 1981 : https://www.lemonde.fr/archives/article/1981/06/06/pour-sion-assidon_2728548_1819218.html . Michel Broué, autre membre mathématicien, a rendu hommage à Sion Assidon à sa mort en racontant lui avoir rendu visite en prison en se faisant passer pour son cousin.
[14] Comme il ne sait pas qu’il se verra privé de passeport pendant huit années, le condamnant, lui et d’autres opposants, à une nouvelle réclusion, à l’instar de Fouad Abdelmoumni, Abderrahim Berrada et Abdallah Zaâzaâ, et contre laquelle ils se sont élevés dans une lettre-pétition signée conjointement en juin 1991 pour exiger de ne plus figurer sur une « liste rouge de « produits interdits à l’exportation » ».
[15] Sans qu’il ne consente, à l’instar de beaucoup de ses codétenus, à demander pardon en réponse à la grâce.
[16] https://amdhparis.org/wordpress/?p=4327
[17] Sa sensibilité à l’égard des prisonniers politiques, au Maroc ou ailleurs, s’est confirmée notamment dans sa participation au comité de libération de Soha Bechara et à la mobilisation pour la libération de journalistes marocains, dont Soulaiman Raissouni, à propos duquel il évoque sa grève de la faim qui aura duré 118 jours, en mentionnant celle des prisonniers irlandais dont Bobby Sands, mort avec neuf autres compagnons en mai 1981 : https://m.youtube.com/watch?v=kyDN6bxQ9_o&pp=ygUMc2lvbiBhc3NpZG9u A l’heure où ces lignes sont écrites, des militants et militantes de Palestine Action mènent une grève de la faim qui semble provoquer la même réaction criminelle du gouvernement anglais actuel que celle du gouvernement dirigé alors par Margaret Thatcher.
[18] Il en est de même de la lecture, comme en témoigne ce qui est considéré comme la plus grande bibliothèque du pays, tant les prisonniers de Kenitra recevaient de leurs correspondants des livres en de multiples langues. Rien que dans cette lettre, nous apprenons qu’elle compte un ouvrage écrit par un sociologue hongrois, Miklós Haraszti, Salaires aux pièces, publié en français en 1976. Quel a été le destin de cette bibliothèque ?
[19] Sans doute que des archives existent, et il faut le souhaiter afin qu’elles soient analysées par la nouvelle génération d’économistes marocains.
[20] L’un des articles titré « A propos du féodalisme. Pour une autre lecture de notre histoire » est présenté ainsi par son auteur : « Il y a bien une leçon à tirer de notre Histoire, celle que rien n’est décidé d’avance […]. En un mot, nous comprendrons notre Histoire si nous pouvons suivre toute la richesse de possibles, la multiplicité de chemins qui s’ouvraient, et s’ouvrent, à chaque moment. »
[21] Parmi lesquelles Fatna El Bouih qui a publié en 2002 Une femme nommée Rachid chez Le Fennec au Maroc, republié en France en 2025, dans une nouvelle traduction, sous le titre de Toutes peines confondues.
[22] Cette recherche concerne également les lettres envoyées par Abraham Serfaty, à en croire l’appel lancé récemment par son petit-fils, Théo Serfaty, qui a assuré la réédition récente de textes sous le titre d’Ecrits sur la Palestine.
[23] Des résistances, certes individuelles mais collégiales dans leurs effets perturbateurs, et présentant de larges similitudes aux résistances ouvrières souterraines dont il a lu la théorisation par le sociologue hongrois qu’il cite.
[24] Dont une partie de ses poèmes épistolaires de prison a été réunie dans Chroniques de la citadelle d’exil.
[25] Il introduit la poésie palestinienne dans l’enceinte du tribunal lors de son procès pour tentative d’évasion, afin de rendre compte de l’expérience carcérale comme d’un exil, et les prisonniers comme des réfugiés. Il déclame ainsi un poème, jugeant inutile de nommer son auteur tant cette poésie est familière à lui et à sa génération politique. Ce même « Nous sommes tous des réfugiés palestiniens » est le cri poétique lancé par Abdellatif Laâbi dans le numéro de Souffles consacré à la Palestine en 1969, et qui se termine par l’annonce de la création de « deux… trois… quinze Palestine ».
[26] Cette amitié est telle qu’il est souvent mentionné dans les lettres écrites par Sion Assidon. Abdellatif Derkaoui a lui-même vu une de ses lettres de prison publiée, dans un livret, en guise d’accompagnement à une exposition itinérante de ses tableaux en France en 1980. Il y refuse la séparation entre l’acte de peindre et l’effort de théorisation de son art. A l’évocation de ce peintre, la tristesse et l’espoir se disputent dans la mesure où une partie de son œuvre s’est évanouie sous le feu, tandis qu’une autre partie est (elle aussi) éparpillée chez des particuliers. Il serait impératif que son œuvre restante soit rendue à nos yeux lors d’une exposition et sous la forme d’un livre.
[27] Cet aveu d’infériorité n’a pas empêché Sion Assidon d’accompagner par ses mots les dessins de son ami, publiés également dans Sans Frontières. Cf. Pour la libération de Sion Assidon.
[28] Tandis qu’en peinture Abdellatif Derkaoui annonce dans sa lettre de prison-manifeste pictural qu’il travaille sur une série portant sur l’influence des barreaux sur le psychisme en voulant peindre tous leurs aspects possibles.
[29] Le « ciel triangulaire » tracé dans cette lettre dialogue avec celui embrassé par le regard de deux autres compagnons de la prison de Kenitra : Mostefa Meftah dans « Topo », un poème composé en 1982 et prochainement publié dans un recueil, ainsi que Mohammed Serifi-Vilar qui consacre quelques lignes au « ciel carré » dans un chapitre titré ainsi, se trouvant dans son récit de prison titré de la même manière, paru en 2024 aux éditions Le Fennec. Sion a-t-il eu le temps de le lire après l’avoir reçu des mains mêmes de son auteur ? La « cellule de ciel » est aussi saisie dans une forme triangulaire dans la représentation de la peinture d’Abdellatif Derkaoui accompagnant cette introduction, et trouvé sur une page facebook consacrée à lui. Sion m’avait envoyé la représentation d’un autre tableau sur lequel figure un cerf-volant rouge s’élevant d’une enceinte murée vers un ciel bleu, dont je ne peux vérifier la forme géométrique car cette image s’est évanouie dans mon téléphone.
[30] Cette idée de conversation avec un segment de prison me fait penser aux premières pages fulgurantes de Je suis ma liberté dans lesquelles Nasser Abu Srour réussit à élever le mur au rang de celui qui écrit et raconte par l’entremise de celui qui écrit en tant que scribe. Ce Palestinien a été libéré en octobre 2025, après 32 années de détention dans diverses prisons de l’occupation sioniste, pour être aussitôt condamné à une autre réclusion, l’exil. https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/bande-de-gaza/je-reve-dun-pays-ou-je-puisse-ecrire-entretien-avec-lecrivain-palestinien-nasser-abu-srour-libere-des-geoles-israeliennes-apres-33-ans-de-prison







