Gloire à la résistance des prisonniers palestiniens

Intervention du PIR au rassemblement contre la mise à mort des prisonniers palestiniens, le 4 avril 2026 Place de la République à Paris.

« Depuis la petite fenêtre de ma minuscule cellule,

Je vois des arbres qui me sourient

Et des toits où se presse ma famille.

Et des fenêtres qui pleurent et prient pour moi.

Depuis la petite fenêtre de ma minuscule cellule—

Je peux voir ta grande cellule ! »

Samih al-Qasim, « Fin d’une conversation avec un geôlier »

From the River to the Sea,

De la mer au Jourdain, la politique de la colonie-État s’abat sur le peuple palestinien. De la mer au Jourdain, les Palestiniens et les Palestiniennes résistent. Depuis longtemps, les médias et les politiques nous rabâchent qu’il ne faut pas « importer » le conflit. Mais il y a deux informations fausses dans cette rhétorique. D’abord. Il ne s’agit pas d’un conflit quelconque mais d’une réalité coloniale, opposant un pouvoir colonisateur à un peuple colonisé en lutte pour sa libération. Et puis, nous « n’importons » rien, car tout cela est déjà là. Le génocide est déjà là. La déshumanisation est déjà là. L’islamophobie est déjà là. La négrophobie est déjà là. La prison est déjà là. La torture est déjà là. La mise à mort sur l’autel de la civilisation et de l’ordre public est déjà là. Depuis la mise en esclavage, depuis la colonisation. Et cela a déjà trop duré, et il faut y mettre fin.

Le 30 mars, le parlement de la colonie-État a instauré la peine de mort pour les Palestiniens accusés de meurtre « terroriste ». L’état-colonie n’innove pas, ses prédécesseurs britanniques l’ont déjà fait. Les chansons palestiniennes rappellent l’exécution de trois des martyrs du mouvement des prisonniers palestiniens – Fouad Hijazi, Atta al-Zeer et Mohammed Khalil Jamjoum – par les occupants coloniaux britanniques, dans la prison d’Acre.

Cette loi s’inscrit dans la continuité du génocide qui se perpétue à Gaza, malgré l’annonce du cessez-le-feu. La déshumanisation des palestiniens, leur criminalisation, leur incarcération et leur exécution aux mains des forces coloniales fait partie intégrante du même processus génocidaire qui fait de chaque palestinien un terroriste par essence, et légalise sa mise à mort à court, moyen ou long terme, du fait de toutes les atteintes physiques et morales du régime carcéral. 

Les médias français titrent majoritairement : « dérive », « tournant », ou encore « Israël s’éloigne de l’État de droit ». Ni dérive, ni tournant, ni éloignement. Mais une suite logique de la politique d’une colonie de peuplement qui avait pour but, dès le départ, de remplacer une population par une autre au nom d’un droit divin, civilisationnel ou historique. La colonie-État n’innove encore une fois en rien. Ses maîtres et bienfaiteurs ont déjà utilisé la même rhétorique du « retour » en colonisant l’Algérie et la Tunisie, qu’ils considéraient comme une terre romaine. 

Bientôt, en France, sera discutée la nouvelle mouture de la loi Yadan, qui sera débattue prochainement à l’Assemblée Nationale. Cette loi, nous la qualifions, avec tant d’autres qui l’ont précédées, notamment celles sur l’apologie du terrorisme comme une forme contemporaine du « fascisme » dont les cibles sont les palestiniens, les musulmans, les arabes, les noirs, les juifs anti-sionistes et l’ensemble du mouvement de soutien à la libération palestinienne. 

Cette loi prend l’ensemble des juifs et les juives du monde en otage en les associant à la colonie-État. Elle les place comme l’avant poste des intérêts occidentaux dans la région, et muselle et cible tout critique de la colonisation, en mettant l’ensemble du lexique palestinien de la libération hors la loi.  Nous nous félicitons du succès de la pétition contre son adoption, qui a déjà récolté plus de 600 000 signatures. Si elle passe, la loi Yadan sera une nouvelle pierre dans l’édifice sécuritaire et autoritaire construit par la contre-révolution coloniale et renforcée depuis le 11 septembre, avec l’entrée définitive dans l’ère de l’antiterrorisme islamophobe. 

Chers frères et sœurs, amis et camarades, vous ne venez pas aujourd’hui à ce rassemblement seulement pour faire entendre votre voix. Nos voix, soyez-en sûrs, sont déjà audibles pour celles et ceux qui savent écouter. Quant aux autres — le gouvernement, le pouvoir — ils ne veulent pas écouter. 

Nous ne connaîtrons pas la tranquillité après Gaza, après des dizaines de milliers de morts, un chiffre qui ne cesse d’augmenter chaque jour. Nous devons faire de chaque rassemblement, de chaque manifestation, non pas un simple moment d’expression, mais un moment d’organisation, de structuration et de démonstration de force. Notre force, nous devons la construire, pas à pas, patiemment, lucidement, jusqu’à pouvoir frapper le mal à la source. Nous ne disons pas demain, ni dans dix ans, mais nous disons : cela commence aujourd’hui.

Nos cris ne sont pas des cris symboliques. Ils sont des cris de guerre. Car nous sommes en guerre. En guerre contre le colonialisme, qui l’a déclarée. En guerre contre le sionisme génocidaire, qui l’a déclarée. En guerre contre ceux qui saccagent le monde, détruisent la faune et la flore et organisent notre mort, qui l’ont déclarée. En guerre contre cet ordre qui massacre, pille, écrase et prétend ensuite nous enseigner « la paix », alors qu’il nous traîne devant les tribunaux et menace de nous priver définitivement de notre liberté.  

Nous ne voulons pas la paix. La paix est une notion libérale. Ce que nous voulons, c’est la justice. Si nous sommes ici, c’est pour affirmer notre puissance. Pour nous compter, nous organiser, nous renforcer. Pour faire de notre colère une force. Une force capable, un jour, de vaincre.

Chers frères et sœurs, camarades et amis, l’heure est grave. Nous ne pouvons pas nous contenter d’être dans la réaction, nous devons construire la riposte. Il est temps de resserrer les rangs, de construire nos stratégies et nos organisations.

Le peuple palestinien tout entier a été condamné à mort par le colonialisme sioniste. Sa résistance, criminalisée, par un régime de pouvoir islamophobe, qui sert de modèle aux prétendues démocraties occidentales qui criminalisent nos résistances ici, et traitent toute résistance et existence musulmane comme une menace existentielle. Mais rien ne saura ébranler la détermination des prisonniers palestiniens, qui luttent pour tout leur peuple, et pour nous aussi. 

Le colonialisme tout entier est une prison, et emprisonne à petit feu ceux qui acceptent d’en être les geôliers. La résistance au colonialisme, elle, libère. Alors gloire aux prisonniers palestiniens. Gloire aux martyrs passés et futurs.

Tahya Falastine ! La résistance du peuple palestinien vivra, la Palestine vaincra, inshallah !

PIR

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