Enfant de Palestine d’Omar Alsoumi : une pensée-lutte au service de la libération

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Depuis le 28 janvier, nous sommes conviés à un rendez-vous politique d’importance : la lecture de la pensée développée par un des Palestiniens fondateurs d’Urgence Palestine, au passé militant long de plus de vingt ans au service de la libération de son peuple. Omar Alsoumi lui a donné forme dans un livre dont l’utilité se conjugue autant au présent qu’au futur. Enfant de Palestine est destiné particulièrement à la génération rentrée dans l’Histoire sous le nom de « génération Gaza » – nom qui vaut responsabilité –, en lui offrant des ressources pour saisir la guerre coloniale génocidaire visant son peuple et les formes de résistance à lui opposer. Il s’adresse également aux générations futures par son ambition de redéployer un nouvel imaginaire de libération. Et tout cela, sans oublier de saluer, en leur rendant les honneurs, les générations qui se sont succédé depuis le début de la lutte anticoloniale, plus que centenaire, en vue de la libération de la Palestine.

A côté, ou plutôt, au milieu des tâches militantes qu’il a remplies avec obstination dès les premières heures de Tufan Al Aqsa – dont il précise bien que le nom désigne le moment historique dans lequel nous sommes toujours –, Omar Alsoumi a jugé nécessaire de s’acquitter de celle d’écrire. Avec des centaines ou des milliers d’autres militants dans tout le pays, il a œuvré à la pérennisation d’une organisation, pourtant créée dans l’urgence et en proie à une répression continue, en démultipliant les fronts de bataille : politique, économique, académique, culturel, sportif, médiatique, artistique. Son livre permet de faire effraction dans le champ éditorial français, en y livrant la bataille d’ordre idéologique. Elle se joue habilement sur le plan défensif, ce qui suppose de ne pas laisser un millimètre de terrain aux détracteurs et adversaires, tout en se faisant pédagogue tant la propagande antipalestinienne continue de se déverser par tous les canaux possibles, et qu’est organisé l’absentement des Palestiniens et Palestiniennes, y compris par certains prétendus alliés, dès lors qu’ils et elles ne répondent pas à leurs critères d’élection.

Son geste d’intervention politique dans le présent immédiat s’effectue également sur un plan offensif. En même temps que sa propre position, il circonscrit les missions historiques propres à la diaspora palestinienne en Occident, amenée à lutter au cœur du ventre de la bête, en élaborant ce qu’il nomme la « stratégie de Jonas ». Il s’agit d’affaiblir au maximum la complicité, voire la contribution directe et indirecte à la machine coloniale et génocidaire qu’est le sionisme étatique. Il s’agit aussi de nouer des liens solides avec les fractions sociales et politiques qui luttent déjà contre le capitalisme racial, patriarcal, écocidaire et impérialiste et qui ont vu en Gaza l’« archive vivante de notre avenir », pour reprendre l’expression de Nasser Abourahme. Le geste d’Omar Alsoumi se conçoit comme balisé par sa propre trajectoire de Palestinien né en France au début des années 1980, dont la politisation s’est nourrie particulièrement à l’énergie de la 2e Intifada en 2000 et à celle des résistances de l’immigration post-coloniale, contre l’islamophobie, la négrophobie et les multiples formes de discriminations et de racisme de l’Etat français. Ainsi, l’énonciation de son « je » conjoint l’intime et le politique, tout en se revendiquant multiple et pluriel.

Cette modestie manifestée dans l’énonciation de son « je » se mêle harmonieusement avec l’ambition de son projet, adressé nettement aux générations les plus jeunes et celles à venir : comprendreressentir (ou ressentircomprendre) la libération de la Palestine qui est en cours sous nos yeux, même si nos yeux ne savent pas toujours voir, sous prétexte qu’ils ne la verront pas aboutir. Le trait d’union doit être mis en gras, tant l’écriture, tout au long du livre, récuse la séparation arbitraire entre la raison et le sensible, ici spirituel. Ainsi, Omar Alsoumi trace-t-il un chemin de libération, non programmatique, tirant ainsi le bilan des échecs et autres impasses du mouvement de libération nationale, tout en cherchant à dégager des voies de l’organisation populaire. Ce projet de libération, qui renonce à une idéologie bien circonscrite et à une « planification tactique et stratégique » vise à terrasser le principe même de toute domination : sur des peuples, sur la Terre, sur les êtres vivants. Le terrassement définitif suppose que lui soit substitué un principe à trouver au-delà du domaine du visible et du matériel, seul à même de guider une libération se présentant comme un mouvement double et interdépendant : celle de la Terre et du Ciel. C’est ici qu’Enfant de Palestine va sans doute produire des effets détonants, particulièrement dans l’espace intellectuel et politique français. Il amorce un déplacement à l’égard de la matrice séculariste pour penser l’Histoire et la politique. Ainsi, une autre lecture de l’oppression coloniale de la Palestine est-elle proposée, rendant à celle-ci son histoire multimillénaire. Omar Alsoumi formule quelques termes d’une politique de libération du peuple palestinien – et avec lui, de tous les autres –, qui restaure les liens insécables entre la Terre, les Peuples et le Cosmos, et cela sous le seul règne qui soit, à notre connaissance, respectueux de la Vie et de la Mort : celui de la Justice Divine. Là où ce livre se termine, un autre doit commencer, en réfléchissant-ressentant nettement la Centralité de la Palestine, autrement dit, sa Sacralité qui doit être entendue en deux acceptions. Sacralité de la Terre que défendent particulièrement les peuples d’Abya Yala ayant survécu aux génocides coloniaux et rejetant obstinément, plus de cinq siècles après, ladite « modernité » destructrice et mortifère, et que Moira Millán nomme avec une justesse politique et spirituelle « Peuples Telluriques ». Sacralité de la Terre de Palestine qui est redevable d’une « métaphysique », à l’instar de celle déployée par Taha Abderrahamane, et dont la puissance élévatrice pourrait réussir à arracher définitivement les racines destructrices de la Vie pour laisser place à celles de la libération des âmes et des corps.

Rédaction

« Child of Palestine »: a thinking in struggle at the service of Liberation

Since January 28, we are invited to an important political appointment: engaging with the thought developed by one of the Palestinian founders of Urgence Palestine, whose activist past spans more than twenty years in service of his people’s liberation. Omar Alsoumi has given it form in a book whose usefulness applies as much to the present as to the future. Child of Palestine is intended particularly for the generation that entered History under the name « Gaza generation »—a name that carries responsibility—offering them resources to understand the genocidal colonial war targeting their people and the forms of resistance to oppose it. It also addresses future generations through its ambition to redeploy a new imaginary of liberation. And all this, without forgetting to honor the generations that have succeeded one another since the beginning of the anticolonial struggle, more than a century old, toward the liberation of Palestine.

Alongside, or rather, in the midst of the activist tasks he has carried out with determination from the earliest hours of Tufan Al Aqsa—which he specifies clearly designates the historical moment in which we still find ourselves—Omar Alsoumi deemed it necessary to fulfill the task of writing. With hundreds or thousands of other activists throughout the country, he has worked to sustain an organization, though created in urgency and subject to continuous repression, by multiplying the battlefronts: political, economic, academic, cultural, sporting, media, artistic. His book allows for a breakthrough into the French publishing field, waging an ideological battle there. It is skillfully played on the defensive level, which means not yielding a single millimeter of ground to detractors and adversaries, while also being pedagogical given how anti-Palestinian propaganda continues to pour through all possible channels, and how the erasure of Palestinians is organized, including by certain so-called allies, whenever they do not meet their criteria of selection.

His gesture of political intervention in the immediate present also operates on an offensive level. Along with his own position, he circumscribes the historical missions specific to the Palestinian diaspora in the West, called to fight at the heart of the belly of the beast, by elaborating what he calls the « Jonas strategy. » The aim is to weaken as much as possible the complicity, even the direct and indirect contribution to the colonial and genocidal machine that is state Zionism. It is also about forging solid ties with the social and political factions already fighting against racial, patriarchal, ecocidal, and imperialist capitalism, and who have seen in Gaza the « living archive of our future, » to use Nasser Abourahme’s expression. Omar Alsoumi’s gesture is conceived as marked by his own trajectory as a Palestinian born in France in the early 1980s, whose politicization was particularly nourished by the energy of the Second Intifada in 2000 and by the resistances of post-colonial immigration against Islamophobia, negrophobia, and the multiple forms of discrimination and racism of the French state. Thus, the enunciation of his « I » conjoins the intimate and the political, while claiming to be multiple and plural.

This modesty manifested in the enunciation of his « I » harmoniously blends with the ambition of his project, clearly addressed to the youngest generations and those to come: to understand–feel (or feel–understand) the liberation of Palestine that is unfolding before our eyes, even if our eyes do not always know how to see, under the pretext that they will not see it come to fruition. The hyphen must be bolded, so much does the writing, throughout the book, reject the arbitrary separation between reason and the sensible, here spiritual. Thus, Omar Alsoumi traces a path of liberation, non-programmatic, thereby drawing lessons from the failures and other dead ends of the national liberation movement, while seeking to open paths of popular organization. This liberation project, which renounces a well-defined ideology and « tactical and strategic planning, » aims to overthrow the very principle of all domination: over peoples, over the Earth, over living beings. Definitive overthrow requires that it be replaced by a principle to be found beyond the domain of the visible and the material, the only one capable of guiding a liberation presenting itself as a double and interdependent movement: that of Earth and Heaven. It is here that Child of Palestine will undoubtedly produce explosive effects, particularly in the French intellectual and political space. It initiates a shift away from the secularist matrix for thinking History and politics. Thus, another reading of the colonial oppression of Palestine is proposed, restoring its multimillennial history. Omar Alsoumi formulates some terms of a liberation politics for the Palestinian people—and with them, all others—that restores the inseparable links between Earth, Peoples, and the Cosmos, and this under the only reign that is, to our knowledge, respectful of Life and Death: that of Divine Justice. Where this book ends, another must begin, by clearly reflecting–feeling the Centrality of Palestine, in other words, its Sacredness, which must be understood in two senses. Sacredness of the Earth defended particularly by the peoples of Abya Yala who survived colonial genocides and obstinately reject, more than five centuries later, the so-called destructive and death-dealing « modernity, » and whom Moira Millán names with political and spiritual precision « Telluric Peoples. » Sacredness of the Land of Palestine that is indebted to a « metaphysics, » like that deployed by Taha Abderrahmane, and whose elevating power could succeed in definitively tearing out the destructive roots of Life to make way for those of the liberation of souls and bodies.

Rédaction

« Hijo de Palestina »: un pensamiento en lucha al servicio de la liberación

Desde el 28 de enero, estamos convocados a una cita política de gran importancia: la lectura del pensamiento desarrollado por uno de los palestinos fundadores de Urgence Palestine, con una trayectoria militante de más de veinte años al servicio de la liberación de su pueblo. Omar Alsoumi le ha dado forma en un libro cuya utilidad se conjuga tanto en el presente como en el futuro. Enfant de Palestine está destinado particularmente a la generación que entró en la Historia bajo el nombre de « generación Gaza » —nombre que conlleva responsabilidad—, ofreciéndole recursos para comprender la guerra colonial genocida que apunta a su pueblo y las formas de resistencia que se le oponen. Se dirige igualmente a las generaciones futuras por su ambición de desplegar un nuevo imaginario de liberación. Y todo ello, sin olvidar rendir homenaje a las generaciones que se han sucedido desde el inicio de la lucha anticolonial, centenaria, con miras a la liberación de Palestina.

Además de, o más bien, en medio de las tareas militantes que ha cumplido con obstinación desde las primeras horas de Tufan Al Aqsa —precisando que este nombre designa el momento histórico en el que seguimos—, Omar Alsoumi juzgó necesario cumplir con la tarea de escribir. Junto con cientos o miles de otros militantes en todo el país, ha trabajado en la perpetuación de una organización, aunque creada en la urgencia y sometida a una represión continua, multiplicando los frentes de batalla: político, económico, académico, cultural, deportivo, mediático, artístico. Su libro permite irrumpir en el campo editorial francés, librando allí la batalla de orden ideológico. Esta se desarrolla hábilmente en el plano defensivo, lo que supone no ceder ni un milímetro de terreno a los detractores y adversarios, mientras se hace pedagogo dado que la propaganda antipalestina continúa derramándose por todos los canales posibles, y que se organiza la ausencia de los palestinos y palestinas, incluso por parte de ciertos supuestos aliados, cuando no responden a sus criterios de elección.

Su gesto de intervención política en el presente inmediato se efectúa igualmente en un plano ofensivo. Al mismo tiempo que su propia posición, circunscribe las misiones históricas propias de la diáspora palestina en Occidente, llamada a luchar en el corazón del vientre de la bestia, elaborando lo que denomina la « estrategia de Jonás ». Se trata de debilitar al máximo la complicidad, incluso la contribución directa e indirecta a la máquina colonial y genocida que es el sionismo estatal. Se trata también de establecer lazos sólidos con las fracciones sociales y políticas que ya luchan contra el capitalismo racial, patriarcal, ecocida e imperialista y que han visto en Gaza el « archivo vivo de nuestro futuro », retomando la expresión de Nasser Abourahme. El gesto de Omar Alsoumi se concibe como balizado por su propia trayectoria de palestino nacido en Francia a principios de los años 1980, cuya politización se nutrió particularmente de la energía de la 2ª Intifada en 2000 y de las resistencias de la inmigración poscolonial, contra la islamofobia, la negrofobia y las múltiples formas de discriminaciones y racismo del Estado francés. Así, la enunciación de su « yo » conjuga lo íntimo y lo político, reivindicándose al mismo tiempo múltiple y plural.

Esta modestia manifestada en la enunciación de su « yo » se mezcla armoniosamente con la ambición de su proyecto, dirigido claramente a las generaciones más jóvenes y las venideras: comprender-sentir (o sentir-comprender) la liberación de Palestina que está en curso ante nuestros ojos, aunque nuestros ojos no siempre sepan ver, con el pretexto de que no la verán culminar. El guion debe ponerse en negrita, dado que la escritura, a lo largo del libro, rechaza la separación arbitraria entre la razón y lo sensible, aquí espiritual. Así, Omar Alsoumi traza un camino de liberación, no programático, extrayendo así el balance de los fracasos y otros callejones sin salida del movimiento de liberación nacional, mientras busca despejar las vías de la organización popular. Este proyecto de liberación, que renuncia a una ideología bien circunscrita y a una « planificación táctica y estratégica », apunta a derribar el principio mismo de toda dominación: sobre los pueblos, sobre la Tierra, sobre los seres vivos. El derribo definitivo supone que se le sustituya un principio a encontrar más allá del dominio de lo visible y lo material, el único capaz de guiar una liberación que se presenta como un movimiento doble e interdependiente: la de la Tierra y la del Cielo. Es aquí donde Enfant de Palestine va sin duda a producir efectos detonantes, particularmente en el espacio intelectual y político francés. Inicia un desplazamiento respecto a la matriz secularista para pensar la Historia y la política. Así, se propone otra lectura de la opresión colonial de Palestina, devolviéndole su historia milenaria. Omar Alsoumi formula algunos términos de una política de liberación del pueblo palestino —y con él, de todos los demás—, que restaura los lazos inseparables entre la Tierra, los Pueblos y el Cosmos, y todo ello bajo el único reino que sea, según nuestro conocimiento, respetuoso de la Vida y de la Muerte: el de la Justicia Divina. Donde este libro termina, otro debe comenzar, reflexionando-sintiendo claramente la Centralidad de Palestina, es decir, su Sacralidad que debe entenderse en dos acepciones. Sacralidad de la Tierra que defienden particularmente los pueblos de Abya Yala que han sobrevivido a los genocidios coloniales y rechazan obstinadamente, más de cinco siglos después, la llamada « modernidad » destructora y mortífera, y que Moira Millán nombra con una justeza política y espiritual « Pueblos Telúricos ». Sacralidad de la Tierra de Palestina que es tributaria de una « metafísica », al igual que la desplegada por Taha Abderrahmane, y cuya potencia elevadora podría lograr arrancar definitivamente las raíces destructoras de la Vida para dejar lugar a las de la liberación de las almas y los cuerpos.

Rédaction

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