Depuis plus de deux ans, la commémoration de la Nakba Palestinienne a un goût bien particulier, car le monde la voit se déployer dans toute sa violence génocidaire en Palestine, et dans toute la région avec l’appui assumé des protecteurs occidentaux de l’Etat colonial d’Israel.
Il y a bientôt 80 ans commençait un processus qui ne se résume pas à un évènement. Avec le massacre et l’expulsion de près de 800 000 palestiniens en 1948, le projet colonial sioniste accélérait brutalement sa politique coloniale sans laquelle il n’aurait jamais pu exister, un processus au sein duquel l’existence même de la population palestinienne est devenu le problème central, un péril vital pour un régime reposant sur la suprématie raciale.
Le génocide continu est la condition d’existence de l’Etat d’Israel, depuis sa fondation. Quand l’Etat colonial fête l’anniversaire de sa création, c’est la Nakba qu’il fête. Le sionisme et la Nakba se définissent mutuellement.
La Nakba, au-delà d’un évènement dont il s’agit de commémorer la mémoire, désigne le processus continu de spoliation de la Terre de Palestine et d’effacement de l’existence de son peuple par le projet colonial. Plus qu’un processus, la Nakba est le nom même de la structure de l’oppression coloniale, un régime de pouvoir évolutif, au sein duquel s’organise l’extinction de la vie des palestiniens, et l’effacement de leur présent et de leur histoire. Expulsions, enfermements, tortures, génocide à petit feu ou à pleine vitesse, mais aussi falsifications historiques, écrasement et chantage mémoriels sont tous des manifestations de ce processus indispensable au maintien de l’usurpation coloniale en Palestine.
Nous en ressentons le souffle quotidiennement, dans la violence génocidaire que l’on voit se déployer en Palestine, à Gaza et en Cisjordanie, au Liban, en Syrie, au Yémen et en Iran.
Nous en ressentons le souffle quotidiennement, quand les organes de propagande marchent à plein régime pour monstrifier la résistance palestinienne et rendre sa libération intolérable. Sa machine œuvre à rendre illégitime et illégale 80 années de lutte, et ce sont ses alliés qui nous trainent devant les tribunaux pour « apologie du terrorisme » aujourd’hui.
Et pourtant, près de 80 ans après, les Palestiniens et la Résistance anticoloniale des Peuples sont toujours là. Près de 80 ans après, l’Etat colonial d’Israel n’a pas pu soigner sa souillure originelle, et ne parvient plus à la masquer. Il se roule sans retenue dans le sang de ses victimes qu’il verse désormais aux yeux du monde entier, en faisant le désespoir de ses soutiens.
L’Etat colonial, gardien de l’ordre impérialiste dans la région, s’est rendu plus que jamais inacceptable et indésirable à ses voisins, et est devenu le boulet du monde occidental.
L’Etat colonial, gardien de l’innocence blanche après la seconde guerre mondiale, est en train de la faire éclater entre ses propres mains.
A l’heure où même les soutiens honteux du sionisme tentent de se distancer de sa forme contemporaine, que lui reste-t-il ? Que peut-il rester de légitimité à ce régime engagé plus que jamais dans un processus génocidaire condamné à l’échec, quand pour sa survie il termine sa misérable trajectoire dans un alignement total avec les héritiers antisémites du génocide des juifs européens ?
La Nakba continue fait face à une résistance continue qui, 80 ans après, condamne le régime colonial israélien à une fuite en avant toujours plus brutale pour sauvegarder son existence.
Hommage à tous les martyrs tombés au champ d’honneur durant la guerre de Palestine de 1948, à l’appel de la solidarité oummatique : jordaniens, irakiens, syriens, égyptiens, libanais, yéménites, saoudiens, algériens, marocains, tunisiens, libyens, soudanais, arméniens, turcs, kurdes, bosniaques, musulmans du sous-continent indien, et bien d’autres.
Hommage aux militants morts pour la Palestine, ici même en France, parmi eux : le représentant de l’OLP à Paris Mahmoud El Hamchari, le militant mauritanien Mahmoud Ould Saleh, le Gazaoui Fadl Dani – tous trois enterrés au cimetière du Père-Lachaise –, le militant algérien Mohamed Boudia, le militant irakien Basil al Kubaisi, le militant libanais Youssef Moubarak, Ezzedine Kalak, enfant de Haïfa arraché à sa terre par la Nakba, devenu l’un des grands militants palestiniens de l’exil en France.
Hommage à tous nos martyrs passés et présents. Hommage à tous les peuples qui se lèvent et résistent contre le colonialisme.
Il nous faut exiger et toujours plus affirmer le droit au retour des réfugiés palestiniens, de tous les réfugiés, sur la terre de Palestine et tous les territoires arabes occupés, qui entrainera la dissolution de ce régime suprémaciste qui tente par tous les moyens de maintenir la domination coloniale.
Aujourd’hui, des organisations prétendant lutter contre le racisme se portent partie civile dans des procès contre ceux qui se sont levés contre un génocide colonial perpétré par un régime raciste et suprémaciste.
Cette farce macabre finira par prendre fin. Ils regardent leurs montres avec anxiété, car ils savent que nous, nous avons le temps.
Il nous faut continuer à exiger l’abandon des poursuites honteuses lancées contre tous les apologistes de la libération de la Palestine, et tous ceux qui, parce que musulmans, ont été pris pour cible par l’appareil antiterroriste islamophobe français, et incriminés, incarcérés, spoliés.
Aucune répression et aucune désinformation ne saura étouffer la lutte de libération du peuple palestinien, et celle de tous les peuples qui savent que la libération de la Palestine est une lutte pour leur propre libération.
Terminons sur les mots du poète palestinien Tawfiq Zayyad dans son poème « Ici nous resterons » :
« Ici nous resterons
Les nerfs en éveil
L’enfer rouge dans nos nerfs et dans nos cœurs
Si nous avons soif
Nous presserons les pierres
Nous mangerons la terre
Si nous avons faim
Mais nous ne partirons pas
Ici nous répandrons le meilleur de notre sang
Ici
Nous avons un passé
Un présent
Un avenir
Ici nous sommes les inconquis. »
La Palestine vaincra, et sa victoire sera la nôtre !
PIR







