Nonosse

« self-islam » ou la pensée bidon d’Abdennour Bidar

arton1075

ll faudra expliquer comment un philosophe est actuel et comment il peut en paroles et en pensée ignorer son actualité.
Paul Nizan – Les Chiens de garde (1932)

Dans le Monde daté du 31 août, Abdennour Bidar a publié un article intitulé : La lapidation, « preuve extrême de la logique de violence de l’islam ».

Le chantre médiatique du « self-islam » ne donne pourtant, dans ce texte, d’autre preuve « extrême » que celle de sa propre bêtise – elle aussi violente.

Le texte, incroyablement court et d’une superficialité étonnante, ne comprend pas la moindre référence théologique, ni philosophique, ni même littéraire ; en somme : un crétin fait le procès univoque, sans défense ni témoins, d’une des trois religions abrahamiques révélée au VIIème siècle et pratiquée par plus d’un milliard de personnes. Ce réquisitoire bête est emballé dans une dizaine de paragraphes aussi haineux qu’insensés.
La mise en perspective historique, la richesse des traditions de pensée, les contradictions héritées ainsi que les différents courants d’exégèse disparaissent tous – comme par enchantement islamophobe – sous l’effet du self d’Abdennour Bidar qui livre dans Le Monde une interprétation pas si personnelle de l’islam tant cette dernière colle à l’air du temps. Bien sûr, elle est assortie de la collection habituelle des signifiants rebattus mais toujours efficaces : « Iran », « lapidation », « wahhabisme », « violent », « violent » et encore « violent » – il faut noter l’effort de l’auteur pour varier, on trouve quand même d’autres expressions relevant d’un lexique toujours très nuancé : « archaïque », « monstrueux », « catastrophique » et bien sûr « totalitaire » et « Ahmadinejad » – termes incontournables pour qui prétend parler d’islam aujourd’hui.

Peut-être le self d’Abdennour Bidar devrait-il songer à prendre quelques vacances pour effectuer sa révolution copernicienne et ainsi cesser de tourner autour de lui-même comme un insecte détraqué se prétendant « intellectuel musulman ».
Le fait qu’au moment précis où il déverse sa bouillie, Abdennour puisse – sans naturellement jamais éprouver la moindre gêne – attribuer à son self l’appellation d' »intellectuel » devrait susciter l’hilarité générale ou une profonde tristesse, si on se place du point de vue des intellectuels arabes – musulmans ou pas – dont la pensée a été éclipsée en France par Bidar, Benhabib, Meddeb & consorts : autant d’héritiers du docteur Diafoirus qui se tiennent au chevet d’un malade qu’ils croient évidemment tous être l’islam.

Au fond, la vision euro-centrée qu’Abdennour Bidar a du monde musulman est frappée d’une myopie qui abonde (volontairement ou pas) dans le sens des représentations kouchnériennes : c’est une vision plate comme les préjugés islamophobes en vogue qui suintent la haine de l’Iran. L’article servi aux lecteurs du Monde est véritablement une insulte à leur intelligence tant il nourrit l’ignorance de l’islam au lieu de problématiser honnêtement la question de la violence qui n’est pas l’apanage des terroristes dits islamistes. C’est la démocratique modernité américaine qui a rayé l’Iraq de la carte. Mais cette violence-là n’intéresse pas beaucoup le self d’Abdennour Bidar.

Parti de la lapidation, le self d’Abdennour arrive on ne sait comment au jeûne du mois sacré de Ramadan : impossible de saisir la logique de cette pensée bidon où « haut et fort », Bidar « s’insurge ». Braire plutôt qu’expliquer. Au détour donc d’un raisonnement spécieux sur la violence, il s’arroge le droit d’assimiler les Musulmans qui pratiquent le jeûne à des meurtriers (ceux qui lapident = ceux qui jeûnent).

Le jeûne étant en Islam le seul acte de foi qui appartienne entièrement à Dieu et non au croyant qui l’effectue, il n’est pas du tout étonnant que la seule idée de cette pratique révulse le self d’Abdennour Bidar et soit perçue comme une « violence ». En effet, comment un personnage si boursouflé d’orgueil pourrait-il tolérer une pratique qui sacrifie intégralement l’ego à la transcendance ?

Aussi, le self s’indigne : « mais qui soulignera en contrepartie le caractère violent de ce jeûne total exigé de la part de tout pratiquant pubère du matin au soir pendant un mois entier? »

Calme-toi donc Bidar. Personne n’exige rien de toi. Si tu es musulman, tu sais certainement que Dieu n’a pas imposé aux hommes de charges plus lourdes que celles qu’ils sont capables d’assumer. Détends-toi : va donc boire une grenadine, manger des frites, jouer à la Wii. N’importe. Mais épargne-nous ta pauvre philosophie de nouveau chien de garde islamophobe et laisse les jeûneurs jeûner en paix.
Profite, si tu le peux, de la teneur spirituelle intense de ces derniers jours de jeûne, justement, pour évider ton self de sa gravité – essaie d’exercer au moins une seule fois dans ta vie de pseudo-intellectuel médiatique l’attention – cette méthode de purification spirituelle qui conjugue l’appel divin aux combats militants, telle que l’a si superbement enseigné Simone Weil, par exemple (que Dieu ait son âme). Donne-toi enfin cette chance d’être, un instant, saisi par la vérité de ces deux versets du Saint Coran – auxquels, conformément aux principes de « self-islam » qui te sont si chers, tu pourras te reporter toi-même :

* Premier verset (2:256) : Nulle contrainte en religion.

* Deuxième verset (109:6) : Vous avez votre religion et j’ai la mienne.

Princesse de Clève, membre du PIR

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