Un réformisme offensif contre le racisme d’État

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Nous remercions nos amis Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem ainsi que les éditions La Fabrique de nous avoir autorisé à mettre en ligne cette contribution extraite de « Contre l’arbitraire du pouvoir. 12 propositions », un ouvrage collectif qui vient de sortir. Pour plus de précisions sur ce livre, voir : http://www.lafabrique.fr/catalogue.php?idArt=663
(Rédaction)

«Humainement, personnellement, la couleur n’existe pas. Politiquement, elle existe.»

James Baldwin, La prochaine fois, le feu

Le racisme d’État ne se réduit pas à une politique contre les étrangers ou les sans-papiers. La lutte antiraciste est pourtant le plus souvent entendue comme une lutte contre la xénophobie. Une telle approche occulte tout un versant de l’arbitraire du pouvoir en matière de racisme. Le racisme d’État est une politique qui engendre ses propres sujets : Noirs, Arabes, Asiatiques, Musulmans, etc. Tout comme le colonialisme a consacré le statut d’indigène, le Français musulman en Algérie, le pouvoir produit et reproduit une catégorie qu’il se refuse à nommer directement: la catégorie des non-Blancs. Comme l’indigène, le non-Blanc subit un traitement d’exception. S’il n’est pas nommé en tant que tel, il n’en reste pas moins désigné: c’est le «Black», la «beurette», le «jeune de banlieue», la «racaille» ou le « sauvageon », la « minorité visible », celui « issu de » ou « d’origine », etc. Une définition minimale du non-Blanc s’impose alors : c’est celui qui ne peut pas bénéficier des mêmes privilèges que le groupe social des Blancs qui, lui, n’est jamais désigné comme tel. Être non-Blanc, ce n’est pas, paradoxalement, une question de « couleur » de peau. Nombreux sont ceux et celles qui sont identifiés comme Blancs et qui arborent un teint mat. Tout aussi nombreux sont ceux et celles qui ont la peau «blanche» et qui sont pourtant identifiés comme Arabes et victimes de discriminations à ce titre. Il faut donc savoir considérer la race comme la classe et le sexe, c’est-à- dire comme une construction sociale. « Le racisme, comme la domination économique et l’oppression sexiste, s’incarne dans une souffrance sociale : ne pas trouver d’emploi ou de logement parce qu’on est Noir ou Arabe, être exclue de l’école parce qu’on porte un voile, etc.1 »

Le texte de la loi contre les discriminations reprend lui-même le terme :

«Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, (…) de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée 2.»

Reste à espérer que les juristes qui ont pour tâche d’interpréter ce texte entendent l’« appartenance vraie» à une race comme un fait politique et social, en se gardant bien de s’appuyer sur toute théorie raciste biologisante. Dès lors, si le cadre légal prétend vouloir lutter contre les discriminations raciales, il n’en reste pas moins paradoxal que le fait politique et social en question n’est jamais identifié et encore moins dénombré. Comment lutter efficacement contre ces discriminations si on ne peut rien connaître de leur ampleur ? « L’analyse des discriminations est inévitablement une affaire de comparaison. Toute la question est de savoir qui comparer 3. » Si être non-Blanc, c’est ne pas bénéficier d’un privilège, alors mesurer la discrimination, c’est comparer la situation de races sociales distinctes. C’est tout l’intérêt du débat sur les «statistiques ethniques» – que nous préférons appeler statistiques sur des bases raciales.

«Si les statistiques renseignent bien sûr les étrangers et les immigrés, elles n’enregistrent que de manière exceptionnelle le pays de naissance et la nationalité des parents. Or les recherches montrent que les personnes victimes de discriminations « ethniques et raciales » sont souvent des Français nés en France. Pour montrer les discriminations, il faut faire sortir de l’invisibilité statistique celles et ceux qui les subissent : descendants d’immigrés, originaires des DOM, et sans doute d’autres encore 4.»

Certains objectent qu’une telle entreprise « inventerait des groupes qui n’existent pas, créerait des divisions là où il y a rapprochement, suggérerait homogénéité là où il y a diversité, mettrait des frontières là où il y a continuité 5 ». Mais les frontières et l’homogénéité, ce sont les racistes qui les introduisent dans leurs pratiques discriminantes. C’est parce que la société reconnaît et nomme les groupes discriminés sur la base raciale qu’il y a lieu de les comptabiliser comme tels 6. Plutôt que d’« inventer » des catégories comme « jeune issu de l’immigration », « de la diversité », « d’origine maghrébine », pourquoi ne pas reprendre les termes mêmes de la désignation sociale ? Ces termes qui fondent l’oppression raciste : c’est aux Noirs et aux Arabes qu’on inflige un couvre- feu en 2005, c’est à la musulmane voilée qu’on refuse l’accès à l’école publique. Avant tout, il s’agirait d’en prendre acte, de mesurer pour mieux dénoncer.

Les données dont nous disposons pour dresser un état des discriminations souffrent largement de cette carence statistique. C’est pourquoi nous sommes amenés à avoir recours à des outils imparfaits, qui n’établissent qu’indirectement le sort des descendants de colonisés, et que nous devons parfois, à contrecœur, utiliser un langage qui trahit la véritable signification du racisme en France.

«Je ne crois pas qu’une mystification puisse reposer sur une complète illusion, puisse gouverner totalement le comportement humain. Si le petit colonisateur défend le système colonial avec tant d’âpreté, c’est qu’il en est peu ou prou bénéficiaire. La mystification réside en ceci que, pour défendre ses intérêts très limités, il en défend d’autres infiniment plus importants, et dont il est par ailleurs la victime. Mais, dupe et victime, il y trouve aussi son compte.» Albert Memmi, Portrait du colonisateur

Le racisme n’a rien à voir avec une pulsion naturelle, une peur ou une phobie de l’étranger, ni même une ignorance de l’autre 7 ; le racisme n’a que faire du droit du sol ou du «choc des cultures». Encore une fois, il s’inscrit dans une idéologie qui s’écrit depuis le cadre colonial. La discrimination raciste n’est pas affaire de quolibets, de mauvaises blagues et de bêtises. Le racisme est une «passion d’en haut», pour reprendre la formule de Jacques Rancière:

«Ce n’est pas le gouvernement qui agit sous la pres- sion du racisme populaire et en réaction aux passions dites populistes de l’extrême droite. C’est la raison d’État qui entretient cet autre à qui il confie la gestion imaginaire de sa législation réelle8.»

L’intention ou l’individualité se dissolvent dans une structure plus large. Nous ne devons pas passer à côté de « la réalité d’un système politique au sein duquel la ségrégation d’origine coloniale est toujours active et auquel, malgré eux souvent, les individus ne peuvent échapper9 » : une personne blanche a beau militer en faveur de l’antiracisme, être vigilante dans ses actes comme dans ses paroles, il n’en demeure pas moins qu’elle occupe encore la place du dominant dans les «rapports de race» tels qu’ils sont socialement construits au creux de notre République. Tout ce qui tisse son quotidien, sa position dans la société et le regard qu’on porte sur elle, lui est octroyé en vertu de cette domination. Il faut avoir en tête l’idée d’une file d’attente : dans l’état actuel des choses, les places sont rares et chères pour trouver un logement, obtenir un emploi stable et des possibilités d’avancement, acquérir une visibilité médiatique ou politique, etc. Le privilège signifie simplement que les Blancs pas- sent toujours devant les autres. Tout ce qui est discrimination pour l’un est privilège pour l’autre.

À cette défaveur s’ajoutent les traitements d’exception. À propos des violences policières, par exemple, Amnesty International fait remarquer que,

«si les victimes de mauvais traitements et d’autres violations des droits humains sont aussi bien des hommes que des femmes et sont issues de toutes les tranches d’âge, la grande majorité des plaintes dont l’organisation a eu connaissance concernent des ressortissants étrangers ou des Français appartenant à une minorité dite « visible ». Dans plusieurs des affaires évoquées dans ce rapport, la dimension raciste est évidente. Cette tendance a aussi été constatée avec préoccupation par les organes de défense des droits humains des Nations unies et par la CNDS, et fait craindre l’existence d’un racisme institutionnalisé au sein des organes chargés de l’application des lois en France10.»

Ce traitement policier est de surcroît appuyé par des unités d’exception : depuis 2008, des Unités territoriales de quartiers (UTeQ) – bientôt remplacées par les «Brigades spéciales de terrain» (BST) – s’installent dans les « quartiers sensibles », ou ZUS, zones où « comme les étrangers, les immigrés sont surreprésentés11 ». Ces traitements spéciaux tournent à l’acharnement quand on sait «la prévalence apparente du contrôle au faciès pratiqué par les forces de police en France (ainsi que par la douane) » et le fait que « les jeunes Noirs et Arabes, surtout ceux qui sont habillés de manière distinctive, sont massivement surreprésentés parmi les personnes visées par les contrôles de police12 ».

Ce régime d’exception se poursuit au niveau judiciaire à travers la notable «couleur du jugement», mise en évidence par les sociologues Fabien Jobard et Sophie Névanen. Les données qu’ils ont réunies en enquêtant sur les décisions pénales indiquent « une discrimination irréfutable et systématique à l’encontre des prévenus des groupes “Maghrébins” et “Noirs”13 ». On touche ici une limite : de simples transformations légales ne sauraient enrayer ce qui fait système dans le racisme. Si l’action juridique permet de sanctionner des discriminations directes (ou volontaires) et des discriminations indirectes14, elle ne peut agir que sur des conséquences et reste aveugle aux causes.

«L’opposition entre non-discrimination et action positive repose sur un sophisme ou une confusion : on décrète que pour obtenir une société égale, il faut faire comme si elle l’était. Or, faire comme si elle l’était quand elle ne l’est pas, c’est perpétuer l’inégalité.» Christine Delphy, Classer, dominer

Malgré cela, on peut tout de même envisager des dispositifs légaux à même de relativiser les effets du racisme.
Une typologie rationalisée des groupes victimes de la discrimination raciste, une juste appréciation de son ampleur et des domaines où elle sévit, permettrait de penser la mise en pratique d’une action affirmative pour compenser (encore relativement) les effets du stigmate. Nous appelons action affirmative ce que d’autres ont fait le choix de nommer « discrimination positive » (avant même de songer à entreprendre un bilan de la discrimination « négative15 »). Il s’agit par là d’imposer aux entreprises, au parc public de logements, aux instances décisionnelles, etc., des proportions significatives de non-Blancs. Face à cette idée, des voix s’élèvent pour défendre le statu quo pseudo-universaliste qui correspond le plus souvent à la « défense de l’accaparement de l’universel par une catégorie très spécifique de la population, les hom- mes blancs16. » Ainsi, la rhétorique de la République une et indivisible – qui nie la discrimination comme le système d’oppression – disqualifie toute idée d’action compensatrice et « c’est au nom de la République, au nom de ses valeurs, parmi lesquelles l’égalité figure en bonne place, que toute mesure pour assurer une égalité réelle, substantielle, était et continue d’être dénoncée». Car, «puisqu’il n’y a pas de torts, il n’y a pas non plus matière à réparations17 ».

D’autre part, certains affirment, à propos des États- Unis par exemple, que «l’affirmative action est, aujourd’hui, un puissant frein à la déracialisation égalitaire (…) La cooptation de quelques Noirs ou de quelques femmes assure le maintien du statu quo18. » Si l’on comprend bien l’argument, les quelques « indigènes » nommés à des postes phares constitueraient une soupape du système raciste. Or il se trouve qu’en France, ces « candidats de la diversité » n’ont en rien constitué une structure stable du maintien du statu quo : les Fadela Amara, Rachida Dati et autres Rama Yade se sont vite vues disqualifier, et ce en termes proprement racistes19. D’un autre côté, l’action affirmative ou positive est la meilleure manière de lutter contre le tokenisme: au lieu de promouvoir individuellement des « modèles d’intégration20 », il s’agit de prendre acte d’un système et de dénoncer le mythe de la «méritocratie». Par ailleurs, dans la situation actuelle, on peut concevoir cet ensemble de mesures comme les points d’appui d’une mobilisation capable de prendre une dimension plus égalitaire encore, et plus totalisante. Pour qu’il y ait un mouvement, il faut des revendications : un mot d’ordre comme celui-ci exprime sous une forme didactique ce à quoi ressemblerait une société, sinon débarrassée du racisme, du moins du moins un peu plus égalitaire. L’enjeu consiste à être capable de défendre une telle proposition tout en pointant ses limites. Enfin, Yazid Sabeg souligne à juste titre que les réticences sont le plus souvent infondées puisqu’il existe, de fait, des mesures de «discrimination» positive:

«Si l’égalité est forgée comme un principe de non-discrimination, elle a également été conçue comme un rempart à l’arbitraire. C’est pourtant bien cet arbitraire que les politiques cache-misère ont restauré. À la transparence de la loi, la France préfère aujourd’hui les dosages de contrebande, les petits arrangements sur la base de critères subjectifs, le clientélisme ethnique, avec le succès que l’on sait. L’administration, prise en flagrant délit d’inégalité de traitement, n’est d’ailleurs pas la seule à se laisser gagner par l’ethnicisation républicaine : les partis politiques se livrent à ce même marchandage quand ils placent sur leurs listes municipales, au gré des circonstances, des élites maghrébines investissant des missions d’“éducateurs”, « médiateurs officiels » avec les membres de « leur » communauté21.»

Reste encore à s’interroger sur le statut à donner à la discrimination positive. L’envisage-t-on, ainsi que nous le faisons ici, comme une revendication transi-toire? Ou à la manière de quelqu’un comme Yazid Sabeg qui la pense depuis des think tanks élitistes ou au cœur d’un gouvernement raciste22 ?

Dans son « Manifeste pour l’égalité réelle » publié par le Journal du dimanche en novembre 2008, Sabeg opère une « confiscation subtile du thème de l’égalité23 ». Cette confiscation procède notamment d’un glissement de l’idée d’égalité vers la promotion de «l’égalité des chances ». En son temps, Philippe Pétain avait déjà très clairement énoncé le postulat qui fonde ce glissement: «Le régime nouveau ne reposera plus sur l’idée fausse de l’égalité naturelle des hommes, mais sur l’idée nécessaire de l’égalité des chances24.»

L’égalité des chances, « c’est donc le voile qui recouvre l’anti-égalitarisme (puisqu’elle) permet de substituer à l’égalité politique une logique de la compétition sélective au mérite et une justification des hiérarchies sociales25. » Cette révision de l’idéal égalitaire dans le sens de l’égalité des chances s’inscrit dans un recentrage néolibéral de la lutte contre les discriminations, dont l’enjeu principal est de promouvoir un partenariat entre les «jeunes» non-blancs et des patrons d’entreprise, en occultant les ressorts structurels du racisme au sein du marché du travail.

«Au cœur de ce discours, il y a en fait l’entreprise comme modèle de société, et la concurrence comme modèle de régulation sociale. Il faut, dit en effet M. Sabeg, « nous affranchir du droit commun et mettre en place des mesures d’exception. Nous devons aussi créer les conditions d’une nouvelle relation entre les jeunes et l’entreprise, à l’occasion d’un véritable pacte donnant-donnant pour l’emploi». Voilà le fin mot de l’histoire: donner à croire que la relation entre employeur et sala-rié peut être « égale » et équilibrée (« donnant- donnant26″).»

«On a essayé de présenter des modèles d’intégration comme une espèce de défilé de mode. On nous montre quel est l’Arabe qu’on doit être pour être un bon Français. C’est ça qui est intéressant: on ne doit pas devenir un Français mais le bon Arabe pour devenir français. Je crois que cette étape-là est fondamentale.» Saïda Kada, Un racisme à peine voilé

L’« égalité des chances» fonctionne aujourd’hui de pair avec une autre désignation souvent réquisitionnée, la «diversité» – «notion (…) polysémique, et c’est bien là, manifestement, l’un de ses intérêts politiques27. » La polysémie dans la lutte contre les discriminations racistes – la même à l’œuvre dans le syntagme de « minorités visibles » – permet de dissoudre la race dans un ensemble plus large de discriminations, tout en occultant la dimension politique du racisme pour en faire un simple illégalisme. En effet, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE28) a pour mission de com- battre les pratiques discriminatoires, qu’elle définit comme suit: «Discriminer, c’est interdire ou limiter l’accès d’une personne à un emploi, un logement, à des biens et des services ou à une formation en raison de critères interdits par la loi.» Sont mis sur le même plan et sous la même dénomination les discriminations selon l’âge, le handicap, l’« origine », etc. Cette indistinction va de pair avec l’insistance toute récente sur l’idée d’égalité des chances présentée plus haut: «En passant à la question de “l’égalité des chances”, on occulte cette dimension de nature politique (la domination d’un groupe majoritaire sur des groupes minorisés) pour requalifier le phéno- mène en supposant une simple perturbation d’une réalité théoriquement égalitaire et symétrique29.»

Cette dissolution de la question raciale se joue également au travers d’un traitement de la race en terme de «territoire». Ce traitement s’est d’abord pensé comme une mesure temporaire, qui s’est finalement institutionnalisée, tout en confortant un pragmatisme «de terrain». L’idéologie républicaine s’interdit d’« ethniciser la question sociale ». Mais l’inégalité de situation entre Blancs et non-Blancs étant indéniable, il lui faut trouver des expédients – tant qu’elle se donne des objectifs égalitaires. Tandis que la race nomme une inégalité sociale ascriptive (qui forme des groupes sociaux héréditaires), la République préfère fonder sa politique sur des réalités qui semblent moins pérennes : par exemple, la relégation des non-Blancs dans des quartiers spécifiques. La discrimination positive à la française passe donc, dans les faits, par une territorialisation de la race.

«Les catégories territoriales ont été analysées, en France, comme une manière détournée de prendre en charge l’ethnique. Aux pouvoirs publics, le territoire semble offrir des moyens pour aborder les questions de diversité culturelle en contournant les obstacles juridiques30.»

Le territoire est pourtant une catégorie douteuse : elle cible les bénéficiaires d’une action positive de manière très confuse, et ne saurait constituer un critère pour une lutte durable et ambitieuse contre les discriminations.

«La discrimination positive territoriale qui fonde les politiques urbaines n’est jamais politiquement affichée ni revendiquée. Au contraire, elle est systématiquement édulcorée par les thèmes de l’urgence et de la priorité, devenues au fil des années un écran dans la perception à la fois des quartiers et des stratégies de l’action publique. Placée durablement sous le signe de l’expérimentation et de l’urgence, la politique de la ville peine à proposer une définition stable de l’objet de son action. Il est par conséquent difficile d’y voir une démarche de reconnaissance ou encore moins de « redressement des torts », telle que l’affirmative action américaine31.»

Institutionnaliser l’urgence, c’est aussi faire preuve d’essentialisme : toutes les façons détournées de prendre en charge la race demandent de l’associer à des traits sociologiques, culturels, à des espaces et des sociabilités, plutôt qu’à des personnes qui appartiennent objectivement à la catégorie discriminée. Tout cela donne lieu à une pratique de prévention des discriminations et de définition des politiques territoriales qui procède à une ethnicisation ou une culturalisation systématique des « publics » et des interlocuteurs de l’action publique: représentants de communautés religieuses, culturelles, associations soi-disant représentatives… C’est tout un contrôle social qui s’étend, incarné par les travailleurs sociaux, relayé par des associations subventionnées et renforcé par le clientélisme. Le pragmatisme «du terrain» complète et tra- duit les définitions confuses élaborées dans les hautes sphères. Les entreprises sont en outre les grandes bénéficiaires de cette politique puisque les zones franches qu’elle met à disposition leur offrent des exonérations juteuses, sans jamais garantir le moindre emploi aux non-Blancs des «quartiers» visés.

Ce qui est à l’œuvre, c’est bien un recentrage des politiques publiques. À gauche, on fait de la lutte contre les discriminations un dispositif favorisant la «bonne intégration». À droite, on préfère s’orienter vers la défense de la promotion individuelle (il faut savoir se vendre) qui s’inspire d’un modèle d’empowerment néolibéral. Dans les deux cas, c’est l’intégration qui sert de point de départ : la gauche a préparé le terrain à la droite en maintenant la catégorie d’intégration qui permettait déjà la partition entre «bons» et «mauvais» immigrés.

Nous assistons aujourd’hui à une coïncidence entre idéologie libérale et racisme respectable32 : responsabiliser les personnes discriminées et les mettre en conformité avec un récit national. Ce racisme respectable, dans la mécanique même des politiques publiques, a aussi intégré à sa rhétorique le concept de «mixité sociale».

«J’entendis l’agent qui réglait la circulation mau- gréer à mon passage: « Pourquoi donc que vous autres nègres ne restez pas chez vous à Harlem? »» James Baldwin, La prochaine fois, le feu

La mixité sociale est entendue dans le sens commun comme le contraire du « ghetto », l’idéal d’une société plurielle, l’alpha et l’oméga de la lutte contre le « communautarisme». Intuitivement, elle renvoie à l’idée d’« une répartition “équilibrée” des populations33 », objectif qui peut sembler louable, voire incarner une certaine justice, alors que la gentryfication est devenue un lieu commun de la sociologie spontanée. Il est pourtant manifeste que mixité sociale et relégation territoriale ne sont en rien contradictoires. La répartition des populations est avant tout une « gestion “harmonieuse” de la misère34 ».

«La notion de mixité sociale connaît, depuis une vingtaine d’années, un engouement croissant et quasi consensuel. La notion n’est pas nouvelle, mais le débat des années 1990 marque un tournant. C’est alors que la loi Besson pose la mixité sociale comme un objectif légitime des politiques du logement: les protocoles d’occupation du patrimoine social institués par cette loi visent notamment à assurer une meilleure répartition des populations au sein du parc social35.»

Cette fameuse répartition, comme objectif venu d’en haut, vient renforcer tout l’arbitraire de l’attribution des logements sociaux. Elle permet d’opérer une sélection qui valorise les hauts revenus et met en œuvre «des catégorisations ethniques produites socialement (…) intériorisées et mobilisées par des individus, avec intention ou non de discriminer, et (qui) fonctionnent au détriment des étrangers ou présumés tels36.»
Il y a des précédents à cette politique : les pratiques des municipalités communistes de la ceinture rouge sont bien connues. Comme l’écrit Sadri Khiari, la répartition de l’immigration y avait déjà cours dans les années 1970 sous «couvert de prétextes sociaux, d’alibis “antiracistes” ou au nom de la “défense des travailleurs immigrés contre les marchands de sommeil”, eux-mêmes souvent immigrés». Cette parenté «prolétarienne», prétendument vertueuse, de la répartition urbaine des non-Blancs présente un intérêt certain pour appréhender la notion de mixité sociale. Des années 1970 à aujourd’hui, le phénomène correspond à une concurrence entre les classes populaires blanches et les classes populaires non-blanches. Elle coïncide avec le déclin de l’État national-social qui associait citoyenneté et droits sociaux, de sorte que « la “blanchitude” est le dernier privilège accordé par la République aux classes populaires blanches37. » Le démantèlement de l’État-providence laisse aux municipalités les moins favorisées le soin de gérer la misère et de ménager une base sociale blanche en voie de prolétarisation qui trouve une gratification à se séparer des populations «à problèmes».

«(Un communiste) ne doit pas se croire supérieur à l’indigène parce qu’il porte un chapeau au lieu d’un fez, ou qu’il invoque le nom de Jésus au lieu d’Allah, il doit se rendre compte que vis-à-vis de l’indigène il est un «privilégié» dont le privilège ne repose en dernière analyse que sur la force des baïonnettes, que sa situation de citoyen français le met par rapport à l’indigène dans la même position «d’exploiteur» que celle où se trouve son patron par rapport à lui, et cela doit l’inciter à beaucoup de modestie.» Robert Louzon, Bulletin communiste: organe du Comité de la Troisième Internationale, 1922.

La «mixité sociale» ne constitue pas la seule métaphore du racisme qui tend à avoir des implications légales. Il en va de même pour l’islamophobie.

À défaut de dire « sale Arabe », il est aujourd’hui de bon ton de parler des «barbus», des «voilées», du « péril islamiste », de « fous d’Allah », d’« intégristes », de « terroristes », d’« obscurantistes » et autres « fanatiques ». Ces métaphores vertueuses38 du racisme qui ont cours ces dernières années, si elles ne traduisent pas nécessairement une «montée» du racisme, lui donnent en tout cas droit de cité et lui apportent une certaine régénérescence: de nouveaux arguments, un nouvel imaginaire et des possibilités d’inscription dans la législation. Parmi les derniers exemples en date de cette fièvre législative, on compte la loi du 15 mars 2004 dite «sur le voile à l’école», celle du 11 octobre 2010 dite « anti-burqa » et l’annonce par Luc Chatel d’un décret interdisant l’accompagnement des sorties scolaires aux mères portant le foulard (« pro- position (qui) vient d’être reprise dans le programme de l’UMP pour 2012 – parmi 26 propositions tout aussi inquiétantes, légalisant notamment la discrimination à l’embauche contre les femmes portant le foulard, y compris dans le secteur privé39 »). Si les textes qui fondent ces nouvelles législations prohibitionnistes évitent de désigner directement les musulmanes comme cible première, les débats sus- cités n’ont pas d’autre objet. À chaque fois, la femme musulmane devient le faire-valoir des offensives les plus sécuritaires, les plus sexistes et les plus racistes – et ce à son corps défendant et contre ses droits les plus fondamentaux. Déjà en 2003, les signataires de la pétition « Oui à la laïcité, non aux lois d’exception » nous rappelaient que le foulard recouvre des réalités multiples. Malgré les «appréciations diverses, voire divergentes, de sa signification », les signataires estimaient que, « dans tous les cas (que le foulard soit imposé aux jeunes filles ou qu’il résulte d’un choix), l’exclusion est la pire des solutions40. » Contrairement à ce qu’on a voulu nous faire croire,

«le positionnement à adopter face à la loi interdisant le voile à l’école n’avait rien d’une « question complexe ». Il aurait dû aller de soi, pour toutes les forces progressistes, mais aussi pour l’ensemble des personnels de l’école laïque, que l’inter- diction n’avait pas lieu d’être, puisqu’elle ouvrait la porte à des exclusions lourdes de conséquences et contraires au principe du droit à l’éducation pour tous et toutes41.»

En 2010, en punissant d’amende toute femme qui s’aventurerait à sortir avec un voile sur le visage, une nouvelle fois, « sous couvert de libérer les femmes, on les traite comme des délinquantes et on les condamne à rester chez elles42. » Le décret Chatel viendra s’ajouter à ces lois d’exception pour les musulmans, encourageant des pratiques individuelles vexatoires, des règlements illégaux43 et des applications zélées du « principe de laïcité44 ». Et c’est précisément la fonction de ces lois d’exception : puisqu’elles ne disent jamais véritablement leur objet, chacun est libre de s’en saisir pour mettre en œuvre les discriminations racistes qu’il juge « nécessaires » au nom d’une vertueuse pseudo-laïcité ou en invoquant un prétendu intérêt pour «les droits des femmes». Un seuil est franchi.

Évidemment, le cadre légal nous permet aussi de dénoncer ou d’attaquer ces débordements : c’est ce à quoi s’emploie par exemple le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) qui recense les actes et propos islamophobes signalés, et appuie les victimes par le biais d’outils juridiques. La revendication de ce type d’organisation en lutte contre l’islamophobie réside dans l’idée que la loi doit être la même pour toutes et tous.

Il s’agit de montrer combien les musulmans ne sont pas confrontés à la même légalité que les autres. Cet angle d’attaque, s’il est tout à fait légitime, pose un problème : il fait des musulmans une catégorie de non-Blancs défendables parce que soumis à une législation évidemment exceptionnelle. C’est oublier que pour les non-Blancs, dans leur ensemble, l’exception est la règle : ce qui vaut pour tout le monde vaut différemment pour eux. C’est donc l’ensemble des dispositifs légaux qui doit être interrogé sous l’angle de la race. Cette prise en compte nous permettrait de révéler un double mouvement à l’œuvre dans l’escalade autoritaire du pouvoir : une généralisation de l’exception et une exceptionnalisation du droit commun.

S’il nous semble important de conclure cet état des lieux sur la généralisation de l’exception, c’est pour montrer combien les Blancs devraient également s’inquiéter du sort réservé aux descendants de colonisés, puisque les mesures prises contre ces derniers viennent, plus vite qu’on ne le croit, contaminer les droits et devoirs de l’ensemble de la société. Prenons pour exemple la création en 2003 du délit d’outrage au drapeau ou à l’hymne national. En 1999 déjà, Rudy Salles, député UDF auteur de l’amendement voté, déposait une première proposition de loi en ce sens mais, comme il le dit lui-même : « Il a fallu les sifflets du match France – Algérie en 2001 pour que l’on s’en préoccupe45. » Qu’est-ce qui a bien pu susciter une telle préoccupation ? Une semaine après le fameux match qui a vu La Marseillaise perturbée par des sifflets, 56 % des personnes interrogées lors d’un sondage Ipsos jugeaient que ces incidents « témoign(ai) ent des difficultés d’intégration d’une partie de la population française d’origine musulmane.» Ainsi donc, le « Blanc qui siffle La Marseillaise, on va le tolérer plus facilement que l’Arabe qui la siffle… L’Arabe sera un “raciste anti-Français”, le Blanc sera juste un “gauchiste”. L’Arabe n’a pas le droit d’être un gauchiste46 ! » Et quand on interdit à l’Arabe d’être un «gauchiste», on parvient finalement à enlever aussi ce droit au Blanc. Les Blancs sont les victimes collatérales d’un processus qui consiste à user du droit commun pour infliger un traitement exceptionnel aux descendants de colonisés: c’est ce que nous entendons par exceptionnalisation du droit commun. On voit combien il est difficile de distinguer – tant ces mouvements s’enchevêtrent – le processus par lequel la loi qui s’applique à tout le monde intègre des dispositifs initialement élaborés contre les sujets d’exception, et le processus inverse par lequel la loi qui s’applique à tout le monde frappe de manière différentielle les descendants de colonisés. Cet enchevêtrement participe du perfectionnement du pouvoir autoritaire, tant dans sa légitimation (auprès de sa base blanche) que dans son renforcement (à l’encontre de tous). C’est pourquoi tous les secteurs d’activité du pouvoir étudiés tout au long du présent ouvrage sont traversés par l’enjeu racial. À chaque fois, il est indispensable de spécifier le rapport des institutions avec les personnes non-blanches: un rapport d’exception.

«Une société est raciste ou ne l’est pas. Tant qu’on n’aura pas saisi cette évidence, on laissera de côté un grand nombre de problèmes.» Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs

Si nous voulons battre en brèche les logiques racistes, nous avons donc besoin d’un plan d’ensemble. Pour que ce plan d’ensemble puisse se déployer et gagner en efficacité, il ne peut pas se borner à une ou quelques propositions – puisque le racisme constitue lui-même une logique d’ensemble. Notre démonstration tend justement à montrer que le privilège blanc fait système parce qu’il investit des domaines complémentaires. Les dispositifs de luttes contre la discrimination, sur le modèle de l’action affirmative, ne peuvent pas, par exemple, se borner à l’entreprise. Il ne s’agit pas, en effet, de s’engager dans une réforme qui a pour seul but d’assurer au système raciste un fonctionnement plus adapté à l’économie capitaliste.
Ces mesures doivent être inévitablement accompagnées de plans d’action touchant au logement comme à la question urbaine en général. Mais pas de n’importe quelle manière: aujourd’hui, promouvoir la « mixité sociale » sert non pas à lutter contre l’apartheid mais, au contraire, permet aux classes supérieures blanches de grignoter de plus en plus le tissu urbain.

L’introduction de statistiques sur des bases raciales doit permettre la mise en place d’un observatoire de l’inégalité des traitements et des situations raciales. Il faudra alors s’engager dans la définition d’objectifs de promotion positive par et entre branches économiques, par entreprises et par quartiers d’habitation. Il faudra en outre définir de sévères sanctions financières et fiscales si les quotas définis et les autres dispositifs imposés ne sont pas respectés.

Autre exemple, il serait illusoire de prétendre lutter contre les discriminations sans renverser la politique d’immigration et, au-delà, la politique de la France vis-à-vis de ses anciennes colonies.

Aussi juste et cohérent que soit ce plan d’ensemble, compte tenu des obstacles administratifs et des crispations qu’il ne manquerait pas de faire naître, ses mesures ne peuvent pas s’imposer bureaucratiquement avec, pour seule garantie, un contrôle par en haut. Ce plan d’ensemble doit bénéficier de l’appui d’organisations de la société civile et de la représentation des principaux concernés. Pour que cette représentation soit effective, l’attitude des pouvoirs publics à leur égard doit être modifiée. Ces derniers ne devraient en aucun cas privilégier, et même subventionner, des mouvements qui ne se distinguent que dans leur fonction de contrôle ou dans leur aptitude d’encadrement. Cette représentation doit se construire autour d’organisations autonomes et indépendantes afin que leur prise de parole ne soit pas biaisée.

Ces organisations ont par ailleurs un rôle à jouer en dehors de la mise en application d’un tel plan d’ensemble. Elles doivent également avoir leur mot à dire quant à la constitution de nouveaux savoirs. En effet, au-delà du logement, de l’entreprise, c’est aussi l’enseignement qui est à reconfigurer: «Face à l’histoire coloniale que reproduit constamment la République, une histoire excluante et stigmatisante, il s’agit d’opposer aujourd’hui une autre lecture de l’histoire qui reconnaisse l’histoire des vaincus et réinsère [les non-Blancs] dans l’histoire du monde47. » Il faut, en effet, tout mettre en œuvre pour dépasser le modèle de la République une et indivisible : c’est une nouvelle vision de l’identité qui est ici en jeu.

Il n’en reste pas moins que ces mesures ne doivent pas être pensées comme une fin en soi mais comme les points d’appui d’une transformation plus profonde. Face aux violences policières – ces crimes d’État – face à l’ampleur de l’oppression, ces mesures d’urgence sont loin de suffire. Il nous faut les envisager comme les possibles revendications d’une large mobilisation à venir, susceptible de les insérer dans une démarche plus globale qui pourrait se dire en un seul mot d’ordre : en finir avec la suprématie blanche.

Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem

Notes :

1. Pierre Tevanian, « La question blanche », in La Mécanique raciste, éditions Dilecta, 2008.

2. Article 225-1 du code pénal, modifié par la loi du 23 mars 2006.

3. « Statistiques contre discriminations», pétition parue dans Le Monde, le 12 mars 2007.

4. Ibid.

5. Jean-François Amadieu, Patrick Weil, Dominique Sopo, Samuel Thomas et Mouloud Aounit, «Engagement républicain contre les discriminations», Libération, 23 février 2007.

6. Les mêmes qui s’inquiètent de la classification raciale n’ont rien à redire contre la classification selon le sexe. Là où la critique féministe et la critique antiraciste ont convergé, c’est pourtant bien dans la démarche qui consistait à questionner la pertinence de marqueurs biologiques dans l’espace social. Pas plus que le sexe, la race n’est recevable scientifiquement pour classer (et hiérarchiser) les êtres humains.

7. Pierre Tevanian, « Pour en finir avec l’antiracisme d’État», in La Mécanique raciste, op. cit.

8. Intervention, samedi 11 septembre 2010 à Montreuil (93), à l’occasion du rassemblement «Les Roms, et qui d’autre?», publiée sur le site de Mediapart.

9. Sadri Khiari, Pour une politique de la racaille. Indigènes, immigrés, jeunes de banlieue, Textuel, 2006.

10. France : des policiers au- dessus des lois, rapport d’Amnesty International, avril 2009.

11. Corinne Chevalier et François Lebeaupin, «La population des zones urbaines sensibles», Insee Première n° 1328, décembre 2010.

12. Open Society Justice Initiative, Police et minorités visibles: les contrôles d’identité à Paris, Open Society Institute, 2009, p. 53, p. 51.

13. « La couleur du jugement. Discriminations dans les décisions judiciaires en matière d’infractions à agents de la force publique (1965- 2005)», Ophrys, Revue française de sociologie, Volume 48, 2007/2.

14. L’expression désigne des comportements qui, sans discriminer intentionnellement, produisent un traitement inégalitaire. Voir «discrimination indirecte» in Collectif Manouchian, Glossaire critique des notions liées aux discriminations racistes, disponible sur lesfiguresdeladomination.org.

15. Les Québecois traduisent pour leur part affirmative action par
« action positive », ce qui connote bien différemment les mesures impliquées par cette politique.
16. Christine Delphy, « Pour l’égalité : action positive plutôt que parité », communication présentée le 14 mai 1996 devant Gisèle Halimi et Roselyne Bachelot, représentant l’Observatoire de la parité, in Classer, dominer. Qui sont les « autres » ?, La fabrique, 2008.

17. Christine Delphy, Un universalisme si particulier. Féminisme et exception française 1980-2010, Syllepse, 2010.

18. Pierre Guerlin, « Sémantique, rhétorique et idéologie: la construction polémique du débat sur l’affirmative action», Revue française d’études américaines, n° 81, juin, cité in Patrick Le Tréhondat et Patrick Silberstein, Vive la discrimination positive! Plaidoyer pour une république des égaux, Syllepse, 2004, p. 30.

19. « On a beau les encenser, le traitement réservé aux deux jeunes vedettes du gouvernement, d’ailleurs, n’est lui-même pas exempt d’ambiguïtés. Évoquant sa rencontre avec sa protégée Rachida Dati, l’ancien garde des Sceaux Albin Chalandon se souvient avec condescendance qu’elle était déjà pleine de qualités, mais «sous la coupe d’un père terriblement ancré dans sa culture ». Cf. aussi la lourde insistance sur la «beauté» des deux jeunes femmes, sur les «yeux de biche» de Rachida Dati, le qualificatif de «perle noire» appliqué à Rama Yade», in Mona Chollet, Rêves de droite. Défaire l’imaginaire sarkozyste, Zones, 2008.

20. Voir le manifeste « Nous ne sommes pas des modèles d’intégration», La revue internationale des livres et des idées, n° 7, septembre-octobre 2008.

21. Yazid Sabeg, Yacine Sabeg, Discrimination positive, Paris, Calmann-Lévy, 2004, p. 126.

22. Yazid Sabeg s’est vu nommer commissaire à la diversité et à l’égalité des chances en décembre 2008 par Nicolas Sarkozy.

23. « Un “Commissaire à la Diversité et à l’Égalité des chances”, tiens donc?!», La rédaction, Le Porte- voix, publication semestrielle de l’ALDA (Association de Lutte contre les Discriminations, Alsace), n° 4, mai 2009.

24. 11 octobre 1940, discours du maréchal Pétain annonçant le programme de « révolution nationale ».

25. La rédaction de l’ALDA, art. cit.

26. Ibid.

27. Ibid.

28. Bien que déjà très insuffisante, la HALDE a été supprimée en mars 2011. Ses missions ont été transférées au Défenseur des droits qui cumule également les activités qui étaient jusqu’alors attribuées au médiateur de la République, au Défenseur des enfants et à la Commission nationale de déontologie de la sécurité.

29. Fabrice Dhume et Nadine Sagnard-Haddaoui, Les Discriminations raciales à l’emploi. Une synthèse problématique des travaux, document produit dans le cadre de Talents, avril 2006, p. 14.

30. Milena Doytcheva, Une discrimination positive à la française ?, Paris, La Découverte, 2007, p. 40.

31. Ibid, p. 77.

32. Nous empruntons cette formule à Saïd Bouamama, in L’Affaire du foulard islamique: la production d’un racisme respectable, éditions Le Geai Bleu, 2004.

33. Pierre Tevanian, Sylvie Tissot, « La mixité contre le choix. À propos des ambiguïtés de la politique publique de lutte contre les ghettos », Les Mots sont importants (http://lmsi.net), mai 2004.

34. Ibid.

35. Sylvie Tissot, « Une discrimination en douce. À propos des inégalités dans l’accès au logement social », Plein droit, n° 68, avril 2006.

36. Ibid.

37. Sadri Khiari, La Contre-révolution coloniale en France. De de Gaulle à Sarkozy, La fabrique éditions, 2009, p. 186, 188.

38. Nous reprenons ici la formule de Pierre Tevanian, in La République du mépris. Les métamorphoses du racisme dans la France des années Sarkozy, La Découverte, 2007.

39. Pétition « Mamans Toutes Égales ! Non à l’exclusion des mères portant le foulard », disponible sur http:// mamans-toutes-egales.tumblr.com/

40. http://lmsi.net/

41. Pierre Tevanian, « Ce que voile le voile… et ce qu’il dévoile », préface au livre de Saïd Bouamama, L’Affaire du voile, ou la production d’un racisme respectable, op. cit.

42. Communiqué du Collectif féministe et antiraciste de Rennes, « Non à la récupération raciste du féminisme ! Non à la loi d’interdiction du port du niqab!», avril 2010.

43. En mars 2010, des élèves du lycée Auguste Blanqui à Saint-Ouen ont été menacées d’exclusion, la direction de l’établissement considérant leurs robes noires longues et très larges comme «un signe ostentatoire de religion».

44. En vue de la célébration d’un mariage civil, une « employée de la mairie de Neuilly-sur-Marne avait ainsi pris l’initiative d’entrer en contact avec le couple de futurs mariés pour leur faire savoir que la jeune femme devrait retirer son foulard lors de la cérémonie », communiqué du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), http://www.islamophobie.net/.

45. Le Parisien, 1er novembre 2009. 46. Saïd du MAP (Ministère des Affaires Populaires) dans un entretien réalisé par Pierre Tevanian, « Les Bronzés font du Chti », Mouvements, n° 57, 2009/1.

47. Sadri Khiari, Pour une politique de la racaille, op. cit., p. 121.

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