Agression islamophobe

Un musulman français gravement blessé par deux jeunes se disant « nazis »

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Je m’appelle Nouredine Rachedi. Je suis Français, né en France, de confession musulmane. Titulaire d’un DESS de l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines en traitement de l’information et exploitation de données, je travaille actuellement, en CDI, comme chargé d’études statistiques dans une entreprise de gestion de relations client. (Je ne donne pas ici le nom de mon entreprise uniquement parce que j’ai peur qu’ainsi mes agresseurs puissent me retrouver.) Dans la nuit du jeudi 24 juillet au vendredi 25 juillet, un peu après minuit, en rentrant chez moi à Guyancourt, j’ai été violemment agressé par deux jeunes de type dit « européen ».

Ces deux jeunes m’ont d’abord demandé si j’étais musulman. Ayant reçu ma réponse affirmative, ils se sont eux-mêmes identifiés comme étant des « nazis », avant de me rouer brutalement de coups de poing et de pieds, à la tête et au corps.

Par suite de cette agression, les médecins de l’Unité Médico-Légal des Yvelines m’ont reconnu une incapacité totale de travail (I.T.T.) de 21 jours. Sur le plan psychologique, je n’arrête pas de repasser dans ma tête ce qui m’est arrivé.

J’ai très peur que mes agresseurs me retrouvent, mais je ne veux pas que cette agression reste impunie.

J’ai porté plainte contre mes agresseurs, le 25 juillet, au commissariat de Guyancourt. Elle a été enregistrée par les policiers comme une plainte pour « violences volontaires aggravées (en réunion) ».

Les policiers, malgré ma demande expresse, ont, pour le moment, manqué de constater officiellement le caractère raciste de cette agression dans leur qualification du délit, qui figure à l’en-tête de leur procès-verbal.

Pourtant, ce motif raciste constitue, juridiquement, une autre circonstance aggravante des violences, tout comme le fait qu’elles ont été commises « en réunion ».

Je tiens à faire reconnaître que j’ai été agressé pour des motifs racistes, en tant que musulman.

Au commissariat, les policiers m’ont montré les photos d’une centaine de personnes. J’ai pu ainsi identifier formellement l’un de mes agresseurs, dont les policiers connaissent le nom.

Je me permets, en ce qui suit, de donner un récit plus détaillé de ce que j’ai vécu et ce que je vis.

Comme je l’ai dit, je réside à Guyancourt (78280). Le vendredi 25 juillet 2008, à 0h17, j’ai pris le train à la Défense pour rentrer chez moi. Je suis descendu vers 0h45 à la gare de Saint-Quentin-en-Yvelines, qui est la plus proche de mon appartement.

Devant rentrer à pied chez moi, j’ai décidé de couper par le parc du campus de l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

C’est alors que j’ai croisé deux individus qui m’ont accosté pour me demander une cigarette. Je leur ai expliqué qu’il me serait difficile de leur en donner, car il ne m’en restait presque plus.

Le premier s’est alors approché de moi et m’a demandé si j’étais musulman. Ce à quoi j’ai répondu « oui ».

Il m’a ensuite demandé depuis combien de temps j’étais en France. Je lui ai répondu que j’étais né en France et que j’y avais toujours vécu.

Rendu inquiet par ses questions, je lui ai demandé pourquoi il voulait savoir tout cela.

Le second individu s’est alors approché de moi et m’a répondu « Parce que nous sommes des nazis ».

Il m’a demandé ensuite ce que je pensais de l’état de la Yougoslavie.

Je rappelle que cet incident a eu lieu seulement quelques jours après l’arrestation le 21 juillet, à Belgrade, de Radovan Karadzic, responsable pour le meurtre de milliers de musulmans en Bosnie pendant la guerre en l’ex-Yougoslavie.]

J’ai évité de répondre à cette question, et j’ai dit : « On ne se connaît pas, je suis fatigué, je veux rentrer chez moi. De toute façon, vous avez envie de me casser la gueule, c’est ça ? ».

« C’est possible », m’a-t-il dit « Mais que penses-tu de ce qui se passe en Yougoslavie ? ».

J’ai répondu que je ne savais pas.

Soudainement, le premier d’entre eux m’a porté un violent coup de poing au visage.

Je suis tombé à terre, et là tous deux ont commencé à m’asséner de nombreux coups de pied sur tout le corps et à la tête.

Je me suis protégé comme je pouvais, en m’allongeant sur le côté droit, recroquevillé sur moi-même, avec mes mains me couvrant la poitrine.

Tout s’est passé très vite, dans une minute ou moins. Toujours par terre, j’ai entendu l’un d’eux dire : « C’est bon, on se casse ».

Quand ils sont partis, je me suis relevé avec difficulté. J’avais le visage complètement en sang et tout mon corps me faisait très mal.

Craignant qu’ils ne reviennent, j’ai couru, aussi vite que je pouvais vu mon état, jusqu’au boulevard Beethoven, une avenue éclairée qui se trouve juste derrière le parc.

J’ai utilisé mon portable pour téléphoner aux « 112 », et j’ai expliqué que j’avais été victime d’une agression et que j’étais blessé.

Les sapeurs-pompiers sont arrivés dans une vingtaine de minutes, avec une ambulance et accompagnés d’une voiture de police. Les policiers m’ont très brièvement parlé, avant que les sapeurs-pompiers ne me transportent rapidement aux urgences.

Comme je l’ai déjà dit, vers midi le même jour, le 25 juillet 2008, je me suis présenté au commissariat du Guyancourt afin de porter plainte contre mes agresseurs.

J’ai pu identifier l’un de ceux-ci sur une photographie que m’ont montrée les policiers.

Les policiers ont bien noté dans leur procès-verbal que mes agresseurs m’avaient demandé si j’étais musulman et ce que je pensais de la situation en Yougoslavie, ainsi que le fait qu’ils se sont eux-mêmes identifiés comme étant des « nazis ». Les policiers ont néanmoins manqué, pour le moment, de qualifier l’agression comme raciste, se limitant à décrire l’infraction comment étant de « violences volontaires aggravées en réunion ».

Suite à ma déposition, les policiers m’ont envoyé à l’Unité Médico-Légal des Yvelines pour un examen médical.

Le médecin, qui m’a examiné le 27 juillet 2008, m’a reconnu une incapacité totale de travail (I.T.T.) de 21 jours, sous réserve de complications ultérieures imprévisibles.

Selon son certificat, parfois difficilement lisible, le médecin a constaté, entre autres lésions : Examens et retentissement fonctionnel :

• Hématome en cocarde de l’œil droit avec hémorragie sous orbitale de l’angle externe de l’œil.

• Plaies du crâne :

1) Plaie frontale de 3 cm – 3 agrafes ;

2) Plaie pariétale de 2 cm – 2 agrafes.

• Contusion temporale droite avec dermabrasion – Pas de retentissement sur l’ouverture buccale.

• Douleur à la palpation des 4e, 5e, 6e cotes, majorée à l’inspiration – Limitation de la rotation du rachis dorsal et de flexion extension du thorax – Auscultation = diminution murmure (…) du sommet pulmonaire gauche.

• Hématome en voie d’amendement de l’épaule droite sans gêne fonctionnelle.

• Ecchymose de 2 cm x 2 cm du bras droit. Radiographies :

• Rx thorax = pneumothorax du sommet gauche – Lésions costales non visibles.

• Rx contrôle = grill costal à refaire.

À présent, les gestes usuels tels que s’asseoir, se relever ou s’allonger me demandent toujours des efforts pénibles.

Je me sens encore très choqué par l’agression. Je n’arrête pas d’y penser et de me repasser le film dans ma tête.

Malgré mes peurs, je suis très attaché à ce que mes agresseurs « nazis » ne restent pas impunis et que le caractère raciste de cette agression soit reconnu.

Nouredine Rachedi, Guyancourt, le 4 août 2008

Si vous voulez témoignez votre soutien et votre sympathie à Nouredine Rachedi, vous pouvez le contacter à l’adresse suivante : [collectifsoutien.nouredine@yahoo.fr

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