Relents de Guerre Froide contre l'Islam... et les musulmans

Quand les Assises de l’islamisation applaudissent Michel Onfray

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Le Valaisan Oskar Freysinger était samedi l’invité vedette d’une réunion anti-islam à Paris, les Assises internationales sur l’islamisation de nos pays. Des organisations d’extrême droite et d’autres se revendiquant à gauche étaient présentes.

« Oskar, Oskar, Oskar! » Alors qu’il monte sur l’estrade, samedi à Paris, Oskar Freysinger est acclamé par un public acquis. « Je salue la France de Voltaire, même si j’ai l’impression, à l’accueil que vous me faites, qu’Astérix s’est exilé en Suisse! » entame le politicien suisse, qui se présente comme l’instigateur des votations sur les minarets l’an dernier et sur l’expulsion des criminels étrangers le 28 novembre. Il enchaîne: « Vous êtes venus écouter ‘un salaud’, cela prouve que vous n’avez pas froid au yeux! » Nous sommes aux Assises internationales sur l’islamisation de nos pays, avec « en-cas saucisson-pinard à midi », précise l’invitation.

Ambiance. Le discours de l’UDC valaisan a brossé le portrait d’une « majorité qui rase les murs » en Europe et tenté de justifier la supériorité d’une civilisation européenne « qui a su se remettre en cause à la Renaissance », contrairement aux « théocraties musulmanes ». Aussi, il a exposé les vertus du modèle suisse de démocratie directe: « Les Suisses votent en un
an plus que vous en toute une vie. » Avant de prophétiser: « La prochaine crise financière, qui est prévisible, sera l’occasion pour vous de changer les règles du jeu
institutionnel. Vous pourrez ainsi sauver votre âme éternelle. » Standing ovation du public.

Créer un réseau européen


Mises sur pied par une vingtaine d’organisations, ces Assises réunissaient une partie de l’extrême droite – dont le Bloc identitaire – et des associations se revendiquant de gauche, comme Riposte laïque. « Les orateurs arrivent à se démarquer de l’extrême droite traditionnelle en important un discours venant d’Europe du Nord », explique Bernard Schmid, du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples. Ils peuvent afficher toute la haine que leur inspirent les musulmans à condition de l’accompagner par des références aux Lumières du XVIIIe siècle et de discours prônant la protection des homosexuels, des femmes, des juifs… Tous seraient menacés par le prosélytisme du « Mahométan », comme l’ont répété plusieurs intervenants, utilisant un terme venant tout droit de l’époque où l’Europe chrétienne combattait l’Empire ottoman.

Des pseudo-spécialistes en islamologie, dont certains se déclarent anciens adeptes de l’Eglise de scientologie, se sont succédé à la tribune pour prévenir l’assistance
des dangers du jihad (la guerre sainte) qui serait en cours contre l’Europe. La preuve : le mariage avec un non musulman « serait interdit ». Pas de chance, en France,
les statistiques portant précisément sur les mariages disent le contraire. Pour d’autres intervenants, l’Europe subira bientôt le sort des Serbes du Kosovo. Le message
est le même de la part d’invités des Pays-Bas, de Belgique, du Danemark – y compris de la part d’un député berlinois expulsé de la CDU, le parti d’Angela Merkel. Tous veulent créer un réseau européen anti-islam.

L’évocation par Oskar Freysinger du Britannique Enoch Powell, mis à la porte du Parti conservateur à la fin des années 1960 pour avoir dénoncé l’immigration dans son pays, est révélatrice. « Cette figure fascine les élus de la droite européenne qui rêvent de transgresser les interdits de leur partis », explique l’essayiste et
politologue Jean-Yves Camus. Pendant qu’Oskar Freysinger prépare son discours, Elisabeth Wolff, qui est sous le coup d’un procès en Autriche pour avoir tenu des
propos susceptibles d’attiser la haine à l’encontre des musulmans, se présente – tout en nuance – comme persécutée pour ses opinions : « Les procès politiques (…) sont plus efficaces que les méthodes des nazis, des fascistes ou des communistes parce qu’ils sont employés en douceur et paisiblement. Pas besoin de camps de
concentration, de goulags, de charniers ou d’une balle dans la nuque au milieu de la nuit. »

Des discours qui se font écho

Au-delà des phrases choc, les discours entendus durant ces Assises faisaient souvent écho à ceux que développent depuis une dizaine d’années certains éditorialistes français – des « briseurs de tabous » se réclamant souvent de la « droite décomplexée » chère à Nicolas Sarkozy. « Dernier exemple en date, le discours de Grenoble tenu par le président de la République », relève Jean-Paul Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme. Le chef d’Etat y parlait notamment d’élargir les possibilités de retirer la nationalité française à toute personne d’origine étrangère « qui porterait volontairement atteinte à la vie d’un policier, d’un gendarme, d’un militaire ».

C’est à la suite de ce discours que la France a renvoyé nombre de Roms en situation irrégulière…

De l’autre côté de l’échiquier politique, une partie des propos tenus aux Assises reflétaient les thèmes brandis par les élus de la gauche dite « sécuritaire », dont la
particularité est d’acclimater les discours de la droite. Ils seraient peut-être surpris de voir utilisés durant ces Assise des thèmes qu’ils ont développés à partir de la
création de Ni putes, ni soumises ; des débats sur l’interdiction du foulard à l’école en 2003/2004 et de la publication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo.

Une vidéo du philosophe Michel Onfray, interviewé l’été dernier par RMC, a même été diffusée lors des Assises : il avait alors estimé que « oui, l’islam est un problème » et que « ce n’est pas une religion de paix et d’amour ».

Olivier Vilain

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