Suspect consensus

Pourquoi l’Europe adooorrre Obama

arton218

L’article ci-dessous, publié dans le numéro d’octobre de « L’Indigène de la république », a été rédigé avant le résultat des élections présidentielles en Amérique. Son objet n’est pas la signification du « phénomène » Obama aux Etats-Unis mais le rôle que joue le soutien européen dont il a généralement bénéficié dans la construction de l’identité de l’Europe blanche en formation. Le consensus blanc autour d’Obama apparait ainsi comme parfaitement…raciste ! (c’est fou ce que nous sommes parano !)

C’est quand même étrange l’enthousiasme que suscite Obama en Europe et notamment en France. Cette Europe qui rejette la Turquie parce qu’elle est musulmane, cette Europe qui ne compte aucun dirigeant de premier plan qui ne soit pas bien blanc et bien chrétien (au moins d’origine), cette Europe qui met en place un système d’apartheid en son propre sein, eh bien cette Europe adooorrre le Noir Obama !

Lors des dernières présidentielles, nombreux avait soutenu Ségolène Royal, convaincus qu’une femme à l’Elysée serait une véritable révolution. Les mêmes pourtant, s’ils ont préféré Hillary Clinton à Mc Cain, ont quand même préféré Obama à Hillary Clinton.

Déduction n°1 : il vaut mieux être un homme noir qu’une femme blanche;

déduction n°2 : il vaut mieux être démocrate que républicain.

En vérité, qu’en Europe, on penche pour le démocrate contre le républicain n’est pas étonnant. Le bilan de Bush n’est pas très reluisant. Et, un nouveau mandat républicain multiplierait les risques d’une déflagration militaire au Moyen-Orient et d’une aggravation des tensions avec la Russie. Or, généralement, en Europe, on n’aime pas trop les conflits interminables qui déstabilisent des régions entières sans même qu’on puisse en tirer profit. Avec un démocrate à la Maison blanche, on sait bien que la politique américaine ne changera guère sur le fond, mais il y aura, espère-t-on, un peu plus de jeu.

On peut donc proposer cette déduction n°3 : si Mc Cain était noir, il n’aurait pas suscité autant d’engouement qu’Obama.

On peut risquer aussi la déduction n°3 bis : si Mc Cain était une femme, ça n’aurait rien changé.

Et oser une déduction n°3 ter : si Mc Cain était une femme noire, il n’aurait pas suscité plus de sympathie que l’abominable Mme Rice.

Résumons-nous : Obama est démocrate, les Européens soutiennent. Il est noir, l’Europe craque. Si, en plus, il avait été une femme, l’Europe aurait fait une crise d’épilepsie ! Mais pourquoi donc, aux yeux de l’Europe qui expulse les Noirs à tour de bras, 1 démocrate noir = 2 démocrates blancs ? Réponse et…

déduction n°4 : parce que, paradoxalement, dans le cas qui nous préoccupe, 1 Noir = ½ Noir + ½ Blanc. J’ai lu quelque part cette question : pourquoi dit-on qu’Obama est noir alors qu’il est à moitié blanc ? Réponse et…

déduction n°5 : on voit en Obama un Noir parce qu’il y a quelques avantages à le voir noir tout en le pensant comme pas vraiment noir. C’est tordu ? Non, c’est la subtilité de l’universalisme égalitaire du racisme européen. Pourquoi les Européens voient-ils en Obama un Noir non-noir ? Parce que : 1°) sa mère est blanche ; 2°) il ne descend pas d’esclaves ; 3°) il ne vient pas d’un ghetto crasseux, misérable, plein de drogués et de criminels; 4°) il est chrétien ; mieux encore : il est né musulman mais il a eu l’intelligence de se débarrasser de cette tare et de le faire savoir haut et fort ; 5°) il est propre sur lui, diplômé, fier d’être américain et fidèle aux « valeurs » de sa civilisation ; 6°) il n’a pas de grosses lèvres, des grandes dents toutes blanches qui rigolent tout le temps et un large nez épaté. En tant que Noir, Obama a donc des circonstances atténuantes ; c’est un Noir atténué ; inoffensif et même bénéfique comme les virus atténués avec lesquels on fait les vaccins.

Déduction n°6 et dernière : Le Noir atténué Obama est un vaccin dont use l’Europe pour se protéger contre sa propre histoire. Plus : il est l’instrument d’une guerre idéologique, je dirais presque identitaire. L’élection d’un Noir à la tête de la première puissance mondiale, qui pratiquait encore récemment la ségrégation raciale, serait la « preuve » que le monde blanc est civilisé ; qu’il a pour identité le progrès et les droits de l’Homme ; qu’il est capable, de par son seul dynamisme, de dépasser ses propres archaïsmes. Obama joue le même rôle pour la réaffirmation de la supériorité blanche que la commémoration permanente de l’Holocauste et que la dénonciation obsessionnelle de l’« antisémitisme des musulmans ». De même que le monde blanc croit pouvoir évacuer ainsi de son histoire le génocide des juifs, en soutenant Obama, il prétend se dédouaner des horreurs de la colonisation et du racisme mondialisé. Pour les Européens, il y a un enjeu supplémentaire qui procède de la concurrence interne au monde blanc. L’« Obamania » est aussi une manière de donner une leçon aux Américains : « Vous allez peut-être voter pour un républicain presque centenaire ; eh bien, nous, sans hésiter, nous choisissons le jeune Noir. Nous sommes donc plus évolués que vous ! »

Conclusion : mon champion, à moi, c’est Mohamed Ali Clay.

Walou

Cet article est tiré de « L’Indigène de la république », n°13, octobre 2008

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