Succès

Meeting de Printemps des Quartiers du 31 mars 2012 à Bagnolet. Exister, c’est exister politiquement!

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La soirée-débat du 31 mars du réseau « Printemps des Quartiers », à Bagnolet, s’inscrivait dans un moment délicat de la vie politique française, parce qu’elle se déroulait à la veille des élections présidentielles, et dans le contexte de la tuerie de Toulouse/Montauban.Cette réunion a exprimé le rejet de la censure « morale » que l’on veut nous imposer visant à empêcher une analyse structurelle d’ensemble du désordre social et politique, où le national s’articule à l’international, avec une radicalisation sécuritaire, nationaliste et islamophobe que nous avons voulu dénoncer.

C’est ce, que Youcef Brakni qui présidait le débat a souligné en introduction devant environ 600 personnes (une réussite alors que nous n’avons eu confirmation de la salle que quelques jours auparavant, et dans un climat menaçant)… Il a évoqué les pressions pour interdire le meeting et salué la résistance du Maire – en annonçant que les islamophobes allaient perdre des voix… Il a donné ensuite la parole à des intervenant.e.s très complémentaires écouté.e.s très attentivement.

Neimane Amraoui, du Groupe d’Association de Bagnolet, a rendu compte de façon vivante et personnelle des expériences vécues et accumulées dans son activité de quartier pour inciter à la responsabilisation et à l’extension ailleurs de ce type d’engagement.

Le journaliste Alain Gresh analysait ensuite les liens entre politique dominante des partis politiques français et enjeux internationaux. Il a souligné notamment les infléchissements de l’orientation française s’inscrivant dans une vision du monde en terme de guerres de civilisations où Israël représente la pointe avancée d’un ‘l’Occident » impérial – mais un Occident aujourd’hui confronté à ses échecs, de l’Afghanistan à l’Irak, et à un basculement du monde ouvrant des marges de résistances.

L’avocate Nawel Gafsia a déconstruit l’instrumentalisation de la laïcité sur des bases islamophobes, contradictoires avec l’essence de la loi de 1905. Elle a souligné que celle-ci organisait la pluralité et la liberté de conscience dans l’espace public – l’Etat seul étant tenu à la neutralité envers la religion, alors que toutes les lois depuis 2004 tendent à étendre l’exigence de « neutralité » en restreignant les libertés religieuses des citoyens – en premier lieu des musulmanes portant le foulard.

Cette analyse fut relayée par l’intervention de Fatima Tamtam, relatant l’expérience des femmes du collectif Agir pour nos libertés, à Marseille, qui agissent contre l’islamophobie dans la campagne présidentielle.

Le sociologue Saïd Bouamama, militant du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires, a décortiqué, devant un public absorbé, la façon dont étaient traités les immigrés – ou éternellement présentés comme tels – au plan politique, social et électoral. A ceux qui exigent à juste titre qu’on mette le social au coeur des enjeux, il a souligné combien, de façon systématique, les discriminations raciales plaçaient toujours les mêmes au bas de l’échelle.

Tariq Ramadan a fait le lien entre les diverses interventions, soulignant combien ces analyses critiques du national à l’international étaient l’ingrédient nécessaire à l’émergence d’une réelle éthique en politique – donnant sens et force à une spiritualité qui reste sinon passive. Se positionnant du côté de tous les opprimés quelle que soit leur couleur de peau et leur religion, il a conclu sur l’enjeu de faire émerger de véritables contre-pouvoirs face aux politiques dominantes.

Nabil Ennasri président du CMF, ayant été retardé, n’a pu participer à la tribune. Mais nous rejoignant en cours de discussion, il a exprimé son point de vue sur l’engagement des musulmans face à ces élections.

Intervenant pour conclure au nom du réseau Printemps des quartiers, Houria Bouteldja a fait une vibrante intervention sur le thème « je suis/je ne suis pas » Mohamed M. exprimant malaise, colère et tristesse face à cette tragédie et le rejet de son instrumentalisation. Elle a indiqué l’intention du collectif Printemps des Quartiers de contacter un vaste réseau d’associations et organisations pour exprimer ensemble après le premier tour d’élections qui n’auront rien réglé – le 8 mai, proposons nous, symbole pour l’Algérie… – le rejet d’un système qui, hier comme aujourd’hui, se prétend libéré tout en cachant ses méfaits.

Printemps des quartiers, Paris, le 4 avril 2012

L’appel 2012 : Pour un Printemps des quartiers populaires a été publié, sur Médiapart, avec ses premiers signataires, le 27 Octobre, commémorant la mort de Zyad et Bouna et le début des révoltes de 2005. On peut visionner quelques vidéos de ses meetings sur le site printemps2012.fr

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