Le macronisme contre les indigènes. En soutien aux grévistes

Comme prévu, la grève du 22 mars a engendré une dynamique dépassant la seule lutte des cheminots, pour interroger de manière plus globale la signification même du macronisme. Face au mouvement social qui, des lycéens et étudiants aux cheminots, monte en puissance, et face à l’image d’étudiants petits-bourgeois blancs ou de cheminots privilégiés que veulent nous vendre certains médias, il est important de saisir la signification de ces réformes pour les indigènes.

En quoi des réformes qui, a priori, ne nous ciblent pas directement, nous concernent-elles ?

Une première réponse pourrait-être que la place des indigènes dans les rapports de (re)production est déterminée, en partie, par l’ordre racial : si des pans entiers du prolétariat sont attaqués par les réformes macroniennes, les indigènes sont, souvent, les plus concernés. Si, comme l’ont démontré nombre d’études, les conditions de travail des indigènes ne s’améliorent pas mécaniquement lorsque celles du prolétariat blanc progressent, l’inverse est vrai : lorsque l’exploitation des blancs s’aggrave, celle des non-blancs explose.

Il est également essentiel de rappeler que les attaques de la direction de la SNCF à l’encontre des non-blancs ne sont plus à démontrer. On peut se féliciter de la victoire des Chibanis qui avaient, en leur temps, été embauchés avec un statut moins « favorable » que les cheminots français et qui ont réussi à faire condamner la SNCF pour discriminations le 31 janvier dernier. En île de France, un sous-traitant de la SNCF, la société H. Reinier ONET, en charge de l’entretien des gares franciliennes, a également dû plier en décembre dernier face à la grève de ses travailleurs issus des anciennes colonies.

Si Macron risque, après la SNCF, de s’en prendre violemment à d’autres services publics, il s’est déjà très largement attaqué aux lycées et aux universités. Les réformes du Baccalauréat et de l’enseignement supérieur (engagées bien avant ce gouvernement) visent à adapter l’enseignement aux besoins du capital, produisant des travailleurs pauvres bien formés, mais également à une plus grande sélection qui pénalisera évidemment les indigènes.

Nous ne vivons plus dans les années 1950 : les étudiants ne sont plus uniquement des enfants de bourgeois blancs. Si nous sommes encore peu nombreux à l’université, à fortiori dans les cycles supérieurs et les filières d’excellence, notre nombre a crû ces dernières années, malgré le fait que notre mobilité sociale soit inférieure à la fin de nos études, et que notre place sur le marché du travail reste très précaire. Il est assez évident que la sélection à l’entrée de l’université pénalisera en premier lieu les enfants des classes populaires, et d’abord les non-blancs. Rappelons aussi que parmi les élèves qui arrêtent les études à 16 ans, ou qui sont réorientés vers des filières de sortie, on trouve nombre d’indigènes, ce qui ne va pas aller en s’arrangeant avec l’aggravation de la sélection à l’université.

De plus, le fait que les groupes fascistes pullulant dans toute la France s’en prennent, après les indigènes, violemment aux étudiants (comme nous l’avons vu à Montpellier ou Strasbourg) n’est pas un hasard. Ces groupes accompagnent et parfois remplacent la répression policière. Le fait que ces groupes soient convaincus de pouvoir agir impunément n’est pas anodin. Cela est directement lié au racisme d’État. Alors que le gouvernement prépare une loi « asile et immigration », rappelons que l’Allemagne (citée en exemple par le Premier ministre) a durci les conditions d’asile au début des années 1990 à la suite de divers pogroms de groupes néonazis contre des centres de réfugiés.

Il est impératif que ces groupes ne se sentent pas intouchables, sans quoi le gouvernement risque de continuer à faire des « concessions » extrêmement graves à l’extrême-droite. Lorsqu’ils agressent des étudiants, ils participent à faire pencher le rapport de force en leur faveur. Au delà de ses revendications sociales, le mouvement qui s’annonce, du moins le mouvement étudiant, n’a pas d’autre choix que de renforcer sa dimension antifasciste et antiraciste, s’il veut être à la hauteur réelle de l’enjeu.

Le mouvement social qui commence, bien que son issue soit très incertaine, marque également, tout comme les manifestations contre la loi travail et la montée en puissance des luttes autonomes de l’immigration, une recomposition des rapports de forces politiques. S’il apparaît (en termes de communication) comme moins agressif qu’un Sarkozy ou qu’un Valls, Macron prépare, à travers ses réformes, une intensification des inégalités raciales.

Ce mouvement de mobilisation, s’il se confirme et apprend de l’aveuglement racial de ses prédécesseurs, peut participer à la construction d’une lutte commune contre l’aggravation de nos conditions d’exploitation et contrer les campagnes racistes et les guerres impérialistes qui vont de pair avec les réformes néolibérales des dernières décennies. Ses victoires ou ses défaites seront riches d’enseignement pour préparer les combats à venir.

PIR

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