Courrier

Lettre ouverte à Malala

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Chère Malala

Depuis le jour où on t’a lâchement tiré dans la tête jusqu’à ta récente apparition dans la célèbre émission américaine John Stewart Show, tu fais désormais parti de ma vie tel un feuilleton télévisé chez la ménagère de moins de cinquante ans. Je te suis comme ma mère suivait Santa Barbara, son feuilleton préféré des années 80- 90. J’ai toujours été choqué de voir les larmes couler sur son visage à chaque déchirure de la famille Capwell. J’ai finalement compris ses peines lorsque tu as déclaré : « Je ne déteste même pas le taliban qui m’a tiré dessus. Même si j’ai une arme à la main et qu’il est en face de moi, je ne le tuerais même pas.» J’ai laissé verser mes larmes devant ma femme. Tant pis si ma masculinité en a pris un coup.

Le succès d’un feuilleton, ne tient pas du tout à la réalité du script mais à l’improbabilité du scénario dans la vraie vie et curieusement c’est ce qui nous rapproche des personnages. Plus c’est gros, plus le public est conquis. Tout comme Santa Barba, ton histoire semble tellement irréelle qu’on éprouve de la compassion, un étrange sentiment d’amour, de la haine et de la perversion à la fois. C’est ça la magie du feuilleton télé. Pour assurer le succès de la série, il faut que l’histoire soit simple et simpliste et tous les ingrédients nécessaires doivent être réunis pour maintenir le public en alerte. C’est d’ailleurs ce que tu as très bien compris en affirmant : « ce qui terrifie les terroristes religieux, ce ne sont pas les tanks américains, les bombes ou les balles… mais une fille avec un livre », un raccourci énorme mais qui a l’avantage d’éveiller nos bonnes consciences occidentales.

En aucun cas j’insinue que ton histoire est une fiction hollywoodienne mais il est évident qu’elle devait être simplifiée voire exagérée à outrance afin de nous sensibiliser à ton honorable cause. Aux diables les explications barbantes. Les Talibans le sont assez ! Ton histoire est vécue à travers les yeux d’une enfant. On ne t’en tiendra pas rigueur. C’est le combat éternel du bien contre le mal. C’était soit avec toi ou contre toi. Face à un tel choix, on est forcément avec toi!

Bien mieux que le feuilleton télé, ton histoire a le pouvoir d’émouvoir toutes les couches sociales : pauvres, riches, ménagères, intellectuels, féministes, étudiants, activistes sans bien sûr oublier les enfants. Nous le savons tous, tout passe par l’émotion.

 A l’annonce du gagnant du prix Nobel de la paix, je fus tout d’abord surpris qu’on ne te l’ait pas discerné. En effet qui d’autres mérite cette prestigieuse récompense mise à part toi, Malala ? Qui d’autre avait un message aussi important que le tien à lancer à la face du monde ? Qui d’autre fût plus éloquent et plus pacifiste que toi ? Depuis la création du prix Nobel, seule toi Malala en a l’étoffe. Après que le choc soit passé, j’ai alors pensé, que finalement, tu l’as échappé bien belle car il y aura bien un moment de l’histoire ou la morale populaire jugera sévèrement certains figurants de la liste Nobel tels que Yitzhak Rabin, Shimon Peres, Barack Obama ou l’Union Européenne. Et puis en tant que fille pilleuse, tu dois bien être consciente que la seule récompense qui vaille est céleste.

 A l’heure ou le mot Jihad a été pris en otage par des extrémistes comme les Talibans et tes sauveurs, le duo cynique Obama-Gordon, tu es venue restaurer son véritable sens. Ton Jihad s’agit d’amour, de pardon, de compassion dans la confrontation de la haine. Comme tu l’as très justement dit dans ton discours à l’ONU : « ceci est la compassion héritée de Mohammed – le prophète de la miséricorde, Jésus Christ et Buddha ». Et je me permets de rajouter Moïse ; vivement recommandé dans cette partie du monde. Tes mots seuls et ton charisme ont suffi à symboliser merveilleusement l’esprit de notre foi. Respect à toi jeune sœur !

A ceux qui t’accusent d’être une marionnette à la solde d’un agenda impérialiste, n’y prête guère attention. Ils ont tout simplement ras le bol de la condescendance, de l’hypocrisie, du deux poids deux mesures quand il s’agit de nous, les Musulmans. Alors s’il te plaît pardonne-les. Et si ceci s’avère fondé, ne t’inquiètes pas, on ne t’en tiendra pas rigueur non plus ; on est devenu insensibles à leur plan machiavélique. Et puis de toute façon, pourquoi on se méfierait ? La portée de ton message surpasse leur diabolique entreprise.

A ceux qui utilisent tes paroles contre les Talibans pour encore discréditer l’Islam et dépeindre les hommes musulmans comme étant des barbares et des sauvages, nous répondons : «  le chien aboie, la caravane passe » (proverbe arabe). Tellement de choses ont déjà été dites que tu ne peux simplement pas être sur tous le combats à la fois : la voix des sans voix et la voie des causes perdues. C’est trop de poids à mettre sur tes jeunes épaules. Parmi eux, certains t’érigeront comme le symbole de l’éternelle femme musulmane oppressée mais pour nous tu restes le puissant esprit de la femme musulmane et le message vivant de tous les prophètes que tu as cité dans ton fabuleux discours.

D’autres reprocheront ton silence en ce qui concerne les drones, les balles, les bombes américaines qui détruisent constamment tes magnifiques vallées, les monuments saints, si chers à ton peuple et d’autres dommages collatéraux tels que les femmes et les enfants de ton âge, mais la liberté a un prix nous dit-on ici. Alors qu’il en soit ainsi.

Et puis ont-ils entendu toutes ces choses que tu as implicitement mentionnées dans ton discours ? Ils n’ont sûrement pas compris que lorsque tu as réclamé le « droit de vivre en paix », ou « Honorable secrétaire Général, … on est fatigués de ces guerres » ; c’était en fait une façon diplomatique de leur dire « tirez-vous de notre pays et foutez nous la paix ! »

Et cette remarquable parole » Je souhaite que les garçons et les filles de tous les extrémistes spécialement ceux des Talibans reçoivent une éducation ?» ; en insistant sur « tous les extrémistes », n’impliquais-tu pas le terrorisme d’état ? Pour une définition précise de ce qu’est le terrorisme d’état, clique sur les liens qui suivent USA.com, UK.com, France.com et Israel.com. Ces quatre exemples devraient te suffire à comprendre l’État du monde actuel.

Et en dénonçant constamment la cruauté des Talibans, ne confirmais tu pas la défaite incompréhensible de la fameuse guerre contre le terrorisme qui sévit depuis maintenant onze ans ? Comment se fait-il en effet que la première puissance du monde et ses alliés n’arrivent pas à « dégrotter » ces affreux hommes des cavernes ? Et comment se fait-il que ces mêmes puissances militaires ne parviennent pas à assurer la sécurité de ton peuple et plus particulièrement des jeunes enfants de ton âge ? J’admire vraiment ta diplomatie.

Et si par hasard, les États-Unis ou autres pays européens, t’offrent la citoyenneté, tu devrais savoir deux ou trois choses avant d’accepter :

1. Il se pourrait qu’un groupe de filles hystériques appelé Femen ou d’autres féministes xénophobes t’approchent pour te secourir de la menace islamiste et des sauvages musulmans, accepte leur offre et envoie les gentiment aux Talibans. Avec mes salutations.

2. D’autres opportunistes et propagandistes telles que Wafa Sulta, Hirsi Ali ou Caroline Fourest souhaiteront sans doute s’allier avec toi pour le combat contre le mal, tu n’auras qu’à leur rappeler que tes discours commencent toujours par «  au nom de Allah ». Crois- moi, elles prendront la fuite.

3. Et enfin, tu dois aussi savoir que dans certains coins de notre monde civilisé, le voile que tu portes gracieusement à chaque apparition publique est strictement prohibé, dans les écoles en particulier. Désolé mais ceci est une étape nécessaire pour une libération définitive et totale surtout si l’éducation te tient tant à cœur. Si là-bas, dans « l’axe du mal », on te force à le mettre, ici, chez-nous, dans « l’axe du bien », on te forcera à l’enlever. Et si tu t’entêtes à le garder, on te privera de ta seule arme, l’éducation. Après tout c’est bien mieux qu’une balle dans la tête, n’est-ce pas ? Cela ne vient pas de fanatiques religieux mais c’est la loi, notre loi.

Je finis cette lettre en te citant : « on appelle toutes les communautés à plus de tolérance, à rejeter les préjugés fondés sur les castes, les croyances, les sectes, les religions ou genres ». Amen.

Fraternellement

Kamal Ahamada  

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