Analyse

Les Arabes modérés redoutent les conséquences d’un échec de la guerre à Gaza

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La division du Moyen-Orient entre un soit-disant camp modéré et pro-occidental d’un côté et un axe iranien incluant la Syrie, le Hezbollah et le Hamas de l’autre, est apparu clairement dans les premières réactions à l’opération militaire israélienne contre les combattants du Hamas dans la bande de Gaza.

L’Égypte et l’Arabie Saoudite ont pris la tête du camp modéré, reprochant au Hamas d’avoir donné à Israël, en rompant la trêve, le prétexte de s’engager dans ce bombardement dévastateur.
Le Hezbollah, la Syrie et l’Iran ont de leur côté accusé certains pays arabes modérés, directement ou indirectement, de manigances avec les États-Unis et Israël contre le Hamas.

Dès lors, en essayant de justifier son intervention aux Arabes et à la communauté internationale, Israël s’est trouvé sur la défensive au niveau diplomatique. Le Hamas également, en tentant d’expliquer pourquoi il n’avait pas œuvré d’avantage à la réconciliation nationale et voulu prolonger la trêve avec Israël.
Tout ceci est apparu de manière évidente lors des talk-shows sur les chaînes pan-arabes ainsi que dans les médias alignés sur l’Arabie Saoudite ou basés à Dubaï et à Beyrouth.

Mais les choses ont rapidement commencé à changer. Les images de ces dizaines d’enfants morts ou déchiquetés à Gaza ont fini par rassembler les Arabes dans leur colère face à l’usage excessif de la force contre les civils. Au cours de la première semaine de guerre, l’opinion publique arabe s’est divisée pour savoir qui était le plus à blâmer -Hamas ou Israël- qui avait déclenché cette guerre et comment elle devrait être résolue.

Mais plus le conflit dure et plus le Hamas obtient de soutien.

L’armée israélienne, incapable d’affaiblir sérieusement ou de décapiter le Hamas en temps et en heure, la majorité des responsables et des analystes arabes ont alors pris peur qu’Israël, échoue, une fois encore, comme à l’été 2OO6 lors de la seconde guerre du Liban contre le Hezbollah.

C’est pourquoi de nombreux membres du camp arabe modéré se sont mis à tenir des propos plus critiques à l’encontre d’Israël et plus sympathiques à l’égard du Hamas. Comme les Émirats Arabes Unis (EAU) dont les dirigeants sont progressivement devenus plus critiques envers l’opération israélienne et où la couverture médiatique a commencé à traiter de manière plus détaillée et plus parlante la souffrance des civils dans cette bande de Gaza densément peuplée.

Ces mêmes dirigeants, dans les traces de leurs homologues Saoudiens, ont lancé une campagne générale de récolte de fonds pour les victimes de la guerre. Le ministre des Affaires étrangères des Émirats, Sheikh Abdullah bin Zayed Al-Nahyan, comme son collègue saoudien, ont rejoint la délégation de la Ligue Arabe aux Conseil de Sécurité des Nations-Unies pour exiger un cessez-le-feu immédiat à Gaza.
Le Hamas obtenant un soutien public grandissant, ses alliés comme la Syrie, se trouvent renforcés.

Les responsables syriens ont d’ailleurs été prompts à capitaliser sur ce conflit en se présentant comme agents de transmission. Pays d’accueil de la direction du Hamas en exil, la Syrie a en effet reçu plusieurs responsables officiels régionaux et occidentaux qui ont sollicité l’influence de Damas sur le Hamas pour obtenir plus de concession de la part du mouvement palestinien et obtenir un cessez-le-feu.

La Syrie ne manquera pas d’augmenter son crédit, quel que soit l’accord négocié avec le Hamas pour mettre un terme au conflit actuel.

Cette situation, encore une fois, renforce la position de Damas dans la région comme acteur majeur que la communauté internationale ne peut plus ignorer. Pour les Syriens, faire partie de l’axe iranien pourrait encore s’avérer payant. Et ce qui s’applique à la Syrie pourrait jusqu’à un certain point se jouer au Liban et s’appliquer au Hezbollah, largement convaincu d’entraîner et d’armer le Hamas. Beaucoup de libanais se sentent d’ailleurs concernés par les retombées que pourrait avoir chez eux, la guerre à Gaza.

En témoignent l’inquiétude exprimée par le Président libanais, le Premier Ministre comme par beaucoup d’autres, ainsi que leur vœu de maintenir la stabilité sur la frontière avec Israël. En témoigne aussi la rapide décision d’envoyer des renforts militaires au Sud Liban pour assister les Casques Bleus dans la sécurisation de la zone afin d’ empêcher tout groupe de déclencher des bombardements sur le Nord d’Israël.

De son côté le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est resté vague dans ses récents discours sur les intentions de son parti d’ouvrir un nouveau front au Sud Liban pour soutenir le Hamas. La plupart des analystes libanais estiment en effet que le Hezbollah ne prendra pas le risque de déclencher une guerre contre Israël quelques mois avant les élections législatives. Une telle décision pourrait faire voler en éclat les termes de son alliance avec les Chrétiens, démontrant ainsi que « ses armes ne servent pas à défendre le Liban mais plutôt des intérêts étrangers ».

En outre, l’Iran semble de son côté avoir pris soin de ne pas donner dans la provocation pendant ces dernières semaines de l’Administration Bush pour ne pas se laisser entraîner dans un conflit militaire de large échelle.
Ainsi donc, le camp arabe modéré se retrouve dans une situation paradoxale: il ne peut accepter de voir l’axe iranien se renforcer mais, dans le même temps, il ne peut pas ne pas s’opposer à un Israël à nouveau plongé dans une campagne militaire sanglante et indécise. Dans son échec à faire accepter l’initiative de paix arabe par Israël, ou à obtenir des avancées dans le processus de paix, le camp arabe modéré s’affaiblit chaque fois qu’Israël s’affronte, sans succès, à l’un ou l’autre des alliés iraniens.
Beaucoup de responsables Arabes et d’analystes estiment que, pour un certain nombres de raisons, Israël est incapable de remporter une victoire militaire décisive sur le Hamas ou sur le Hezbollah. C’est la raison pour laquelle, aussi longtemps qu’Israël ne recherchera pas sérieusement le chemin de la paix, le camp modéré s’en trouvera affaibli. Et l’Iran verra sa position se renforcer chaque fois qu’Israël choisira l’option militaire.

Cette fois-ci, beaucoup commencent à envisager un échec d’Israël à Gaza.
Et à s’inquiéter des conséquences sur le statut de l’Iran dans la région.

Riad Kahwaji(traduit de l’anglais)

Source : Reaserch Services Group
Lebanon – Beirut

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