Recadrage

L’Adric ou le maternalisme institutionnel blanc

Les Blédardes ont vu

Un séminaire organisé par l’Agence de Développement des Relations Interculturelles pour la Citoyenneté (ADRIC) s’est tenu jeudi 1ier octobre à l’hôtel de ville de Paris. Son objet: « face aux violences et aux discriminations: accompagner les femmes issues des immigrations ».

Les Blédardes du Mouvement des Indigènes de la République y étaient.

Dans son ensemble, le séminaire exhortait à considérer la situation de discrimination des femmes issues des immigrations. Pour ce faire, il est important, nous dit-on, de se distancer de l’identité de ces femmes aisément stigmatisables. Une lecture culturaliste et néo-coloniale de la situation empêcherait d’intervenir efficacement auprès des femmes immigrées déjà victimes de nombreuses inégalités par ailleurs. L’objectif du séminaire était de dispenser aux intervenants sociaux présents ce jour-là (pour la plupart des femmes du service public, du milieu associatif etc.) une nouvelle méthodologie d’approche, à savoir, penser la situation de discrimination au-delà des représentations et stéréotypes gravitant autour de la femme indigène dans la société française.

Jusqu’ici, acceptable.

MAIS, celles dont il est question étaient absentes. Les présentes étaient presque toutes des femmes blanches, européennes et socialement privilégiées. La seule indigène qui a eu droit à la parole était d’origine iranienne. Sans doute une héroïne, rescapée du «régime des Mollahs»…

Quand est venu le moment de donner la parole à l’auditoire, ce fut un festival pompeux de clichés racialistes dont font souvent l’objet les femmes indigènes et plus particulièrement les musulmanes voilées et les Africaines. A de rares exceptions, toutes les interventions ont concerné l’islam et le fameux foulard islamique.

Florilège:
Jacqueline Costa-Lascoux, politologue et chercheuse au CNRS, nous gratifie en guise de conclusion de son intervention, d’une croustillante anecdote: l’histoire d’une femme, Yamina, rencontrée sur son terrain de recherche. Celle-ci a eu la gentillesse d’inviter Jacqueline à rompre le jeûne, chez elle, autour, évidemment, d’un couscous. Yamina aurait demandé à Jacqueline de venir… voilée. Condition requise, comme chacun sait, pour partager une table islamique! Jacqueline qui aime tant Yamina, accepte généreusement de se voiler. Quelque temps après, Yamina, la mort dans l’âme, annonce à Jacqueline, qu’elle ne pourra la recevoir. En dépit du sacrifice consenti par la politologue, le « mari ne veut pas d’une blanche à la maison ». Emotion. Applaudissements. Le tableau est limpide. Les victimes du racisme sont elles-mêmes d’horribles racistes.

C’est dans cet environnement paternaliste et hostile qu’une femme indigène de l’assistance s’est levée pour signifier que le port du voile, pouvait à bien des égards, constituer un choix volontaire de certaines femmes. Madame Costa-Lascoux l’interrompt aussitôt: « Quand on ouvre la porte à Tariq Ramadan et aux Frères Musulmans, on ferme la porte à Taslima Nasreen! ». Où est le rapport ?

Le séminaire s’est achevé par l’intervention de l’Iranienne Chahla Beski, directrice de l’ADRIC, sur les « intégrismes religieux ». Si elle a parlé d’un retour du religieux au sein des trois religions monothéistes, il était clair que c’est l’islam qui lui posait problème: railleries du choix de la virginité et des jeunes filles voilées quand elles se permettent d’être coquettes. A cette allusion, les femmes bien apprêtées de l’assistance ont souri, même les blondes peroxydées.

Femmes blanches de l’ADRIC et celles qui leur courent après, écoutez-vous! Vous faites, précisément l’opposé de ce que vous recommandez. Une grande part, sinon la majorité des réponses formulées aux interrogations et remarques de l’assistance révèle une grande propension à culturaliser la question des femmes migrantes. Le titre du colloque – « face aux violences et aux discriminations: accompagner les femmes issues des immigrations »- est très révélateur. Les violences ne concernent-elles que les femmes issues des immigrations? De quelles violences parle-t-on? Celles qui émanent de leur communauté d’origine ou celles bien plus pernicieuses de l’Etat et de ses institutions? Enfin, que signifie « accompagner » dans la mesure où les femmes concernées sont exclues du processus?

Mesdames, nous ne sommes pas des cruches. Et de nous à vous, votre projet assimilationniste est voué à l’échec. Sur le terrain, vous serez confrontées aux résistances de celles que vous avez méprisées en leur confisquant la parole.

Les Blédardes ont lu

Le rapport de l’ADRIC: Face aux violences et aux discriminations: accompagner les femmes issues de l’immigration. Un outil pour analyser et agir.

Le guide en question, d’environ 150 pages, distribué lors de la conférence a été financé par de nombreux organismes publics: la Mairie de Paris, la Région Ile-de-France, la Région Centre, etc.

Comme le titre l’indique clairement, il s’agit d’accompagner les femmes issues des immigrations. De ce statut – l’origine étrangère – découle nécessairement un statut (non problématisé) de victimes. La démarche est clairement paternaliste. On donne la main à ces femmes pour les aider à traverser la route comme il se doit – c’est-à-dire au feu vert de l’intégration. Double mission de ce guide, donc: d’une part, “aider” les femmes issues des immigrations; d’autre part, assurer aux services publics les moyens de les “gérer”.

Rédigé par Chahla Beski-Chafik, en collaboration avec Clara Domingues, il comprend aussi les contributions d’autres actrices dans un espace où les associations de femmes musulmanes sont singulièrement exclues, alors même que beaucoup des femmes issues des migrations sont aussi – qu’on le veuille ou non – des Musulmanes.

En revanche, les Ni Putes Ni Soumises ont droit de cité (p.12)

Il est aussi surprenant que la notion de classe sociale n’entre pas explicitement en ligne de compte. La discrimination, selon le rapport de l’ADRIC, est triple: “racisme, sexisme, communautarisme” (p.27). Les conditions matérielles de survie de ces femmes ne sont pas vraiment détaillées, ni analysées. Esquissées dans les pages 21 et 22, les auteures préfèrent ne pas tirer les conclusions politiques de leur analyse sociale, et se focalisent sur les seules violences au sein… de la communauté d’origine dont ils faut, au plus vite, extirper ces femmes.

On trouve des pages intéressantes sur la non-mixité (32-33), où celle-ci est décrite à la fois comme détestable et pourtant utile. On remarque un tiraillement chez ces féministes qui savent bien, en vérité, que la non-mixité est de fait un espace libérateur pour les femmes, mais qui doivent en même temps défendre la mixité – profession de foi laïque oblige.

Le chapitre 2 intitulé “Les extrémismes religieux” (p.43) vaut son pesant de préjugés islamophobes – en dépit des précautions d’usage: “il convient de souligner que, si les exemples suivants concernent principalement l’islamisme, mouvement porteur de l’idéologisation de l’islam, il existe aussi des exemples sur l’intégrisme chrétien ou juif.” (p.43) En outre, “l’exacerbation des repères identitaires sexués chez les jeunes” ne concerne en France que les Indigènes.

On trouve enfin dans ce rapport des études de cas (pages 129 et suivantes) et un lexique (p.84 et suivantes). Si l’enjeu de cette pseudo-réflexion est présenté comme une découverte “réciproque” entre les femmes issues des migrations et les autres, on s’aperçoit très vite que “les autres” – celles qui ont précisément rédigé le rapport – sont un point aveugle de la problématique. Jamais elles ne questionnent leur position, comme si les privilèges dont elles jouissaient allaient de soi et n’exigeaient même pas d’être mentionnés.

Les Blédardes du Mir

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