Essentiel

La révolte des Mau Mau et l’indépendance du Kenya

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Contrairement à l’indépendance relativement pacifique d’autres colonies britanniques telles que l’Ouganda ou la Tanzanie, celle du Kenya fut beaucoup plus chaotique. Le Kenya est une colonie de peuplement anglaise où domine l’économie de plantation. Les propriétaires blancs monopolisent les terres (notamment les terres fertiles des hauts plateaux) dont ont été expropriés les populations indigènes, d’anciens pasteurs, contraints de se louer comme ouvriers agricoles aux nouveaux détenteurs du sol.

Ce problème de propriété foncière irrite profondément les populations colonisées, notamment de nombreux kikuyus (populations de langue bantoue majoritaire) qui revendiquaient des terres fertiles. A la tête de la lutte nationaliste se trouvait Jomo Kenyatta, personnage à la forte personnalité. En 1947, il devient le dirigeant de l’Union africaine du Kenya, dont le slogan “un homme, un vote” entend remettre en cause les profondes inégalités liées à la colonisation. L’administration coloniale ne pouvait accéder à cette demande. Elle se contenta alors de timides réformes, nommant par exemple six Africains au Conseil législatif, qui comprenait 54 membres.

Au sein du KAU, une minorité (composée surtout de Kikuyus) opte pour une action plus radicale. Le mouvement Mau-Mau était une société secrète traditionnelle, dont les membres faisaient serment de lutter pour la libération de leur terre et s’attaquaient aux Kenyans «loyalistes», employés de l’Etat, enseignants… D’une manière générale, les Mau-Mau entendent expulser les colons européens par les armes. Les membres du mouvement restent soudés grâce à la prestation d’un serment très mobilisateur. Au cours de réunions secrètes tenues au fond des forêts, les Mau-Mau mirent au point des techniques de guérillas efficaces. Les camps de guerre des Mau-Mau étaient établis dans les forêts denses des zones montagneuses et bénéficiaient du soutien des villages rebelles environnants. En 1952, face aux activités menaçantes des Mau-Mau, les autorités proclamèrent l’état d’urgence, qui devait se prolonger durant huit ans. Perçu comme l’instigateur de la révolte, Jomo Kenyatta est condamné à sept ans de prison. Pourtant, ce dernier dénonce les violences perpétrées par les Mau-Mau.

Le régime colonial utilisa toute une gamme de technique pour vaincre les opposants: envoi de troupes britanniques; utilisation de blindés et de l’artillerie, bombardement des camps ennemis, utilisation de Mau-Mau “retournés”, traque de l’ennemi grâce à des unités spéciales, déplacement des populations villageoises suspectées d’aider les Mau-Mau afin d’isoler ces derniers. De nombreux kikuyus contestaient le bien fondé de la stratégie des Mau-Mau et assistèrent donc le gouvernment colonial dans la traque de ces derniers, ce qui donna lieu à des règlements de compte sanglants (massacre de Lari).

L’insurrection s’affaiblira avant de prendre fin en 1956 et les Mau-Mau plieront face à la dureté de la répression. Cela dit, la fin de l’état d’urgence n’est levé qu’en 1960. Dans le même temps, les Britanniques doivent lâcher du lest. Ils octroient quelques ouvertures sur le plan économique et démocratique afin de répondre en partie aux revendications de la majorité noire.

Les colons blancs doivent par exemple accepter le droit de propriété des Africains de toutes ethnies sur les hautes terres en 1959. Les Britanniques autorisent progressivement la formation de partis politiques. Aussi, lors des élections législatives de 1961, la KANU (Union nationale africaine du Kenya) s’affirme. Libéré en 1960, Kenyatta s’impose comme l’incarnation du combat national, ce qui lui permet de conduire les négociations avec Londres. Aux élections de 1963, la KANU remporte les deux tiers des suffrages. Kenyatta devient alors premier ministre. L’indépendance est proclamée en décembre 1963.

Cette guerre de libération violente et houleuse permet de nuancer l’idée répandue selon laquelle les décolonisations britanniques se seraient déroulées pacifiquement, après une large concertation avec les populations colonisées.

SOURCE : Bricabraque

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