Mieux nous comprendre 1

La reconnaissance des « Communautés culturelles » au sein du PIR

Le document qui suit fait partie d’une série de textes en préparation destinés à présenter d’une manière claire et accessible certaines prises de position adoptées à notre Congrès constitutif. Formulées souvent de manière synthétique, celles-ci nous ont semblé en effet parfois peu accessibles notamment pour des sympathisants peu expérimentés.

Le PIR est un parti d’individus et de communautés. Qu’est-ce que cela signifie ? Nous allons essayer, ci-dessous, d’expliquer la signification de ce choix et de montrer comment nous envisageons de le mettre concrètement en pratique.

I) Comment s’organisent les partis

Il n’y a pas de parti standard ou universel. La forme d’un parti – comment il s’organise, comment il fonctionne, comment sont conçues les relations entre ses militants, le rôle et les pouvoirs de sa direction, etc. – n’est pas neutre. Le modèle d’organisation d’un parti n’est pas seulement déterminé par des considérations techniques ou d’efficacité. Celles-ci sont importantes bien sûr mais d’autres choses entrent également en ligne de compte.

Ainsi, chaque parti est :

1°) le reflet d’une histoire, d’une culture et d’un système politique,

2°) le reflet de la façon dont ce parti se positionne par rapport à cette histoire, cette culture, ce système politique,

3°) le reflet de sa stratégie politique.

Aujourd’hui, on peut avoir l’impression que tous les partis s’organisent de la même manière, en France et dans les autres pays du monde. C’est en partie vrai parce que, sous l’effet notamment de la colonisation, une histoire, une culture et un système politique uniques se sont progressivement imposés à l’échelle de toute la planète. Mais, si on regarde de plus près, on verra de nombreuses différences.

II) Les partis en France

En France, la manière dont s’organisent les partis est largement le produit de l’histoire politique française. En voici certains traits essentiels, exprimés très schématiquement et sans tenir compte de certains assouplissements intervenus depuis quelques décennies :

1°) Avant même la Révolution française, le système politique français s’est constitué autour d’un pouvoir – l’Etat – tout puissant et très centralisé. Le centre, situé à Paris, décide de presque tout. Au sommet du pouvoir, il y a le Roi. La Révolution française a consolidé ce système : la République a remplacé le Roi par l’Assemblée nationale puis par le Président de la république qui a énormément de pouvoirs.

2°) Le système politique français s’est constitué comme système national. C’est-à-dire qu’il a considéré que la République représentait une seule nation – « une et indivisible »-, un seul peuple, une seule culture, une seule langue. C’est pourquoi toutes les autres nations qui existaient au sein de l’Hexagone, toutes les autres cultures, toutes les autres langues, ont été écrasées.

3°) Le système politique français s’est constitué comme système colonial. C’est pourquoi les peuples colonisés ont été exclus de la citoyenneté, que leurs histoires et leurs cultures ont été niées, et qu’aujourd’hui les descendants de colonisés qui vivent en France ne sont pas représentés dans le système politique ; leurs cultures et leurs histoires sont toujours niées.

4°) Le système politique français – ce qu’on appelle le modèle français de la République – s’est constitué aussi sur la base de l’individualisme. Seul l’individu est reconnu par l’Etat. Ce modèle a permis de défendre les libertés individuelles mais, en contrepartie, il a servi aussi à supprimer les droits culturels collectifs, ceux des peuples minoritaires et ceux des communautés.

En France, la plupart des partis qui agissent à l’échelle nationale se sont organisés sur ce modèle :

1°) ils sont très centralisés, c’est-à-dire que le pouvoir est entre les mains de quelques chefs qui sont à Paris, le président du parti ou le secrétaire général a encore plus de pouvoir que les autres chefs,

2°) en leur sein, les sections ou cellules ou comités de base sont composés d’individus qui sont supposés être tous identiques quels que soient leurs situations sociales, leurs histoires, leurs cultures. Il n’existe pas structures représentants les militants en fonction de leurs histoires et cultures particulières.

3) les militants originaires des anciennes colonies y sont marginalisés, très peu représentés dans les instances de direction, utilisés comme des Noirs ou des Arabes « de service ».

La plupart des partis actuellement existant disent vouloir changer le système politique mais, en définitive, ils fonctionnent exactement comme lui.

III) Le PIR innove

Dans la mesure où notre parti se constitue dans le cadre français, il ne peut évidemment échapper complètement à l’histoire politique et culturelle de celui-ci. La manière de nous organiser ne peut donc que refléter en partie la manière dont est organisé le système politique français. Mais, à la différence des autres partis, nos modalités d’organisation sont également conçues pour favoriser la réalisation des objectifs fondamentaux qui sont les nôtres.

Dans les « Principes politiques généraux », adoptés par notre premier Congrès, le Congrès Malcolm X, il est précisé en effet que « la libération des peuples et l’abolition des hiérarchies raciales sont la condition première du libre épanouissement et de l’enrichissement réciproque des individus, des communautés et des peuples. » De ce point de vue, « le PIR est un parti politique qui s’inscrit dans le mouvement historique des luttes pour l’accomplissement de la Dignité, de l’épanouissement culturel, moral et spirituel de l’ensemble des êtres humains, de la fraternité universelle et de l’égalité entre les individus, entre les communautés et entre les peuples. » Dans les frontières de l’Hexagone, le PIR agit pour l’établissement « d’un nouveau Pacte fondateur de la Communauté politique ». Autrement dit, il agit pour l’instauration d’un nouveau système politique basé notamment sur « l’égalité effective entre les citoyens, dans l’égale dignité de leurs couleurs, de leurs origines, de leurs cultures et de leurs croyances », « la liberté des communautés particulières de préserver et de faire valoir leurs langues, leurs cultures et leurs spiritualités », « la reconnaissance par l’Etat de ces différentes langues, cultures et spiritualités comme autant de besoins sociaux et comme des composantes à part entière de la communauté politique et culturelle et des institutions qui la constituent. »

Cet horizon doit se traduire dans le mode d’organisation du PIR. C’est pourquoi, est-il ajouté dans les « Principes politiques généraux », « le PIR a pour objectif de constituer un espace politique organisé et autonome de l’ensemble des communautés et des individus résidant au sein de l’Hexagone, indépendamment de leurs nationalités officielles, qui subissent le racisme et les discriminations raciales ou qui subissent, dans les quartiers populaires, les conséquences de ces politiques. » Et que le PIR est, d’une part, « un parti composé d’individus unis par de mêmes objectifs politiques fondamentaux, indépendamment de leurs origines, de leurs croyances religieuses, de l’inspiration spirituelle qui est la leur, de leurs coutumes, ou de leurs options philosophiques. » D’autre part, il reconnaît en son sein « l’existence de communautés indigènes organisées. Dans le cadre des objectifs fondamentaux qui sont les siens et des conditions fixées par ses statuts, le PIR intègre dans ses principes d’organisation, ses mécanismes de prise de décision et les modalités de son expression publique, la possibilité pour ses membres de s’organiser en communautés, parallèlement à leur participation aux instances communes à l’ensemble des militants. »

Le PIR est donc à la fois un parti d’individus et un parti de communautés :

1°) Un parti d’individus :

– L’adhésion au parti se fait de manière individuelle sur la base de l’acceptation du programme et des orientations principales et collectives du parti.

– Chaque membre du parti est rattaché à un de ses collectifs locaux, indépendamment de ses origines, de son histoire, de l’identité qu’il revendique.

– En tant qu’individu, chaque militant participe aux activités, aux débats, aux prises de décision et à l’élection des organes dirigeants.

– Ainsi, les membres du parti sont unis par une identité politique commune et agissent ensemble pour la réalisation des objectifs du parti.

Cette forme d’organisation est similaire à celle des autres partis. Mais le PIR est aussi un parti des communautés.

2°) Un parti de communautés :

Avant de préciser ce que cela signifie concrètement, il faut rappeler certaines choses :

– Les populations qui sont traités comme des indigènes en France sont issues de peuples ou de communautés historiques et culturelles très diversifiées. Les rapports de chaque individu avec ses identités d’origine peuvent être très différents mais tous sont marqués par la négation de leurs histoires et de leurs cultures. Or, nous voulons favoriser l’enrichissement et le développement de ces cultures ainsi que leur reconnaissance dans l’espace public.

– Ces histoires et ces cultures différentes peuvent avoir pour conséquence une manière différente de voir le monde, les rapports entre les êtres humains, les formes d’organisation de la société, la politique, etc. Or, nous voulons que l’ensemble de ces cultures puissent participer à égalité à la réalité de notre parti et puisse aussi s’exprimer librement.

– Les histoires de la colonisation et de l’immigration en France ont créé des hiérarchies entre les différentes populations traitées comme des indigènes. Sans oublier qu’il existe aussi des formes similaires au racisme entre certaines communautés indigènes. Or, nous ne devons pas reproduire ces distinctions au sein de notre propre parti, à tous.

– Nous avons tous des objectifs communs, mais nous ne leur donnons pas tous la même importance en fonction de nos histoires particulières. Certaines communautés issues de la colonisation ou de l’immigration ont en outre des revendications ou des aspirations très spécifiques qui doivent pouvoir être prises en charge par le parti, puisqu’il se veut le parti de tous les indigènes.

– Enfin, il y a des inégalités numériques entre les différentes communautés. Les indigènes d’origine maghrébine, par exemple, sont plus nombreux que les Antillais. Pour que leurs préoccupations particulières ne passent pas avant celles Antillais mais que toutes soient prises en compte de la même manière par le parti, il faut que le mode de fonctionnement du parti rétablisse l’équilibre.

Pour tenter de répondre à tous ces impératifs qui sont aussi, soulignons-le encore, les impératifs de toute société pluriculturelle réellement égalitaire, le PIR permet à tous ses militants qui appartiennent ou se reconnaissent dans des minorités historiques et culturelles, infériorisées dans le cadre du processus colonial, de s’organiser en son sein sous la forme de ce que nous appelons « Communauté culturelle ».

Ainsi, sans rentrer dans le détail qui figure dans nos statuts :

1°) En plus de ses activités au sein des structures communes à tous, tout militant peut appartenir, s’il le souhaite, à une ou à plusieurs Communautés culturelles.

2°) Pour être constituée une Communauté culturelle doit émaner d’un ensemble de militants qui en feraient la demande au Congrès annuel du PIR.

3°) Chaque Communauté culturelle est libre de s’organiser comme elle l’entend, à l’échelon local ou national.

4°) Chaque Communauté culturelle organisée à l’échelle nationale peut déléguer des représentants qui participeront aux travaux de la direction nationale du parti.

5°) Les Communautés culturelles peuvent, si elles le souhaitent et dans le respect du programme et des orientations du parti, s’exprimer publiquement.

Deux exemples :

– Il y a en France de très nombreux antillais. Il y a certes des réalités antillaises très diverses mais l’histoire de la déportation des Africains, leur réduction en esclavage, les cultures qu’ils ont développé aux Antilles, leurs rapports à la France, justifieraient qu’ils s’organisent en Communauté antillaise au sein du PIR. Tout en participant à l’identité collective du parti et à son action politique, ils pourraient ainsi réfléchir ensemble et exprimer leurs spécificités publiquement. A égalité avec les autres communautés, ils participeraient à la direction du parti et à ses choix.

– Très nombreux sont également, les militants issus de l’immigration coloniale qui revendiquent une identité musulmane. Cette identité doit-elle être niée par le parti comme le fait la République ? Certainement pas ! Les musulmans qui le souhaitent pourront s’organiser en Communauté musulmane au sein du PIR pour penser et exprimer la politique de libération, à travers l’islam tel qu’ils le comprennent. Comme les autres Communautés organisées, la Communauté musulmane sera ainsi, et en tant que telle, partie prenante de la direction du parti.

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