La danse du ventre de l’oncle Sam dans les banlieues françaises

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Récemment, la presse s’est fait l’écho de l’entreprise de séduction menée par l’ambassade des Etats-Unis en France à l’égard des populations afro-antillaises et/ou musulmanes dans les banlieues parisiennes. La France n’est pas le seul pays où l’Etat impérial nord-américain déploie ce type de stratégies envers les minorités discriminées. Stratégie qui a plusieurs objectifs :

1) Objectif politique à long terme : identifier les futurs leaders des pays où les Etats-Unis ont des intérêts stratégiques. Depuis de nombreuses années, les Etats-Unis ont mis en place une politique « d’amitié » et de « séduction » vis-à-vis de leaders potentiels au travers d’un programme du Département d’Etat administré depuis les ambassades. Sous couvert d’échanges culturels, des personnalités indigènes sont invitées à visiter les Etats-Unis lors de voyages de propagande. Nicolas Sarkozy, qui a participé à l’une de ces expéditions quand il était un jeune politicien prometteur, constitue un bon exemple du succès de cette initiative, et, sous sa présidence, les résultats ne sauraient être plus explicites : alignement sur la politique nord-américaine dans des domaines qui vont de la politique internationale, avec le soutien du sionisme en Palestine ainsi que des intérêts militaires et sécuritaires nord-américains en Asie et au Moyen-Orient, à l’alignement sur les intérêts économiques et financiers dans la crise financière actuelle. En ce qui concerne les banlieues françaises, les États-Unis savent que pour des raisons politiques et démographiques, la France pourrait bien un jour avoir son Obama. Le Département d’Etat cherche par conséquent à séduire les dirigeants noirs et arabes en leur vendant l’idée fausse d’une Amérique paradis des minorités raciales.

2) Objectif à moyen terme : diviser les groupes racialisés des pays étrangers entre ceux qui sympathisent avec les Etats-Unis et les autres. En cas de crise, ces leaders potentiels constitueront une cinquième colonne à l’intérieur des mouvements antiracistes. Si éclate une émeute, les Etats-Unis pourront compter sur leurs collabos pour influencer les conflits conformément à leurs intérêts. Et ainsi disposer d’une arme de négociation fondamentale face aux élites politiques françaises.

3) Objectif à court terme
: les agences nord-américaines de renseignement ont besoin de recruter des Arabes et des Noirs européens afin d’infiltrer les groupes politiques radicaux et les réseaux islamistes en Europe. Le monolinguisme des Américains constitue, en effet, un handicap. Le recrutement de personnes de couleur en France est une question stratégique, car, en raison de la forte présence de Français d’origine maghrébine et africaine, il existe des populations qui non seulement parlent le français, mais aussi l’arabe (ou tout au moins le comprennent). Dans cette affaire, l’approbation et la complicité des services français de renseignement et en particulier de l’administration Sarkozy ne fait pas le moindre doute. Comment les Etats-Unis pourraient-ils venir recruter des Arabes et des Noirs dans les banlieues parisiennes avec un discours critique sans créer un conflit diplomatique ? Pour montrer de quel côté se trouve l’hégémonie, qu’on imagine seulement l’Etat français utilisant son ambassade à Washington pour aller dans les ghettos parler de la discrimination raciale aux Etats-Unis et pour vendre la France comme paradis pour les minorités ! Non seulement cela serait impossible sans le consentement de l’empire, mais cela ne se produit tout simplement pas. Quels accords les deux pays ont-ils conclus pour que les Etats-Unis puissent se permettre de se livrer à ce genre de prosélytisme en France ? Pourquoi les défenseurs du sionisme et de l’impérialisme tels qu’Alain Finkelkraut, Bernard Henri-Levy y André Glucksman, qui pensent que le problème principal en France est le racisme anti-blanc produit dans les banlieues et que l’islamophobie et le racisme anti-arabe/anti-noir ne sont pas un problème social, ont-ils gardé le silence face à cette intervention des Etats-Unis dans les banlieues françaises ?

Quant aux Noirs et Arabes qui collaborent avec l’empire, reste à savoir s’ils le font par ignorance ou en pleine conscience de leurs actes. Certes, les discriminations raciales constituent un terreau fertile pour les recruteurs des agences d’intelligence nord-américaines. Le désespoir politique et économique produits par la frustration et le désenchantement que vivent quotidiennement les « issus de » en France facilitent sans doute l’émergence d’individus prêts à vendre leur âme au diable. Mais faire les mercenaires pour l’empire américain est injustifiable quelles que soient leur condition en France. Espérons qu’ils auront la décence de ne pas venir manifester contre le prochain bombardement de Gaza, Beyrouth ou Téhéran.

Frantz Quintín Shariati Giap, 13 juillet 2010

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