Communiqué

La CGT expulse les sans-papiers

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Depuis 14 mois, nous avons trouvé refuge dans la maison des Travailleurs, l’annexe Varlin de la Bourse du Travail, pour organiser notre lutte en vue de la régularisation des travailleurs sans papiers.

Hier matin, mercredi 24 juin à 11 heures 30, alors qu’une grande partie des membres des collectifs étaient en manifestation, comme tous les mercredis et vendredis, une centaine de gros bras de la CGT, armés de gaz lacrymogènes et de planches de bois, ont tenté d’évacuer les membres de la coordination restants, hommes, femmes et enfants.

Nous nous sommes réfugiés dans la salle de conférence.

Les voisins alertés par les bruits de la bagarre ont appelé la police ; c’est entourés de CRS et de gendarmes que nous sommes sortis de la Bourse avec nos affaires.
Nous avons vécu plusieurs heures, jusqu’à minuit, entourés d’un cordon de police menaçant, interdisant le passage d’eau et de nourriture.

Depuis hier après-midi, environ 600 travailleurs sans papiers campent sur le trottoir devant la Bourse du travail.

Jusqu’alors aucun lieu alternatif n’a été trouvé.

– Nous dénonçons vigoureusement l’intrusion féroce du service d’ordre de la CGT, qui a entraîné l’hospitalisation de 4 personnes, dont des femmes et des enfants (2 personnes sont encore actuellement à l’hôpital) et l’arrestation de 8 membres du collectif relâchés en fin de soirée.

Que les associations et syndicats qui conditionnaient leur soutien à notre sortie de ces lieux tiennent parole maintenant que nous sommes dehors et nous rejoignent pour trouver collectivement une solution à cette situation inacceptable.

L’heure de vérité a sonné : chacun, organisation, parti, syndicat, individu, sera jugé sur ce qu’il dit, et surtout sur ce qu’il FAIT.
CSP75, le 25/06/2009


«Ils sont rentrés et ont balancé les lacrymo»


Matelas sous le bras, sacs et couvertures à la main, ils sont sortis un à un, sous le regard des CRS. Sur le trottoir, bordé par des dizaines de fourgons de police et de cars de CRS, des femmes pleurent, en état de choc.

Après 14 mois passés à vivre jour et nuit dans les locaux de la Bourse du travail à Paris, les occupants de ce grand bâtiment situé à deux pas de la place de la République se sont retrouvés à la rue ce midi, évacués de force.

Africains en situation irrégulière, ils étaient autour de 400 à 500 à y vivre en permanence et près de 1200 à y venir par intermittence. Qui a mené l’évacuation ? La situation était d’abord confuse, cet après-midi. Tandis que nombre de témoins accusaient la police, les sans-papiers évacués désignaient la CGT, qui aurait envoyé son service d’ordre faire le sale boulot.

Scénario que le syndicat a fini par reconnaître quelques heures plus tard: «Après avoir essayé en vain de négocier pendant des mois, nous avons décidé de mettre un terme à une occupation qui était devenue un squatt (…) et ce sans faire appel aux forces de l’ordre», justifie Patrick Picard, secrétaire général de l’Union départementale de Paris.

Pourquoi un syndicat qui monte régulièrement au créneau sur la question des travailleurs sans-papiers a-t-il délogé… des travailleurs sans-papiers ? La CGT, qui dispose du bâtiment, en co-gestion avec la CFDT, FO, la CFE-CGC, l’Unsa et Solidaires, voulait d’abord récupérer son lieu de travail. Ensuite, le syndicat entretient depuis le début des relations tendues avec ces sans-papiers, pour la plupart travailleurs isolés, employés dans le nettoyage ou la sécurité, qui se sont rassemblés dans un collectif autonome, la CSP 75 (coordination des sans-papiers), sans jamais vouloir se rapprocher de la CGT pour les demandes de régularisation.

«Bonbonnes de lacrymo»

Après plusieurs semaines de menaces, la CGT a donc envoyé ce matin «quelques dizaines de militants», qui n’ont pas fait les choses à moitié. Les témoins – occupants, passants ou commerçants – décrivent tous la même scène, très brutale: vers 12h30, alors que le gros des occupants était, comme chaque mercredi, parti manifester place du Châtelet pour réclamer des régularisations, une trentaine de gros bras «au crâne rasé», brassard orange au bras, ont débarqué armés de «bâtons» et de «bonbonnes de lacrymo», le visage protégé par des masques et des «lunettes de piscine».

«Ils ont remonté la rue en rang, arrivés à la porte de la Bourse du travail ils ont crié « On y va! on y va! », ils sont rentrés dans le bâtiment et ont balancé les lacrymo», raconte Nicolas qui remontait la rue à ce moment là et a appelé la police, comme d’autres. Une jeune fille, Nadia, dit aussi avoir vu «une vraie milice. Leurs bâtons, c’étaient des planches». D’autres parlent de «commando», de «chaises qui volaient», montrent les vitres cassées.

Sous le choc, Konté, un occupant qui ce matin n’était pas parti à la manifestation, justement pour garder le bâtiment, raconte: «Ils savaient qu’on est peu nombreux le mercredi. On était dans la cour quand ils sont arrivés, ils nous ont lancé tellement de gaz qu’on a dû sortir, on n’a pas eu le choix.» La police est arrivée «dix minutes plus tard» mais sans rentrer dans le bâtiment, faute, explique-t-on, de réquisition du propriétaire, en l’occurrence la mairie de Paris. Les policiers seront rejoints par les CRS, tandis que les pompiers évacuent plusieurs blessés légers.

«Milice»

Sur le boulevard, les passant s’échauffent: «ratonnade», «nettoyage», «Sarkozy assassin»… Certains jurent reconnaître parmi les policiers en civil présents les mêmes qui ont forcé le bâtiment une demi-heure plus tôt. Deux jeunes filles affirment que des policiers en civil étaient déjà là quand la «milice» a débarqué et se parlaient entre eux avec leur talkie. Bientôt la rumeur court: ce serait la police qui aurait mené une opération coup de poing pour pouvoir ensuite faire évacuer le lieux.

Dans les rangs de la police, on ne nie pas avoir eu des hommes présents «comme chaque mercredi, pour encadrer la manifestation» mais on se défend d’avoir participé à l’évacuation, menée «par le service d’ordre de la CGT et uniquement par lui».

En fin d’après-midi, les sans-papiers achevaient d’amasser leurs affaires sur le trottoir, sans savoir où ils allaient passer la nuit. Impossible pour l’heure de réoccuper le bâtiment, toujours bloqué par la police.

Cordélia Bonal

Source : http://www.liberation.fr/societe/06011055-descente-cgt-sans-papiers

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