Hommage au martyr palestinien Hashem Azzeh d’al-Khalil (Hébron)

hashem

« Ils veulent m’expulser de mes terres, mais je n’abandonnerai jamais, nous continuons à lutter jusqu’à notre libération »[1]

C’est avec choc et émotion que nous avons appris l’assassinat de notre ami et frère Hashem Azzeh, activiste palestinien de la ville d’Al Khalil (Hébron), par l’armée coloniale israélienne.

Hashem Azzeh était un ennemi déclaré d’Israël. Depuis l’arrivée des colons dans la vieille ville d’al-Khalil en 1976, il était devenu un ennemi d’abord car il refusa jusqu’à son dernier souffle de quitter sa terre et sa maison, malgré toutes les menaces et violences que lui faisait subir l’armée sioniste à lui et à sa famille. Il était un ennemi aussi parce qu’il recevait tous les ans des dizaines de délégations d’activistes internationaux : il les recevait chez lui, les hébergeait, montait des projets socio-culturels avec eux, et surtout leur faisait faire le tour de la ville, leur révélait toutes les stratégies coloniales qu’utilise Israël pour expulser les habitants, pour continuer l’interminable Nakba, le nettoyage ethnique de la Palestine. Hashem permettait que des centaines de militants de par le monde voient de leurs yeux la réalité coloniale d’Israël. Enfin, il était un ennemi de l’occupation par sa grande détermination et ténacité à organiser les habitants de son quartier, à créer et maintenir du lien entre eux, de sorte que chacun puisse trouver la force de résister aux colons et à l’armée, aux chantages, aux braquages des maisons et aux agressions multiples. Hashem était devenu en quelque sorte le porte-parole de son quartier, une figure de la résistance à al-Khalil.

C’est pendant les affrontements violents qui se déroulaient hier, le mercredi 21 octobre, à Al Khalil en Cisjordanie, que Hashem est décédé suite à l’inhalation toxique des gaz jetés par les forces de l’armée d’occupation israélienne. C’est donc au cours de cette 3ème Intifada que Hashem est décédé en martyr, shahid.

Pour ma part, j’ai eu l’honneur de le rencontrer en 2010 au cours de la mission « Tous témoins, tous acteurs » de l’association Génération Palestine. 80 jeunes Français et Belges s’engageaient dans un voyage de solidarité en Palestine. J’étais basée à Jérusalem pendant la plus grande partie de ce projet, mais j’ai pu me rendre une journée à al-Khalil à la rencontre de Hashem, un homme dont le sourire, la joie de vivre et la détermination reste ce qu’il a de plus mémorable.

Hashem nous avait raconté un bout de son histoire, et son histoire n’est autre que celle de la ville. Rendre hommage c’est aussi témoigner, alors voici. Al-Khalil a été divisée en deux par l’État sioniste. La partie H1 est sous le « contrôle » de l’Autorité palestinienne et la partie H2 sous occupation militaire israélienne. Il résidait dans la partie occupée, près de la colonie Tel Rumeida, entourés de colons particulièrement brutaux et fanatiques. D’ailleurs la maison mitoyenne à la sienne, située à deux mètres de chez lui, est habitée par un des fondateurs de la LDJ, organisation violente et raciste sévissant aussi en France et dont le but affiché est celui de chasser les Arabes. Les commerces de la rue Shuhada Street dans la vieille ville ont été fermés par l’armée en 1994 et les entrées recouvertes de portes en acier de sorte que les Palestiniens ne puissent ré-ouvrir leurs magasins. Les écoles ont été confisquées et utilisées à d’autres usages par les colons. Aucun service de santé n’est accessible aux Palestiniens de la partie H2 d’Al Khalil avant qu’ils n’aient traversé les check-points pour se rendre dans la partie « arabe » de la ville. De l’année 2000 à 2005, les habitants palestiniens de la ville étaient soumis à un couvre-feu de 6 heures du soir à 6 heures du matin où personne n’avait la possibilité de sortir de leur maison.

Toutes ces mesures ont un seul objectif : que les Palestiniens quittent leur maison et leur terre, faire parsemer et grandir les colonies, et aller plus en avant dans le projet sioniste du rapt de la Palestine.

Régulièrement, l’armée débarque dans les maisons, les dévalisent, les mettent sens dessus dessous, harcèle les habitants, taguent les murs d’inscriptions racistes avant de quitter les lieux. Les colons, protégés par l’armée, agressent les Palestiniens au quotidien. Nisreen, l’épouse de Hashem, a été violemment battue par des colons à deux reprises, à chaque fois elle était enceinte de façon apparente et les deux fois elle a perdu ses enfants. Dans la logique des colons, les Arabes ne doivent pas se reproduire, ils sont dans une guerre de nettoyage ethnique, et la présence de chaque Palestinien est un problème.

Hashem a passé chaque minute de son existence à lutter pour sa patrie, la Palestine. Il l’a portée, parlée, transmise. Il l’aimait et lui a donné sa vie. Aux militants de Génération Palestine, il avait ouvert la porte de sa maison, et celle de son âme.

C’est sur sa Terre et pour sa Terre qu’il a rendu son dernier souffle.

 

Gloire à Toi bien-aimé martyr !

Gloire à Ta résistance, elle illumine et transcende !

Tu as été Beauté, Amour et Force. C’est à jamais que nous te sommes reconnaissants.

 

Qu’Allah t’accueille dans son vaste Paradis, et qu’il accorde patience et courage à ta famille dans cette dure épreuve.

 

Aya Ramadan, membre du PIR

 

[1] Interview with Hashem Azzeh: “They want me to move but I will never give up, we are still fighting until we get our freedom”

 

Pour soutenir la famille Hashem  : https://www.gofundme.com/8c6vj6s4

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