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H1N1, Premières Nations et inconscient colonial

arton729

L’aut’Journal, mensuel québécois, indépendantiste et progressiste, offre, sous la plume de Pierre Dubuc, un compte-rendu d’une conférence organisée à Montréal sur la grippe H1N1, la question du vaccin et de la couverture médiatique.

Saluons l’initiative du CRM, Centre de Recherche sur la Mondialisation et la couverture de l’aut’Journal.

La lecture de l’article de monsieur Dubuc ne peut que faire réagir toute personne sensible à l’histoire coloniale, à la persistance dans le bloc occidental, à gauche comme à droite, des réflexes coloniaux, des préjugés suprémacistes, paternalistes bref de toute une culture et plus encore d’un filtre invisible mais omniprésent qui transforme la lecture du réel.

Ce n’est pas l’auteur du texte, ni les auteurs de paroles regrettable qui sont en cause, mais ce que révèlent ces propos sur les Premières Nations, sur l’imprégnation du négationnisme colonial dans l’insconscient collectif de France et d’amérique du nord.

Il faudra ainsi rappeller que des dizaines de millions d’autochtones n’ont pas été décimés par l’éclosion accidentelle de maladies transportées malgré eux par des colons bienveillants et ignorants, mais par des politiques conscientes, organisées d’extermination de masse, menée par des planificateurs civils et militaires qui connaissaient depuis des siècles, pour l’avoir déjà expérimenté et pratiqué massivement en Europe et ailleurs, les « bienfaits » de la guerre bactériologique, sur des populations fragilisées par les moyens militaires traditionnels (sièges, destruction des récoltes, sabotages des moyens de subsistance, destruction des infrastructures,déportation, sous-alimentation…)

D’ailleurs cette politique inspirera un certain Adolf H. qui commettra l’erreur de ne pas la réserver aux véritables untermensch (les non-blancs des espaces soumis au pillage et aux génocides coloniaux) mais de l’appliquer à l’Europe même.

Autant les thèses négationnistes pro-nazis sont au banc (avec raison) des institutions académiques occidentales, autant le négationnisme colonial (qu’il concerne les Amériques, les colonies européennes ou la période néocoloniale) y prospère, impuni ou presque, dans les départements d’histoire, anthropologie, économie et bien sûr journalisme. On voit même se multiplier les offensives de « valorisation » des crimes coloniaux du passé, dans un contexte d’intensification des crimes de masse de l’empire occidental du présent.

Ensuite certains propos de Marc Zaffran ont réussi à choquer l’auteur de ces lignes, pourtant blindé par des décennies passées en France, pays qui a formé monsieur Zaffran, pays rongé par une culture coloniale omniprésente, arrogante, dans tout les champs du savoir, de la culture, dans l’ensemble des rapports sociaux.

Ainsi donc en présence d’un vaccin non testé, dont les effets à long-terme sur la santé sont inconnus, dont l’efficacité est douteuse, alors même que marc Zaffran affirme qu’il refusera pour lui-même et sa famille le vaccin, qui devrait recevoir les premières doses de Big Pharma selon ce monsieur ? Les autochtones et les sans-abris !

Bref les untermensch d’un ordre social et colonial barbare sur lequel il faut simplement appliquer des bandages, les corps indigènes devant servir, encore une fois, de cobaye, de déversoir expérimental pour une techno-science militarisée et pour une mauvaise conscience vite soulagée, le temps d’une séance vaccinale dans les réserves et sur les trottoirs.

Sur le rapport aux corps colonisés des indigènes d’Amérique, et particulièrement sur les corps des femmes autochtones on ne peut que recommander la lecture de « Conquest, sexual violence and American Indian Genocide »par Andrea Smith. Plus largement sur les liens techno-science, ordre néocolonial et menace sur la diversité, certains passages de « India Divided » par Vandana Shiva sont éclairants. Enfin sur 500 ans de pratiques génocidaires dans les amériques: « A little matter of genocide. Holocaust and denial in the Americas 1492 to the present » par Ward Churchill.

Après des siècles de violente agression coloniale, de génocide, après des décennies d’acculturation massive, de sous-nutrition et de viols collectifs par les prêtres dans les internats, après des décennies de pauvreté organisée, de dépossession matérielle et politique, il est inconcevable que de tels propos soient tolérés et non confrontés.

Mais le suprémacisme, le racisme sont des réalités structurelles, imprégnées profondément dans ces sociétés malades qu’on appelle « occident ».

Simplement certains réflexes ne sont plus acceptables.

Pierre Dubuc

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