Analyse

Evaluation de la situation en Palestine

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Nous vous proposons ci-dessous la traduction de l’arabe d’un article de Mounir Shafiq examinant les retombées possibles de la guerre israélienne contre Gaza.

Buts de la guerre :

– modifier la situation présente dans la bande de Gaza, en mettant fin au pouvoir de Hamas et remettre Gaza à Mahmoud Abbas et Salam Fayyad.

– Ce but, exprimé de plusieurs manières, l’a été avec précaution, de crainte de ne pouvoir le réaliser par des opérations militaires, et par conséquent, le voir taxé d’échec.

– Ce but est la continuité de celui qui a consisté à renverser l’équation qui s’est formée suite à la victoire législative de Hamas. Il a débuté avec le blocus financier et le boycott du gouvernement, puis avec le rôle sécuritaire joué par la sécurité préventive et l’appareil des renseignements dans la bande de Gaza, aboutissant aux événements du 14 juin 2007, avec pour résultat la liquidation de l’appareil sécuritaire dans la bande de Gaza, dépendant de la présidence, la destitution du gouvernement national sous la direction de Isma’îl Haniyyé, formé sur la base de l’accord de la Mecque. Le plus important est qu’il a conduit au coup d’Etat initié par Mahmoud Abbas, en formant le gouvernement de Salam Fayyad et en empruntant la voie des négociations, en tournant le dos à l’Egypte et à l’Arabie saoudite.
La situation palestinienne fut alors caractérisée par le partage en deux pouvoirs, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, et en deux orientations principales : l’une se dirigeant vers des négociations bilatérales et secrètes, sur la base de la conférence d’Annapolis, où les concessions palestiniennes et les ententes sont demeurées secrètes et le sont jusqu’à présent. Ces négociations furent stoppées lorsqu’elles se sont heurtées à la question du partage de la partie orientale d’al-Quds, rien n’ayant été cédé au mini-Etat palestinien pour en faire sa capitale. Cette question était importante pour Abbas pour lui permettre de couvrir les concessions relatives au droit au retour, à l’échange des terres et au maintien des colonies, aux frontières, à la vallée du Jourdain, à la judaïsation d’al-Quds, au partage de la mosquée al-Aqsa et à la reconnaissance de la judaïté de l’Etat israélien (un Etat pour les Juifs seulement, en vue de supprimer toute présence palestinienne, plus tard).

La seconde orientation, représentée par Hamas, a consisté à poursuivre la résistance et à refuser les négociations (les politiques de Mahmoud Abbas qui ont adopté la Feuille de route et les propositions du Quartet, le gouvernement de Salam Fayyad qui pourchasse les cellules de la résistance (application unilatérale du premier article de la Feuille de route).

Ainsi, le but américano-israélien a consisté à faire tomber le pouvoir de Hamas dans la bande de Gaza en approndissant la division interne et en intensifiant l’hostilité à Hamas, qui est passé ensuite au stade du blocus qui a entraîné l’agression actuelle. Plusieurs tentatives d’incursions militaires, d’assassinats et de bombardements limités l’avaient précédée.

Il faut remarquer :

1 – Entre le 14 juin 2007 (division entre la Cisjordanie et la bande de Gaza), et le premier blocus qui a mené à l’assaut contre le passage de Rafah, les attitudes égyptienne et saoudienne étaient pratiquement plus proches de Hamas et prenaient des distances vis-à-vis des politiques de Mahmoud Abbas. Après cet assaut, elles ont totalement penché aux côtés de Mahmoud Abbas et appuyé ses négociations bilatérales.

2 – un accord de trêve a été conclu entre Hamas et le gouvernement égyptien, accepté par toutes les organisations. Il a été respecté malgré la poursuite et le renforcement du blocus, la poursuite de la politique d’assassinats et d’arrestations en Cisjordanie et ses violations dans la bande de Gaza.

Tout en sachant que le blocus est opposé à la trêve, car il s’agit d’un acte militaire par excellence. Toute guerre commence par un blocus et un étranglement. C’est pourquoi Hamas et les autres organisations de la résistance ne peuvent être blâmés, s’étant accordés unanimement à ne pas la renouveler, ou parce qu’elles ont tiré quelques fusées en vue de briser le blocus (qui signifie une mort lente). Le non-renouvellement de la trêve a été pris pour prétexte contre Hamas, lui faisant porter la responsabilité de l’agression, ce qui constitue une grande injustice et une couverture pour l’agression.

3 – Après la défaite de l’armée sioniste pendant la guerre de juillet 2006, du fait de la résistance islamique sous la direction du Hezbollah au Liban, il avait été décidé de reconstruire cette armée et d’essayer de lui redorer le blason. Les préparatifs pour mener une guerre contre Gaza portent, aux côtés du but politique principal, celui de récupérer le prestige de l’armée, d’envoyer plusieurs messages en persécutant les civils et en essayant de lancer l’assaut contre la bande de Gaza. C’est pourquoi il est injuste de considérer que le non-renouvellement de la trêve ou le tir de fusées ont été la cause d’une agression aussi ample et de ce niveau. Les manières de la conduire et de la soutenir indiquent une longue préparation.

4 – On peut placer l’agression dans le cadre de la politique ayant conduit à l’assassinat de Yasser Arafat, de la tentative d’annuler les résultats des élections législatives et du blocus contre la bande de Gaza. Nous ne pouvons pas ignorer cette dimension, ce qui est confirmé par les attitudes des différentes parties vis-à-vis du blocus contre Arafat jusqu’à présent.

L’agression militaire criminelle

Quiconque examine les actes militaires de l’agression remarque qu’ils ont ciblé essentiellement les civils et entraîné les plus larges destructions des biens et des infrastructures. L’agresseur a largement évité d’affronter les résistants, surtout qu’il l’avait tenté sur plusieurs positions, mais a échoué. Il a considéré que l’assaut est coûteux et son succès non garanti. Le nombre de martyrs et de blessés, les dizaines de témoignages, après le cessez-le-feu, montre que la chute du plus grand nombre de civils et la destruction la plus large ont été les buts, après qu’il ait perdu l’espoir d’une confrontation directe avec la résistance. C’est pourquoi il a utilisé le phosphore et les bombes dym.

Nous pouvons remarquer :

1 – le bombardement aérien des civils visait à les soumettre, les terroriser et les soulever contre Hamas et la résistance. Mais il a été affronté par la fermeté et la non soumission, ce qui a fait échec au but militaire, moral et psychologique. Ce qui peut être considéré comme un exploit de la population de Gaza, de tout le peuple palestinien, des Arabes, des musulmans et tous les êtres libres du monde.

Le bombardement a également visé à stopper le tir des fusées. Mais il a dû affronter le tir permanent de ces derniers, l’élargissement de leur portée et le développement de leur qualité, ce qui a, incontestablement, fait également échec au but militaire.

2 – la fermeté de la résistance et la qualité de ses préparatifs défensifs, la précision de ses contre-attaques, le courage, l’ingéniosité et la discrétion, puis le maintien de ses forces et sa capacité à tenir et à poursuivre, ont annulé l’assaut terrestre, faisant de la présence militaire, après le cessez-le-feu, un danger pour l’agresseur, ce qui a lui a imposé un retrait inconditionnel, tout en sachant que les positions auxquelles il est parvenu ou a occupé étaient des terrains agricoles ou inhabités, soumis à des bombardements permanents, aériens, terrestres et maritimes, pour se protéger.

L’échec militaire terrestre est évident dès le début jusqu’au cessez-le-feu, et ce qui a été dit à propos de la troisième ou quatrième phase visait plutôt à dissimuler l’échec, en faisant croire qu’il est possible de faire plus.

3 – L’agression a été affrontée, à l’extérieur de la bande de Gaza, par des manifestations, des rassemblements et une colère populaire dans tous les pays du monde, non seulement dans les pays arabes ou islamiques. Des manifestations, menées par des millions ou par des centaines de milliers, se sont levées dans le même pays, dans ses villes ou villages, pendant 22 jours et même après le cessez-le-feu, et se poursuit jusqu’à présent.
Cela n’a eu lieu pour aucune révolution, aucun mouvement de libération, ni en faveur des mouvements contre le racisme ou la mondialisation, ni même pour l’expérience palestinienne elle-même. Les drapeaux palestiniens et le symbole de la keffieh palestinienne ont envahi les cinq continents. Hamas, la résistance palestinienne et la question palestinienne sont devenus des symboles mondiaux. Remarquons également que de nombreux mouvements laïques ont balayé leurs réserves concernant le soutien à une résitance qui se réfère à l’Islam.

A partir de là, nous pouvons affirmer, aussi, que l’agresseur a perdu la bataille médiatique et morale et une opinion publique qui est non seulement palestinienne, arabe ou musulmane, mais occidentale, orientale, au nord comme au sud. L’audience de son entité a été détruite et personne ne peut parler aujourd’hui de « l’oasis de la démocratie » ou d’un « Etat aimant la paix », ou « un Etat dont la sécurité est menacé ».

Ces trois facteurs avaient été suffisants pour arrêter l’agression, sans compter l’attitude égypto-saoudienne qui a empêché la tenue du sommet arabe. S’il avait été réuni et qu’une position favorable à la résistance et la population de la bande de Gaza, et hostile à l’agression avait été définie, en agitant la possibilité de prendre des mesures pratiques (les choix sont nombreux), il aurait influé sur la position européenne, russe ou chinoise, et isolé l’entité sioniste et les Etats-Unis. Mais le renvoi de la question au conseil de sécurité, la mettant à la merci des Etats-Unis, et le lancement de l’initiative égyptienne ont annulé toute autre initiative alors qu’elle est inacceptable, et ont eu pour conséquence l’allongement de la durée de la guerre pendant 12 jours supplémentaires.
Le cessez-le-feu unilatéral est dû, en premier lieu et de manière catégorique, aux trois facteurs cités plus haut : la ténacité populaire, la résistance et les manifestations mondiales. Il est probable que le sommet tenu à Doha a précipité le cessez-le-feu, par crainte que cela ne soit repris par le sommet du Koweit, ou constitue une nette compromission des attitudes des gouvernements de l’Egypte, de l’Arabie saoudite, de Ramallah et de l’Europe.

Ainsi, le cessez-le-feu et le retrait inconditionnel des forces sionistes, sont une confirmation de l’échec militaire et politique de l’agression, et représente une victoire de la bande de Gaza, du peuple palestinien et de tous ceux qui ont participé, fermement et sincèrement, à leurs côtés contre l’agression, quelle que soit la forme par laquelle ils ont exprimé leurs positions.

Telle est la situation actuelle, au cours de la phase de l’agression et de son affrontement, mais sur le long terme, nous devons prêter attention à :

– « Israël » a détruit son audience et s’est isolé de l’opinion publique, plaçant les communautés juives sous la pression de l’opinion publique environnante, ce qui va les amener à accentuer leurs pressions sur les dirigeants sionistes. C’est ce que réflètent de nombreux communiqués publiés par des élites juives qui ont condamné l’agression. Ce qui signifie que l’entité sioniste a perdu dans l’un de ses principaux bastions, qui avaient contribué à le fonder, à le soutenir et à le maintenir avec sa force militaire.

2 – des centaines de milliers ou même des millions de jeunes ont été mobilisés, avec une profonde conscience, contre l’entité sioniste et pour l’attachement à la cause palestinienne, les introduisant dans le monde de la politique, de la conscience et de la foi.

3 – Dans les pays arabes, les événements furent une violente secousse envers les régimes arabes qui avaient abandonné, s’étaient tus ou étaient de connivence, au lieu d’affronter l’agression, ce qui va décider prochainement de leur sort.

4 – Si le comportement avec ce phénomène est bien géré par les forces actives et vives de la nation, elles peuvent précipiter le renouveau de la nation. La fermeté populaire, la résistance et la solidarité populaire ont renforcé, au niveau des masses, les valeurs de la foi, de la doctrine, de l’unité de la nation arabe, l’unité de la nation musulmane. Elles ont fondé les bases pour l’unité de la lutte mondiale contre la mondialisation, l’impérialisme et les guerres d’agression.

Après le cessez-le-feu

Si l’orientation générale des conséquences de l’agression et de son échec ont entraîné l’affaiblissement des forces palestiniennes, arabes et internationales qui ont été de connivence, qui ont abandonné ou se sont tues, celles-ci vont essayer, après le cessez-le-feu, de priver Hamas, le Jihad islamique et les organisations de la résistance, ainsi que le peuple palestinien, de cueillir les fruits de leur victoire. Une bataille politique va être entamée, où elles vont essayé de réaliser ce que l’agresseur, au cours de la guerre, n’a pu faire, en tentant d’encercler le pouvoir de Hamas et de le frapper, et transférer le pouvoir à Mahmoud Abbas et Salam Fayyad, insérant la bande de Gaza dans le cadre des politiques américano-arabo-israéliennes pour imposer une politique de liquidation de la question palestinienne.

L’arme la plus importante qui sera utilisée sera la prise en main de la distribution des aides et de la reconstruction, tout en maintenant le blocus contre Hamas, à travers le passage de Rafah. Ainsi, il va être tenté de faire porter à la résistance la responsabilité des crimes commis par l’agresseur et soulever les gens contre elle. Yasser Abd Rabbo a déjà initié cette campagne.

C’est également l’attitude exprimée par Barack Obama et son administration. La nomination de George Mitchell indique que le processus de règlement sera activé avec force après les élections israéliennes, s’il ne participe pas à la campagne électorale elle-même.

C’est ce qu’a exprimé l’attitude égyptienne et saoudienne au sommet du Koweit, en insistant pour faire passer les aides par le biais de Mahmoud Abbas et Salam Fayyad.

Ainsi,

1 – il faut s’attendre à ce que le conflit soit transféré vers un conflit palestinien-palestinien, palestinien-égyptien, égypto-iranien, égypto-arabe.

2 – Il est nécessaire de surveiller les changements des positions arabes en cette période, après la venue de l’administration d’Obama…, la bataille autour des aides, la guerre menée par l’agresseur n’est pas achevée.

3 – La gestion de la lutte interne et arabe, par Hamas, le Jihad et la résistance réclame un plan cohérent qui consiste à former une unité nationale éloignée de Abbas, regroupant toutes les organisations de la résistance, qui fait face à ses contradictions avec sagesse pour éviter les batailles latérales, et s’attacher fermement aux constantes et aux principales revendications.

4 – le conflit en Afghanistan va s’accentuer, Obama qui a revêtu, par-dessus la main de fer américaine, des gants de velours, les a d’abord retirés en Afghanistan. Il va essayer de prouver qu’il est un président blanc… plus que tout autre président, et qu’il tient à Israël plus que tout autre président précédent. Il va essayer de confirmer l’impérialisme américain, plus que tout autre président précédent. Ne soyons pas trompés, ni par la couleur de sa peau, ni par ses paroles mielleuses.
5 – Les pressions vont s’accentuer contre le Soudan, la Syrie et le Liban.

6 – La priorité américaine va passer vers le conflit avec l’Iran, et ce qui se passe autour de Gaza et du règlement devrait servir à la mobilisation arabe et islamique pour encercler l’Iran, politiquement et médiatiquement, en première phase des négociations auxquelles Obama avait promis de recourir. Le plus grave consiste à poursuivre ce à quoi sont parvenues les négociations entre Olmert et Abbas.

7 – La priorité accordée à l’encerclement de l’Iran, sans écarter le choix militaire, non seulement explique les prochaines tentatives pour arranger un règlement palestinien (de liquidation), mais explique aussi les concessions envers la Russie et la Chine, pour les faire taire face à l’agression. Mais les braises sont sous les cendres, car les contradictions américaines avec ces derniers sont plus vives que celles avec l’Iran (cette contradiction est favorisée par le lobby sioniste).
8 – L’attitude négative de l’Europe et de certains Etats, contraire à leur opinion publique, et le fait de ne pas la changer, même formellement, ont été causés par les attitudes de l’Egypte et de l’Arabie saoudite. Il faut cependant scruter de près pour voir si les tentatives de Mitchell vont restées isolées. Ce qui s’applique également à la Russie.

Mounir Shafiq, 26 janvier 2008

Traduction CIREPAL (Centre d’Information sur la Résistance en Palestine)

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