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Colloque international sur l’islamophobie à l’université de Berkeley, Californie, intervention de Houria Bouteldja

arton1656

Je remercie l’Université de Berkeley de m’avoir invitée et en particulier le département d’études ethniques ainsi que l’université islamique de la Zaytuna.

C’est en tant que représentante d’une organisation politique française que je m’exprime aujourd’hui, le Parti des Indigènes de la République.

Je vais vous parler de l’islamophobie en France dans le pays des droits de l’homme et du citoyen. Et plus précisément dans le pays des droits de l’homme et du citoyen…blanc.

Je voudrai introduire mon propos par une affirmation : l’islamophobie est un racisme. Au PIR nous entendons le racisme comme un système de domination qui oppose « blancs » et « indigènes » au travers du clivage de race. Un clivage qui fournit des privilèges politiques, économiques et symboliques aux blancs au détriment des indigènes qui sont les sujets post-coloniaux. Le racisme est un système qui a pour fonction de maintenir les sujets post-coloniaux au bas de l’échelle sociale et dans un état d’illégitimité citoyenne par rapport à la population dite « de souche » qui est à la fois et de manière indissociable blanche, européenne et chrétienne – de culture. Les indigènes sont systématiquement considérés comme étant en déficit d’intégration et de civilisation. Le racisme structurel de la société française provoque un conflit d’intérêt entre les classes populaires indigènes et les classes populaires blanches, les premières se battant pour l’égalité des droits et pour le respect, les autres bien sûr pour préserver leurs acquis ou gagner des droits mais aussi pour maintenir leurs privilèges vis-à-vis des premiers. Ce conflit d’intérêt « blancs/non blancs » empêche les alliances entre les classes populaires et pousse les indigènes à s’organiser de manière autonome. Le PIR est un produit de ce conflit d’intérêt. La race est ainsi un principe organisateur de la société française autant que peuvent l’être le genre ou la classe.

Permettez-moi de vous raconter comment le PS a décidé pendant la campagne présidentielle de lutter contre le racisme. La proposition du candidat socialiste François Hollande a fait une proposition que je n’ai pas peur de qualifier de courageuse, subversive, révolutionnaire. Ouvrez-bien vos oreilles : Il propose de supprimer le mot « race » de la constitution. M. Hollande, le magicien, M. Hollande, l’esthéticien nous propose des solutions cosmétiques et nous prend pour des imbéciles. Même Sarkozy s’est moqué de lui ! Lorsque nous, nous disons « la race existe », « les races sociales existent » car elles déterminent les rapports sociaux, le PS nous répond « supprimons le mot ». Cela en dit long sur l’indigence de l’offre politique des grands partis français et de leur déconnexion totale des réalités sociales.

En effet, la campagne présidentielle a été cette année, particulièrement agressive vis-à-vis des musulmans. En France aucune campagne politique n’a jamais épargné les quartiers populaires où vivent principalement les noirs, les arabes et les musulmans. La musique d’ambiance est toujours la même :

– Violence des jeunes dans les banlieues
– Islamisation des quartiers populaires
– Polygamie
– Violence contre les femmes
– Homophobie des musulmans
– Le bruit et les odeurs
– Les moutons qu’on égorge dans les baignoires
– Les prières dans les rues…

Cette année nous avons carrément sombré dans le ridicule.

– Débat sur la viande halal. Sarkozy est allé jusqu’à déclaré que le halal était le sujet de préoccupation premier des Français.
– Débat sur les assistantes maternelles voilées. A ce sujet, un collectif « Mamans Toutes Egales » s’est constitué pour défendre les droits des mères voilées accompagnant leurs enfants à l’école et contre la loi obligeant les assistantes maternelles à retirer leur voile. Les candidats à la présidentielles ont tous été interpellés par le collectif. Sarkozy et Hollande n’ont pas osé répondre. La pire réponse reçue fut celle de LO qui se situe à l’extrême gauche. Les autres, les Verts notamment, ont formulé une réponse appréciable.
– Débat sur la civilisation. Claude Guéant, ministre de l’intérieur, a en effet affirmé que toutes les civilisations ne se valaient pas

Je disais tout à l’heure : « l’islamophobie est un racisme ». J’ajoute que c’est un racisme d’Etat.
– Loi de 2004 : exclusion des femmes de l’école. Les parlementaires n’ont pas hésité à trahir un principe fondateur de la république, la laïcité
– Loi contre la burqa en 2010 : 30 personnes ont été verbalisées depuis son adoption selon le ministère de l’intérieur.

Je voudrais citer quelques chiffres tirés du rapport annuel sur l’islamophobie fait par un collectif indépendant, le CCIF (2).
– En 2011 : augmentation de 59 % des actes islamophobes par rapport à 2010
– Les femmes sont les principales victimes. Elles sont touchées dans 85 % des actes ce qui représente une augmentation de 10 %. 94 % de ces femmes portent le foulard.
– Les actes sont de plus en plus violents : 22 % sont des agressions physiques, soit 1 sur 5.
– C’est l’Etat qui fournit le pus grand nombre d’islamophobes. 53 % des actes ont lieu au sein d’un service public. ½ dans le public est le fait d’un agent de l’éducation nationale.
– Les institutions sont également touchées. 21 mosquées ont été l’objet d’attaques. Des cimetières continuent d’être profanés.

La situation est grave en France mais cela ne semble pas inquiéter la gauche française outre mesure. C’est la raison pour laquelle, notre défi en tant qu’organisation politique est de formuler une alternative politique autonome qui ne réalisera ses objectifs que dans notre capacité à transformer les rapports de force. C’est ce que nous enseigne notre héritage des luttes anticoloniales, de l’immigration en France. C’est ce que nous enseignent les luttes des noirs aux Etats-Unis et des minorités raciales. Nous sommes leurs héritiers et leur en sommes redevables. Le 6 mai prochain, nous aurons un nouveau président ou le même. Le 7 mai, le PIR organise un meeting s’intitulant « une autre civilisation s’impose ». C’est dans cette perspective que nous poursuivrons notre combat décolonial quel que soit le président élu.

Houria Bouteldja, porte-parole du PIR

(1)Tout le programme : http://crg.berkeley.edu/content/2012-islamophobia-conference
(2) Le rapport annuel sur l’islamophobie du CCIF : http://www.islamophobie.net/rapport-annuel

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