Houria Bouteldja contre Hortefeux

« Chiens » ou « sous-chiens » : une (sombre) histoire de tiret

arton71

Il y a quelques jours, Brice Hortefeux, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale, s’en est pris avec une rare violence, dans le magazine L’EXPRESS, à la porte-parole du Mouvement des Indigènes de la République, Houria Bouteldja au motif que cette dernière aurait traité les Français de « sous-chiens ».

Le ministre déclara alors qu’il ne permettrait pas qu’on insulte les Français, menaçant ainsi l’incriminée laquelle, soi dit en passant, est…française. Oh, pas de souche ! Mais de parents algériens immigrés. Tout comme ces centaines de milliers de Maghrébins, d’Antillais et d’Africains qui, quarante ans durant, ont permis à la France de se relever des ruines provoquées par la deuxième guerre mondiale et de devenir la cinquième puissance mondiale. Faut-il rappeler que ce sont les différents gouvernements français et le patronat qui ont délibérément fait appel à l’immigration, des charters entiers transportant, par exemple, des Marocains pour qu’ils travaillent dans les mines de charbon du Nord de la France ? Ou encore un organisme d’état appelé le BUMIDOM (Bureau des Migrations d’Outre-Mer) se chargeant, durant des décennies, de transborder depuis les Antilles pas moins de 800.000 Martiniquais et de Guadeloupéens qui deviendront facteurs, agents de police, infirmières, ouvriers d’usine, douaniers ou simples employés dans la métropole coloniale. A tel point qu’aujourd’hui, la population immigrée antillaise est égale en nombre à celle qui est restée au pays !

Houria Bouteldja n’est donc pas une Française de souche, mais elle est française de naissance, de nationalité et de vie quotidienne, si l’on peut dire. Face à la montée de l’extrême-droite et de son discours déclarant qu’il fallait désormais privilégier les Français de souche (l’expression vient de cette extrême-droite), de nombreuses voix se sont élevées, notamment chez les immigrés d’origine maghrébine et c’est à cette occasion qu’il y a un an, la porte-parole du Mouvement des Indigènes de la République s’est permise d’ironiser sur ce nouveau concept en distinguant « les souchiens », Français « de souche » donc, des autres Français (arabes, antillais ou africains). Aussitôt un véritable tollé s’est élevé parmi les biens-pensants de tous bords qui accusèrent Houria Bouteldja de racisme anti-français ou de racisme anti-blanc.

Cette réaction pose une question : ou bien les descendants de bougnoules et de négros n’ont pas le droit d’ironiser, ce droit relevant des seuls Français (de souche) tels que l’abominable Alain Finkielkraut, le philosophe radiophonique, qui parlait, il n’y a pas longtemps d’équipe de France « non pas black-blanc-beur », mais « black-black-black » ; ou bien ces gens ne connaissent même pas leur langue et ne savent pas qu’entre « souchiens » et « sous-chiens », il y a un monde. Un monde marqué certes par un tout petit tiret, mais un monde tout de même. A cette deuxième catégorie, expliquons donc que « souchiens » est un raccourci pour « Français de souche » tandis que « sous-chiens » est une insulte, pas très fréquente en français d’ailleurs. Qu’il y ait une sorte de collision phonique et sémantique entre les deux termes, c’est la faute à personne, comme on dire vulgairement. C’est la faute à pas de chance ! Car si au lieu de l’expression « Français de souche », l’extrême-droite et la Droite dure avaient lancé un autre slogan, par exemple, « Français pur camembert », eh bien Houria Bouteldja aurait sans doute qualifiés ces fanatiques de l’identité franchouillarde de « camembériens ». Et là, qui aurait trouvé que ça résonnait comme une insulte ? Personne !

Mais, laissons tomber l’hypothèse de l’ignorance linguistique ! Les accusateurs de la porte-parole des Indigènes, à commencer par Brice Hortefeux, connaissent très bien leur langue et savent parfaitement que Houria Bouteldja n’a voulu qu’ironiser. Qu’elle n’a jamais traité les Français de sous-chiens. En réalité, ce qui est en jeu ici, c »est le droit des Français d’origine non européenne de pouvoir ouvrir leur gueule ou non, le droit de pouvoir lancer des petites phrases ou de faire des jeux de mots, comme n’importe quel Français. Et là, la réponse nous est livrée par le même Hortefeux dans un autre journal. Ce dernier déclare, en effet, que les étrangers que la France « accueille, héberge et nourrit n’ont pas le droit d’insulter les Français ». On croit rêver ! A en croire l’Hortefeux, la France généreuse, mère des arts et des lettres, patrie des Droits de l’Homme (blanc) aurait, dans un geste de compassion extraordinaire, accueilli des centaines de milliers d’étrangers pour leur permettre d’échapper à la misère dans leurs pays d’origine. N’importe quoi ! D’abord, s’il y a des Nègres et des Arabes en France (et pas en Ukraine ou en Hongrie), c’est parce que la France, tout comme nombre de pays d’Europe de l’Ouest, s’en est allée coloniser l’Afrique, l’Indochine et les Antilles. Qu’elle a réduit des populations entières à l’esclavage, qu’elle a détruit des langues et des cultures et surtout qu’elle a pillé des richesses agricoles et minières. Au 18è siècle, par exemple, la France faisait 40% de son commerce extérieur avec sa seule colonie de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti) et les ports de Nantes, Bordeaux, Larochelle et autres se sont enrichis grâce au commerce du bois d’ébène, c’est-à-dire la Traite négrière.

Si les Français et les Européens de l’Ouest ne voulaient pas avoir des Nègres et des Arabes chez eux, ils n’avaient qu’à ne pas coloniser les pays de ces derniers ! Point barre. Ils n’avaient pas à importer des centaines de milliers d’entre eux entre 1950 et 1990. Car que s’imaginaient-ils ? Que ces immigrés ne feraient pas d’enfants ? Qu’on les aurait pressurés comme des citrons durant les Trente Glorieuses et qu’on les aurait réexpédiés au bled une fois l’âge de la retraite venue comme de vieilles chaussettes ? Non, M. Hortefeux, madame Houria Bouteldja n’a pas été accueillie, nourrie et blanchie grâce à la générosité des « Français de souche ». Elle est la descendante, au contraire, de ces centaines de milliers de bras, taillables et corvéables à merci, qui ont permis, grâce à leur travail acharné, à vous et aux vôtres de bénéficier du niveau de vie qui est le vôtre aujourd’hui. Mme Bouteldja ne vous doit donc strictement rien et c’est la traiter comme vous le faites en étrangère, en réfugiée, qui est une insulte.

J’ai été personnellement payé pour savoir que les fils d’esclaves (tels que moi) et les bougnoules n’ont pas le droit d’exprimer des opinions qui s’écartent de la vulgate droit-de-l’hommiste. On se souvient, en effet, que suite à une énième exaction israélienne contre le peuple palestinien, j’avais écrit un mail, un simple, mail, dans lequel je qualifiais cet acte d’innommable, prenant bien soin de préciser que je prenais ce terme au sens premier du terme, dans son vrai sens donc, à savoir « ce qui ne peut être nommé ». Or, quelle ne fut pas ma surprise de voir ce mail (sic), c’est-à-dire même pas un article de journal ou un texte posté sur un site-web, reproduit dans « Le Monde » et mon propos détourné par ce journal qui affecta de prendre « innommable » au deuxième sens du terme, au sens métaphorique donc, d’ignoble !!! Aussitôt la Gauche bienpensante germanopratine se déchaîna contre ma personne, « Libération », « Le Nouvel Observateur » et « Le Canard enchaîné » me clouant au pilori dans la semaine qui suivit, aidée en cela, soi dit en passant, par quelques larbins négros ou négro-larbins, comme on voudra. J’étais devenu du jour au lendemain le grand antisémite antillais !

Ce qui arrive aujourd’hui à Houria Bouteldja relève du même phénomène de manipulation politico-médiatique. Il s’agit, comme dans mon cas, de diaboliser une personne, et à travers elle, un courant de pensée, qui dérangent le système colonial en place car oui, tout comme les DOM-TOM, les banlieues ne sont que des colonies intérieures de la France et leurs habitants y sont traités comme des indigènes.

Il est important que nous apportions notre plus ferme soutien à la porte-parole du Mouvement des Indigènes de la République face à cette offensive du pouvoir en place qui ne vise rien moins qu’à éradiquer les idées qu’elle incarne.

Raphaël Confiant

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