Effroi

Admission de la Palestine à l’UNESCO : Sarko collabo !

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La reconnaissance de la Palestine à l’Unesco en dépit de son caractère limité au plan diplomatique est un camouflet incontestable pour la diplomatie sioniste. Les Palestiniens vont ainsi pouvoir tenter de freiner, via cette agence onusienne, la main mise israélienne sur les lieux saints ou historiques de Cisjordanie. En effet, nous ne le dirons jamais assez, le tombeau de Rachel, le Caveau des Patriarches, la demeure supposée d’Abraham avec la mosquée El Khalil à Hébron, 4eme lieu saint de l’islam, mais aussi beaucoup d’autres lieux de souvenirs chrétiens situés dans les territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967 sont sous la menace permanente du rouleau compresseur sioniste. A ce sujet rappelons par exemple le massacre d’une trentaine de palestiniens que Baruch Goldstein, un proche du rabbin Kahana (un des fondateurs de la LDJ), n’hésita pas à commettre en 1994 dans cette même mosquée El Khalil d’Hébron.

Depuis l’annonce de ce succès palestinien, dans les rangs sionistes, c’est la consternation. Feu contre Sarkozy. « Sarko collabo ! » s’écrient les manifestants pro-israéliens regroupés devant l’Unesco. Alors que celui ci, au lendemain de son élection, n’était pas loin d’être sacré roi d’Israël. Il suffit d’écouter les radios communautaires juives les plus en pointe pour s’en convaincre. Les sionistes, qui, il y a quelques mois encore, confiants et insouciants ne juraient que par leur champion, sont désormais au bord de la syncope. Quasi orphelins politiques, ils prennent conscience des limites d’un lien qu’il croyaient indéfectible entre eux et la diplomatie française. La fin d’une grande illusion: pouvoir peser de façon définitive sur l’orientation du Quai d’Orsay dont le premier secrétaire du PS François Hollande avait estimé, le 30 novembre 2005, qu’il restait prisonnier « de la politique arabe de la France », ajoutant, à la grande satisfaction du CRIF, qu’il y avait un « problème de recrutement au Quai d’Orsay et à l’ENA » et que « le recrutement « devrait être réorganisé » dans un sens plus pro-israélien s’entend évidemment.

Cette assurance des milieux sionistes encouragée par les déclarations d’officiels français qui jusqu’au bout affirmaient qu’ils feraient voter contre cette admission est aujourd’hui battue en brèche. En effet, ces derniers, plusieurs jours auparavant, n’allèrent-ils pas jusqu’à faire pression sur des pays africains qui déjà s’appétaient à voter en faveur de l’admission des Palestiniens à l’Unesco ? D’autant que les Palestiniens annoncent dés aujourd’hui leur intention de présenter leur candidature dans plusieurs autres agences onusiennes. Pour beaucoup d’observateurs engagés dont le CRIF, il y a péril en la demeure. Tout cela crée un précédent inquiétant pour Israël et augure mal de la suite de ce bras de fer diplomatique.

Comment comprendre ce qui est assimilé à une véritable trahison ? Une motivation essentielle s’impose. Evidemment celle-ci recoupe des intérêts politiques bien compris. Il est clair que Paris entend présenter aux Palestiniens une sortie honorable après le refus français de soutenir leur admission à l’Onu. Une compensation qui présente l’avantage d’offrir une victoire diplomatique facile à Mahmoud Abbas face à ses concurrents de Hamas.

Mais il y a autre chose, Paris n’espère t-il pas ainsi revenir sur le devant de la scène dans une région hautement symbolique pour son prestige et ses intérêts, à peu de frais et avec le soutien de la direction palestinienne ? La France se rappelant soudainement que jusqu’en 1948 elle était considérée comme Gardienne des lieux Saints chrétiens n’a-t-elle pas trouvé là l’opportunité de se remettre en selle dans la région ? Une prérogative dont la « Fille aînée de l’Église », selon la terminologie consacrée, pouvait s’enorgueillir depuis le XVIe siècle, moment où les Capitulations passées entre François 1er et Soliman le Magnifique en 1535, firent de ce pays un acteur majeur dans ce qui était encore le Levant. On peut effectivement penser à un sursaut de la diplomatie française, celle-ci n’ayant jamais digéré cette éviction, tant Israël, en dépit du sionisme militant des gouvernements successifs, de la IVe comme de la bienveillance de ceux de la Ve, après Pompidou, a toujours traité par le mépris ses prétentions.

Au passage, profitons de cette occasion pour revenir sur un mythe prégnant. Celui du lobby sioniste. Il est en effet facile de démontrer à tous ceux parmi les défenseurs de la Palestine convaincus de façon souvent obsessionnelle que la politique française sur le proche Orient s’est toujours décidée au dîner du CRIF, en dépit des intérêts de l’Etat, qu’il n’en est rien. Prenant les gesticulations d’un Roger Cukierman ou d’un Richard Prasquier , ex et actuel dirigeants du CRIF pour paroles d’évangile, ils vont répétant à tout bout de champ, « il faut faire comme les juifs, il faut faire comme les juifs » c’est à dire « un lobby ». Ignorant qu’un lobby tout puissant qu’il puisse paraître au quotidien, derrière des effets de manche et artifices tonitruants constitue souvent une impasse, pour deux motifs essentiels. D’une part l’illusion de pouvoir inverser du tout au tout la politique étrangère d’un Etat. Alors qu’un lobby ne fonctionne en fait que pour autant qu’il va dans le sens des intérêts de l’Etat auprès duquel il exerce. En effet, comment imaginer, et d’ailleurs cela ne s’est jamais vu, un Etat abdiquer de ses intérêts essentiels pour les beaux yeux d’un Enrico Macias, par exemple ? D’autre part, l’action d’un lobby enchaîne une communauté forcément minoritaire à la politique d’un Etat par définition monstre froid, cynique et sans état d’âme. Celle ci, jamais à l’abri d’un retournement, à terme risque de se mettre en porte à faux par rapport au reste du pays en cas de contestation massive de tel ou tel aspect de la politique de ce même Etat. Avec tous les dangers que cela comporte, parce qu’alors aucun revirement n’est possible et aucune aide de l’Etat n’est à espérer.

Tout cela cependant ne saurait faire passer au second plan une donnée essentielle. Il y a dans le vote français à l’Unesco la prise en compte de deux bouleversements majeurs. D’une part, la perte de puissance tendancielle et relative mais bien réelle des Etats-Unis et d’Israël, surtout depuis la guerre de 2006, dans la région arabe. D’autre part, son corollaire, la montée en puissance d’une opinion publique arabe décomplexée allant de pair avec la progression de la démocratie dans cette même région. Avancée démocratique que les récentes élections en Tunisie illustrent à merveille et dont nul ne saurait amoindrir la portée. Il est clair que pour tout esprit averti du Quai d’Orsay, ce qui s’est passé en Tunisie et ce qui est en gestation dans d’autres pays est le signe incontestable d’une évolution structurelle. Le printemps arabe n’est pas un leurre, le scénario n’est pas définitivement écrit mais assurément nous sommes au début d’une ère nouvelle. Le Quai d’Orsay vient d’en prendre acte et se positionne pour demain.

Youssef Boussoumah, membre du PIR

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